A l'occasion des 10 ans de la radio TSF Jazz, Bruno Costemalle sort un livre d'anecdotes sur les légendes du jazz. Une occasion de découvrir les petits secrets de Louis Armstrong ou de Miles Davis.
De retour d'une tournée européenne dans les années 1950, Louis Armstrong sympathise en vol avec le futur président Richard Nixon. Arrivé à New-York, l'homme politique tient à porter les deux étuis de trompette de son idole pour passer la douane. Sans savoir qu'ils sont bourrés de marijuana….
Extrait de l'opéra Porgy and Bess de Gershwin, <Summertime compterait plus de 10 000 versions à son actif. Ce qui en fait le standard le plus repris de l'histoire du jazz. Mais c'est l'interprétation d'Ella Fitzgerald et de Louis Armstrong qui continue à faire référence.
A sa mort en 1989, on s'aperçut que l'instrumentiste de jazz Billy Tipton était une femme. Dorothy Lucille Tipton avait réussi à cacher son identité à ses cinq épouses successives et à ses musiciens. Pianiste et saxophoniste, il avait volontairement restreint sa carrière par crainte d'être démasqué.
Kind of blue de Miles Davis reste aujourd'hui l'album de jazz le plus vendu au monde avec près de cinq millions d'exemplaires écoulés. Sorti en août 1959 chez Columbia, il marque le début d'une révolution artistique. Au lieu d'improviser seulement à partir de grilles d'accords, Miles Davis se sert également des gammes. C'est l'invention du jazz modal.
Troisième enfant du Duce, Romano Mussolini mène une brillante carrière de pianiste de jazz après la Seconde Guerre mondiale. Il accompagne les plus grands et forme le Romano Mussolini All Stars. Quelle ironie du sort ! Son dictateur de père avait interdit le jazz de 1941 à 1943 en Italie.
Une tradition veut que les jazzmen s'attribuent des surnoms argotiques. Julian Adderley devient ainsi « Cannon ball » pour son jeu en boulet de canon, Thomas Wright « Fats » parce qu'il est gros et Louis Armstrong « Satchmo » pour sa bouche en forme de sac (Satchelmouth). Quant à Charlie Parker, il tient ses surnoms « Bird » et « Yard » de son goût pour le poulet (Yardbird) !
En 1921, Darius Milhaud ouvre un bar à Paris avec Louis Moysés. Il est baptisé l'année suivante « Le Boeuf sur le toit », comme l'opéra du même nom. Patronné par Jean Cocteau, l'établissement connaît un succès foudroyant. Les jazzmen prennent l'habitude d'y finir leur soirée avec des Jam Sessions. Depuis, on dit « faire un bœuf » pour improviser en jazz.
Sacha Distel et Claude François se rencontrent à la fin des années 1950 à Monaco. Guitariste de jazz, Sacha introduit Claude dans le quartet de Barney Wilen. Le jeune homme monte ensuite à Paris en 1961 pour intégrer les Gamblers. Dans sa course au succès, il finit par tourner le dos au jazz et reprendre des tubes de variété.
Interview de l'auteur
Bruno Costemalle est l'ancien rédacteur en chef du magazine Nova et le responsable éditorial de l'émission La Boîte à musique présentée par Jean-François Zygel sur France 2. Il est l'auteur de Mais qui a tordu la trompette de Dizzy et autres histoires de jazz.
01men : pourquoi ce livre ? Bruno Costemalle : la plupart des gens ont de vagues notions de la vie des compositeurs classiques. Pas pour les musiciens de jazz qui sont pourtant morts il y a moins longtemps. Il y a même une méconnaissance totale de la vie de Louis Armstrong ou de Billie Holiday par exemple. Je voulais redonner un peu d'épaisseur humaine aux légendes du jazz et désacraliser le côté « monstres sacrés » avec des anecdotes.
Où est né le jazz ?
Il est à peu près sûr que le jazz est né au début du XX
e
siècle à la Nouvelle-Orléans dans les quartiers chauds de la prostitution. Il s'est ensuite déplacé à Chicago, puis à New York. Il est issu à la fois des
work songs
(les chants de travail des esclaves noirs), des
negro spirituals
et du gospel.
Quels ont été les liens entre prohibition et jazz ?
On peut dire que la prohibition a été un vrai moteur pour le jazz. Dans les bars clandestins où l'on vendait de l'alcool, les gens voulaient s'amuser, faire la fête. Et pour cela, il fallait de la musique. Le jazz s'est donc imposé
dans les lieux de prohibition. Quand celle-ci s'est arrêtée, le jazz est sorti au grand jour.
Comment se fait-il qu'il y ait eu aussi peu de chansons de jazz engagées contre la ségrégation des Noirs ?
La première raison est commerciale. Certains militants comme Louis Armstrong ne souhaitaient pas provoquer le public. Et beaucoup de standards de jazz proviennent de comédies musicales qui ne se distinguent pas par leur
engagement ! Ensuite, la plupart des grands chanteurs de jazz (excepté quelqu'un comme Nina Simone) n'étaient pas paroliers. On constate le phénomène exactement inverse avec le hip hop où les interprètes sont souvent auteurs de leurs chansons.
Bruno Costemalle,
Mais qui a tordu la trompette de Dizzy et autres histoires de jazz,
Nova Editions.