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Le corps humain en guise d’armature pour la wingsuit
© Loïc Jean-Albert
La wingsuit comprend deux épaisseurs de tissu avec une entrée d’air au niveau des bras et des jambes. Sous l’effet du vent relatif (mouvement d’air engendré par le déplacement du pilote), la combinaison se gonfle automatiquement durant le vol. « Au lieu de fixer les ailes sur une structure rigide, comme c’était le cas pour les premiers modèles de combinaison ailée, c’est le corps de l’utilisateur qui fait office d’armature afin de rigidifier la combinaison », explique Stéphane Zunino, qui, en tant que réparateur et plieur de parachutes, a aidé le parachutiste Loïc Jean-Albert à concevoir et à réaliser les nouvelles combinaisons de la marque S-Fly.
Une vitesse horizontale de plus de 100 km/h © Alfredo Demendes
La vitesse est difficile à estimer, car elle dépend de la corpulence et du type d’exercice choisi : vol en groupe, saut de distance, figures acrobatiques... « La vitesse de chute verticale peut être réduite à 60 km/h, ou augmentée à 200 km/h si on se met en position de piqué, et la vitesse de trajectoire peut atteindre les 120 km/h », indique, à titre d’exemple, le champion de vol en wingsuit Loïc Jean-Albert.
Un temps de chute ralenti © Julian Boule
Pour donner un ordre d’idée, lorsqu’on effectue une chute libre à 4 000 mètres d’altitude, la chute dure environ 50 secondes pour les 3 000 premiers mètres, avant le déclenchement du parachute à 1 000 mètres d’altitude. Grâce à la wingsuit, il est possible de multiplier par 2,5, voire par 3, ce temps de chute libre, qui peut donc désormais s’étirer jusqu'à 2 minutes 30 secondes. « On ralentit la vitesse verticale de chute, que l’on transforme grâce à la combinaison en vitesse horizontale, et l’on parvient à parcourir 4 à 5 kilomètres à l’horizontale », indique Stéphane Zunino.
Le déroulement d’un vol en wingsuit © Loïc Jean-Albert
« Au sol, nous nous équipons de la combinaison et du parachute en même temps, puis il faut compter environ un quart d’heure d’avion en montée. Nous fermons complètement les combinaisons un peu avant de sauter de l’appareil », explique Stéphane Zunino, qui décrit un vol en wingsuit effectué à partir d’un saut d’avion à 4 000 mètres d’altitude. « Une fois en l’air, nous cherchons à nous étaler dans le vent relatif afin de bénéficier de la meilleure portance possible. Lorsqu’il s’agit d’un vol en groupe, nous essayons de nous rapprocher les uns des autres et d’effectuer des figures tout en restant dans une trajectoire proche du lieu d’atterrissage », précise le moniteur.
Un travail ultrachronométré © Loïc Jean-Albert
« Un altimètre sonore intégré à nos casques nous indique ensuite le moment où le travail en groupe prend fin. En complément, nous disposons d’un altimètre au poignet et nous déclenchons le parachute à 1 000 mètres d’altitude, explique Stéphane Zunino. L’ouverture du parachute se fait à 900 mètres environ, puis nous devons ouvrir toutes les fermetures Eclair de la combinaison afin de pouvoir nous libérer et courir lors de l’arrivée au sol. »
Un sport qui se pratique en toute saison Même si l'on parle plus de ce sport en hiver, en raison de la médiatisation de certains événements comme les Nissan Outdoor Games ou les démonstrations de vol sponsorisées par la boisson énergisante Red Bull, il n’y a pas de saison pour pratiquer le vol en wingsuit. « Comme pour tout saut en parachute, il faut juste que les conditions météorologiques soient favorables, sans intempérie ni vent trop fort », indique Stéphane Zunino.
Un rêve pour les personnes initiées au saut en parachute © Loïc Jean-Albert
Ce sont les Etats-Unis qui comptent le nombre le plus important d’amateurs de vol en wingsuit. En France, ils seraient entre 400 et 500, selon Stéphane Zunino. La discipline est tolérée par la Fédération française de parachutisme, qui exige uniquement qu’un nouveau pratiquant ait déjà effectué, au minimum, 150 sauts en parachute avant d’être initié au vol en wingsuit. « De plus en plus de gens souhaitent tester les vols en wingsuit afin de réaliser un rêve d’enfant : pouvoir toucher les nuages. » Aujourd’hui, la discipline se pratique aux quatre coins du monde. Sur la photographie ci-dessus, un homme-oiseau survole ainsi le mont Fuji, au Japon !
Un vol plané sans planeur ! © Loïc Jean-Albert/Martin Kroke
« On se déplace avec tout le corps. On peut creuser plus ou moins le dos et pousser une épaule ou l’autre pour aller à droite ou à gauche, témoigne Stéphane Zunino. Les sensations se rapprochent de celles que l’on peut éprouver lors d’un vol en deltaplane. »
Saut de falaise ou base jump en Norvège © Loïc Jean-Albert
La manière la plus extrême de pratiquer les vols en wingsuit consiste à raser les reliefs avec la marge la plus réduite possible. On parle de base jump lorsque les sauts sont effectués à partir d’un point fixe, comme une falaise ou un gratte-ciel.
Des premières combinaisons ailées à la wingsuit
moderne
Explorée notamment par Léonard de Vinci, l'idée de concevoir une combinaison permettant aux hommes de voler sans motorisation n'est pas nouvelle. Dans les années 1950, plusieurs pionniers du parachutisme
s'essaient au vol en combinaison ailée, mais les techniques ne sont pas suffisamment évoluées pour permettre des trajectoires stables et maîtrisées. Plusieurs décès, dont celui du célèbre homme oiseau français Léo Valentin, sont à
déplorer à l'issue de ces premières tentatives.

Il faut attendre 1994 pour que Patrick de Gaillardon, un parachutiste très expérimenté, parvienne à mettre au point la
wingsuit
moderne : une combinaison souple sur laquelle sont fixées des ailes de
tissu, au niveau de l'entrejambe et des bras. Les bases servant à la fabrication des combinaisons ailées actuelles sont posées.

A la suite du décès accidentel de Patrick de Gaillardon en 1998, le parachutiste français Loïc Jean-Albert décide de poursuivre les recherches de son ami. En collaboration avec Stéphane Zunino, il met au point un nouveau
modèle de combinaison, cette fois-ci monobloc,
S-Fly,
qui utilise le corps comme armature pour rigidifier les ailes. En parallèle, d'autres recherches sont menées par les fabricants
Tony Suit
(Etats-Unis),
Phoenix Fly
(Croatie) et
Birdman
(Croatie).
Suite du dossier
>>> Vidéo et interview de Loïc Jean-Albert, champion de wingsuit
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