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Entretien avec José Garcia
Comment vous êtes-vous retrouvé dans la peau de ce journaliste espagnol ?
Miguel Courtois m'avait appelé plusieurs fois pour différents projets : il m'avait notamment proposé un rôle dans El Lobo, le premier film qu'il tournait en Espagne, car il savait que nous avions les mêmes origines. Malheureusement, le personnage qu'il me proposait était beaucoup plus mûr que moi : je me sentais un peu trop " léger " pour le rôle, d'autant qu'il exigeait un accent du Nord très particulier. Miguel est gentiment revenu à la charge avec ce rôle de journaliste et j'en ai été très touché. La question du film me passionnait : comment faire, quand on est une jeune - ou moins jeune - démocratie pour lutter contre le terrorisme ? Comment trouver des armes plus civilisées que le terrorisme pour le combattre, quel qu'il soit ? Et comment éradiquer le problème quand tout a été tenté ?
Le film montre que la réponse apportée en Espagne dans les années 80 a été le recours au terrorisme d'Etat. Connaissiez-vous l'histoire du GAL avant de lire ce scénario ?
Pas du tout. Je passe depuis toujours un mois par an en Espagne, et au fur et à mesure que je traversais le Pays Basque, je voyais bien le sigle du GAL s'ajouter aux graffiti de l'ETA. Mais c'était très loin pour moi, d'autant que nous n'avions pas la télévision espagnole à la maison. Il faut aussi réaliser qu'il n'y avait aucune connexion entre la France et l'Espagne à ce sujet - une Espagne qui était par ailleurs en train de panser les plaies de la dictature fasciste. Quand Miguel et Melchor m'ont raconté cette histoire, j'ai été très impressionné de voir à quel point la lutte contre le terrorisme, si elle n'était pas cadrée, pouvait basculer en folie, entraînant avec elle autant de morts et de discordances. Il faut bien réaliser que tout cela s'est passé dans les années 80, au moment où les socialistes arrivaient au pouvoir, apportant un énorme espoir de liberté. C'était une période extraordinaire en Espagne, mais aussi le moment où l'ETA s'est montrée la plus violente, avec des attentats quotidiens, terribles et écœurants, qui ont poussé le gouvernement à agir avec une méthode que même Franco n'avait pas utilisée. Quand on a découvert le pot aux roses - un groupuscule secret, commandité par le gouvernement socialiste, avait fait tuer des gens, et pas toujours les bons - le niveau de violence était énorme au sein de la population, qui n'était pas loin de donner raison au gouvernement. Les journalistes qui ont révélé le scandale auraient pu se faire lapider, mais au nom des fondements même de la démocratie, ils ont sorti l'affaire.
Justement, à l'heure où l'indépendance de la presse est très critiquée en France, croyez-vous toujours en son pouvoir ?
Oui, parce qu'il y a toujours des reporters qui vont risquer leur vie aux quatre coins du monde : la presse est encore forte. D'ailleurs, je ne crois pas que la presse ait changé, je pense plutôt que cela vient de nous. Je suis atterré de voir ce qui est en train de se passer en France : c'est très insidieux, mais les émissions people se multiplient, et on finit par ne plus s'intéresser qu'à ce que font le Président et sa nouvelle épouse. Dans les dîners mondains, même les gens les plus cultivés ne parlent plus que de cela ! Les journaux, pour vendre, sont obligés de s'adapter à leur public, mais c'est bien nous qui avons changé, car la vie est de plus en plus dure. Les écarts sociaux se creusent, il n'y a quasiment plus de classe moyenne en France, les libertés diminuent, le cinéma coûte cher… Que reste-t-il pour vivre à travers les autres ? Le people...
Miguel Courtois, quand il évoque ses films espagnols, parle d'un retour aux sources : pour vous aussi ?
Oui, bien sûr : c'est la troisième fois que je tourne en espagnol, et la deuxième fois que je joue une histoire vraie - après Le 7ème jour de Carlos Saura. Ce qui m'intéresse dans ces histoires, c'est qu'elles me permettent de réapprendre la culture d'un pays qui est censé être le mien, même si dans les faits, ma culture est essentiellement française. Cela me fascine de redécouvrir un pays à travers ces films.
Techniquement, est-il difficile pour vous de jouer en espagnol ?
Oui, c'est très difficile : à priori, on imagine que travailler dans une langue " mère " est plus facile que d'apprendre une nouvelle langue, mais en réalité, on a moins de liberté. Avec une langue qui est en vous, mais que vous n'utilisez pas tous les jours, le son d'une phrase peut sortir de façon très étrange : il faut réapprendre à marquer la phrase pour faire passer l'émotion. Je suis donc allé travailler chez Tomatis, un centre spécialisé dans les fréquences de l'oreille, où l'on s'est rendu compte qu'étant moi-même du Nord de l'Espagne, je ne percevais pas l'accent de cette région. Il a donc fallu me " rééduquer ".
On a d'ailleurs l'impression que votre voix sonne différemment en espagnol...
Absolument. Quand j'ai commencé à jouer en espagnol, je me suis aperçu que j'étais épuisé : la voix ne se centre pas au même endroit, elle est plus nasillarde, plus métallique aussi. Il y a un effort du corps qui n'existe pas en français : tout part du haut de la poitrine, l'énergie est beaucoup plus forte. C'est d'ailleurs cette même énergie qui déborde des femmes espagnoles ! Quand je parle dans cette langue, ma voix, mais aussi mon comportement physique, changent. Du coup, cela m'ouvre de nouvelles portes quand je reviens travailler en France : cela me permet d'aller plus loin dans une énergie contenue.




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