|
Ca y est, elle est là. L'Assemblée nationale a voté il y a quelques mois une loi sur les jeux d'argent en ligne (paris, poker, casino). Et le moins que l'on puisse dire est qu'elle fait énormément jaser.
L'ouverture de ce marché en France risque d'en décevoir plus d'un. A moins d'une énorme surprise...
Une vision moyenâgeuse du Net
Etant donné l'aspect illégal des sites de poker en ligne en France (ils sont souvent basés dans des paradis fiscaux et n'ont aucune légitimité dans l'Hexagone), il était important d'en clarifier le statut
afin de protéger les joueurs. En effet, en cas de litige avec une
room,
les joueurs français n'ont aujourd'hui absolument aucun recours légal. Impossible donc de porter plainte. Si pour une raison ou pour une
autre, le site « perd » votre argent, à part « gueuler un bon coup », vous ne pourrez rien faire. De ce point de vue, une loi était indispensable.
Que prévoient alors nos députés pour le marché français ? Pour commencer, les sites désirant avoir accès au marché français devront s'acquitter d'une licence pour exercer. On estime à environ cinquante (dont
Pokerstars, Winamax ou encore Chilipoker) le nombre d'acteurs ayant déjà manifesté leur intérêt (tous jeux d'argent confondus). Dans un deuxième temps, ces sites ne pourront accueillir sur leurs plates-formes que des joueurs français.
Oui, vous lisez bien, on ferme les frontières et on joue entre nous !
Pourquoi un tel retour en arrière alors qu'Internet est quand même le symbole ultime de la mondialisation ? Nos gouvernants mettent en avant la protection des joueurs français,
« car on ne sait jamais
vraiment qui il y a à l'autre bout de la ligne ».
L'étranger c'est le mal en somme. Mais il y a une deuxième raison à ces plates-formes franco-françaises...
Des prélèvements supplémentaires ? Pas forcément
Avec autant d'argent en jeu, l'Etat compte bien évidemment prendre sa part de ce gâteau qui représente plusieurs milliards d'euros par an. Et pour taxer les joueurs français, il était indispensable de les placer
dans un cadre juridique qui permette ces prélèvements : les plates-formes françaises. En effet, imaginez un Français jouer une main avec un Finlandais et un Russe. Comment le taxer au milieu de ces étrangers ? C'est techniquement
très compliqué, voire impossible.
A quelle hauteur se situeront alors ces taxes supplémentaires ? Pour les parties de
cash games,
l'Etat prévoit un prélèvement de 2 % du pot plafonné à un euro, ce qui n'est pas excessif en
soi. Cette taxe est à ajouter au
rake
que prélèvent les
rooms
(5 % en moyenne, en général plafonné à trois dollars). Toutefois, un site comme Winamax a d'ores et déjà déclaré
- par l'intermédiaire d'un de ses joueurs emblématiques Michel Abécassis - que la
room
absorberait cette taxe et que le joueur ne serait donc pas plus prélevé avec cette loi. Plutôt une bonne nouvelle. La
concurrence aidant, les autres sites devront sans doute s'aligner. Voilà qui devrait quelque peu rassurer les joueurs gagnants.
Une entrée en vigueur retardée
Une foi la loi en place, les Français n'auront théoriquement plus le choix. Ils devront jouer sur les sites ayant pris la licence. En effet, l'Etat compte interdire aux joueurs de l'Hexagone l'accès aux sites
illégaux. Et pour renforcer cette « protection », il compte également contrôler les flux financiers en interdisant les transferts d'argent entre les banques françaises et les sites illégaux (ceux qui n'auront
pas pris la licence), que ce soit pour retirer de l'argent ou pour en déposer. De même, les porte-monnaie électroniques (Neteller, Paypal, Moneybookers, etc.) pourraient également être interdits aux Français, mais cela reste à confirmer. Ces
derniers points font dire à beaucoup de spécialistes que cette loi risque fort d'être inapplicable dans la pratique tant elle semble contraignante à mettre en place. Seul l'avenir nous en dira plus.
L'Etat souhaitait dans un premier temps instaurer la loi dès le 1er juin prochain 2010, juste avant la Coupe du monde de football en Afrique du Sud. On peut en effet penser que les paris en ligne vont exploser pendant
l'événement. Mais Jean-François Lamour, le rapporteur de la loi sur les jeux d'argent à l'Assemblée, annonce d'ores et déjà que cette entrée en vigueur risque d'avoir du retard.
« Ce que j'entends sur
l'ordre du jour au Sénat, fait que j'ai peur qu'on ait un peu de retard à l'allumage »,
déclarait-il au magazine
10 Sport
à la fin du mois de novembre. Certains médias estiment même que ce retard
nous mènerait jusqu'en octobre, voire tout bonnement au début de 2011.
Il est très difficile d'anticiper la situation des prochains mois dans le monde du poker en ligne en France et des jeux d'argent en général. Certaines intentions sont plutôt bonnes, d'autres beaucoup moins. Mais
cette loi sera-t-elle vraiment applicable dans les faits ? Rendez-vous dans quelques mois pour un nouveau point de la situation. En attendant, bon jeu !
|