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Plan d'aide à l'automobile : postures et imposture

Après deux semaines de tensions autour du dossier PSA, qui symbolise les difficultés du secteur automobile français, la montagne a finalement accouché d'une souris avec un « plan » vert pâle sans ambition. Pire, totalement improductif.

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Exercice d’autosatisfaction, la conférence de presse d’Arnaud Montebourg et de Michel Sapin aura surtout marqué une grande déception pour ceux qui s’attendait à un plan ambitieux dans le secteur automobile. Annoncé comme une vraie révolution, le plan s’est résumé en une interminable litanie de mesures souvent déjà prises et à quelques contre-vérités. Plus grave, non seulement le plan annoncé ne soigne pas les maux dont souffre l’industrie automobile française mais risque encore de les aggraver.

Une question de méthode

Tout aurait pu être différent si le gouvernement, au lieu d’essayer de se livrer à un exercice de communication pendant deux semaines, avait pris à bras-le-corps les vraies causes de la crise. Le groupe PSA a annoncé une perte de 819 millions d’euros dont 662 pour sa branche automobile. Quelques mois plutôt, c’est le premier constructeur français, Renault, qui tirait le signal d’alarme et demandait le retour de la prime à la casse.
Pourtant, plutôt que de se concerter avec les constructeurs, voilà qu’un ministre en place depuis moins de deux mois et qui découvre tout juste ses dossiers se permet de convoquer les dirigeants et les actionnaires d’un des premiers groupes industriels français pour leur faire la leçon ! Une façon de faire fort peu goûtée par la famille Peugeot qui a déclaré qu’il y avait tout de même « certaines limites à ne pas dépasser ». Ambiance...

Une crise plus profonde

Le gouvernement actuel hérite d’une situation dont il n’est pas totalement responsable, mais qui résulte d’une accumulation de mauvaises décisions depuis près de 40 ans, pouvoir de droite et de gauche confondus. A force de favoriser les petites voitures et les petites motorisations (diesel en majorité), on a privilégié les modèles construits hors de France. A force de subventionner l’achat automobile par les primes à la casse, le bonus écolo sur les petites voitures, on a aussi habitué le client à chercher le tarif le plus bas.
D’où le recours à la production dans des pays à bas coût, dont les constructeurs ne sont pas les seuls responsables : les Twingo, C1 ou Fiat 500 auraient-elles le même succès 20 % plus chères ? Toutes ces décisions et d’autres plus anciennes (limitations de vitesse, fiscalité décourageante...) ont eu pour effet de faire des constructeurs français des producteurs de petites et moyennes voitures, laissant filer le marché du haut de gamme aux constructeurs allemands qui eux, crise ou pas crise, ne se sont jamais aussi bien portés !
Un retard presque impossible à rattraper, tant l’industrie automobile allemande, au lieu de subir à chaque mandature un nouvel arsenal de lois, a pu se consacrer à la recherche et au développement, lui permettant aujourd’hui d’être présente tant sur le segment du luxe qu’en pointe sur les motorisations. Et d’afficher une rentabilité exceptionnelle, là où les marges de PSA ou Renault sont faibles sur des modèles à bas coûts outrageusement remisés en concession.

Des mesures en décalage avec le marché

Inutile de dire qu’il aurait fallu plus que quelques mesurettes, déjà existantes, pour inverser le cap. Ce qui frappe à l’annonce des nouvelles mesures du gouvernement c’est à la fois la méconnaissance du dossier, du marché mais aussi le manque d’ambition. Si l’on résume en effet les décisions prises cette semaine, on note un bonus qui passe de 5 000 à 7 000 euros sur les véhicules électriques et de 2 000 à 4 000 euros sur les véhicules hybrides.
Ajoutez-y une pincée de bonus doublé sur les autres véhicules (mais en gardant les seuils, très bas, du barème actuel) et l’achat massif par l’Etat (donc de la dépense publique) de véhicules électriques et thermiques. Le tout évidemment financé à perte par un malus écologique qui sera doublé sur les voitures dépassant 180 g/km. Familles nombreuses, vous prévoyez d’acheter un Grand Espace 2.0 DCi 150 BVA ?
Préparez-vous à voir votre malus facturé 2 600 euros au lieu de 1 300. La solution ? Une voiture électrique de 100 kilomètres d’autonomie pour vos départs en vacances... Quant à la très réussie DS5 H4, son tarif de base de 40 000 euros est loin de la mettre à la portée de toutes les bourses, quand bien même elle est la voiture de fonction d’un président « normal ».

Beaucoup de bruit pour rien…

Sans doute insuffisamment préparé ou mal conseillé, le gouvernement semble ignorer que le marché se cristallise aujourd’hui autour de deux pôles en pleine expansion : le low-cost et le haut de gamme. Contradictoire ? Pas vraiment, si l’on en juge par la stratégie de Renault qui remporte un vif succès avec sa marque Dacia et qui s’apprête aussi à lancer son label Initial Paris dans le domaine du luxe.
Même constat pour Philippe Varin chez PSA qui n’a de cesse de vouloir développer sa position dans le haut de gamme (DS chez Citroën, futurs modèles chez Peugeot) tout en lançant la 301 qui sera une rivale des voitures à bas coût. Le souci principal, c’est que les mesures du gouvernement vont certes aider à la marge quelques modèles hybrides haut de gamme (DS5, 508 RXH, 3008 Hybrid 4...), accélérer la stratégie de Renault dans l’électrique, mais surtout bénéficier à des modèles étrangers et japonais en particulier, bien plus en avance dans le domaine de l’hybridation.
Et à court et moyen terme, l’accroissement des ventes de Toyota Prius ou Auris hybrides ne sera pas d’un grand secours à PSA ou Renault. Côté français, ce sont une fois encore les petits véhicules diesel qui seront les grands gagnants de l’opération, et même si la part des véhicules électriques et hybrides double, elle ne représentera toujours que quelques faibles pourcents du marché. Le problème reste donc entier pour sauver l’industrie automobile française.
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