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| Du 1er au 7 avril, 150 mini décapotables conduites par de séduisantes demoiselles patrouillaient la capitale pour annoncer l'arrivée de Red Bull en France. |
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| Red Bull implanté dans plus de 140 pays, ne lésine pas sur les moyens pour imposer le taureau ailé dans l'Hexagone. |
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| La canette de la version française à l'arginine qui sera bientôt remplacée par celle à la taurine. |
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« Enfin le coq gaulois obtient les ailes qu'il mérite. »
« Vive la France ! Permis de séjour octroyé à Red Bull. »
« Bienvenue en Europe ! »
Lancée au début du mois d'avril 2008, la campagne publicitaire qui célèbre l'arrivée dans l'Hexagone de la première
boisson énergisante
du monde - vendue à 3,5 milliards de canettes l'année passée - se veut triomphale. La victoire est criée
d'autant plus fort qu'elle met fin à plusieurs années de lutte acharnée avec les pouvoirs publics français.
Le Red Bull français : avec ou sans taurine ?
Le bannissement du
Red Bull
sur le territoire portait en particulier sur l'adjonction - à fortes doses - de deux composants interdits en France : la
taurine (un dérivé d'acide aminé qui participerait à la régulation du stress dans le corps) et le D-glucurolactone (une sorte de sucre concentré qui possèderait un effet désintoxiquant et augmenterait l'endurance).
Pour contourner ce problème sans attendre une nouvelle décision de justice, la société Red Bull a décidé le 1er avril 2008 de lancer une formule française précédemment commercialisée sous la marque Bullit et contenant de
l'arginine (un acide aminé également reconnu pour ses propriétés fonctionnelles) à la place des deux substances contestées.
Actuellement en vente, cette boisson devrait cependant disparaître prochainement des rayons de supermarché. En effet, à l'issue d'un entretien entre Dietrich Mateschitz, directeur de Red Bull, et la ministre de
l'Economie, Christine Lagarde, le 16 mai 2008, la boisson originale à base de taurine et de glucurolactone a finalement été autorisée. Pour éviter tout risque de confusion, la potion française à l'arginine sera donc progressivement
supprimée au profit de cette dernière dont le lancement officiel est prévu pour la mi-juillet.
Un bras de fer très musclé
Depuis le premier avis défavorable rendu par le Conseil supérieur d'hygiène public en 1996, Red Bull voit rouge. Dietrich Mateschitz, fondateur de la marque et inventeur de la boisson, ne voulant pas subir les conséquences du
quatrième avis négatif émis par l'Agence française de sécurité sanitaire (Afssa), décide à la fin 2007 de porter l'affaire devant les tribunaux en réclamant, selon
Le Figaro,
300 millions d'euros
d'indemnités contre l'Etat français. Mais, chut !
« Nous ne souhaitons pas nous exprimer sur les détails de cette procédure »,
avance laconiquement le service de communication de
l'entreprise.
Côté ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, on se fait plus précis sur l'origine de cette guerre juridique à rebondissements :
« La société Red Bull a introduit un contentieux devant le
Conseil d'Etat, fondé sur le décret n°2006-1684 du 16 octobre 2006, qui prévoit, conformément au droit européen, qu'un produit qui circule légalement dans un Etat membre ne peut être interdit par un autre Etat membre
que si ce dernier apporte la preuve de sa nocivité. »
Etant donné que la boisson est autorisée de longue date dans 25 pays de l'Union européenne, la France ne pouvait plus l'interdire sans avoir prouvé
scientifiquement sa potentielle toxicité.
Une boisson à consommer avec modération
Risque de surdosage en caféine d'un produit hypertonique attisant la soif, niveaux de concentration en taurine et D-glucuronolactone très élevés (respectivement de 5 et 500 fois supérieurs aux doses journalières apportées
par l'alimentation), mauvaises interactions possibles avec l'alcool... Saisie à plusieurs reprises par la DGCCRF pour évaluer l'innocuité du Red Bull, l'Afssa a considéré à chaque fois que la
« sécurité d'emploi n'était pas assurée »
en soulignant d'autre part
« que l'intérêt nutritionnel n'avait pas pu pas être
démontré ».
Prise par Christine Lagarde le 16 mai dernier, la décision de légaliser le Red Bull n'a pas permis de mettre fin aux nombreux soupçons de dangerosité planant sur le produit. Elle a même provoqué les foudres de Roselyne
Bachelot. Furieuse, la ministre de la Santé aurait fait savoir à Matignon qu'il existait
« un faisceau d'indices en faveur de l'existence d'un risque, notamment des suspicions de décès liés à la
consommation de cette boisson en Suède et en Irlande, ainsi que des cas de neurotoxicité ».
Depuis, la position de son ministère reste très claire. A la question
« est-ce que la décision de légaliser le
Red Bull signifie que cette boisson ne présente pas de risques avérés pour la santé et peut être consommée sans inquiétude ? »,
la réponse apportée est
« non ».
Même si rien n'a pu être scientifiquement prouvé jusqu'à présent, le débat est loin d'être clos.
« Des études vont se poursuivre sur la boisson pour savoir comment évolue la population qui en
consomme »,
tient à souligner Marie-Christine Buche de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraude (DGCCRF). En attendant, il a été négocié avec le fabricant de faire figurer sur
les canettes les trois mentions suivantes :
« Déconseillé aux enfants, déconseillé aux femmes enceintes et à consommer avec modération ».
Interdiction dans les établissements scolaires
Comme l'indique le ministère de la Santé, quatre mesures ont d'ores et déjà été prises pour suivre de près l'introduction sur le marché du Red Bull :

- Une demande a été effectuée auprès de l'Institut de veille sanitaire en vue de mettre en place une surveillance active (par l'intermédiaire des centres antipoison et de toxicovigilance) concernant tous les effets indésirables
liés à la consommation de boissons énergisantes, en particulier de la boisson Red Bull.

- Des campagnes d'information sont prévues pour mettre en garde le grand public sur les risques liés à une consommation excessive de la boisson. Il sera notamment indiqué que la consommation ne doit pas dépasser 125 ml
par jour, soit une demi-canette standard (250 ml).

- Une circulaire rédigée conjointement avec le ministère de l'Education nationale est en cours d'élaboration. Visant à interdire la vente des boissons énergisantes dans les établissements scolaires, elle devrait être
diffusée courant juin 2008.

- Une vigilance sur certaines denrées alimentaires dont les boissons énergisantes sera également mise en place. Selon le ministère, il est prévu d'introduire des dispositions en ce sens dans le prochain projet de loi
« santé ».
Condamnation de la France
Jusqu'en 2004, la commercialisation de produits enrichis en vitamines ou d'autres substances était soumise à un décret de 1912 qui exigeait que la mise sur le marché d'une nouveauté fasse l'objet d'une
autorisation préalable de la part de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraude (DGCCRF). C'était donc au fabricant d'apporter la preuve de l'innocuité de son produit et à la
DGCCRF d'en juger avec l'aide éventuelle de l'Association française de sécurité sanitaire (Afssa).
Depuis un nouveau décret de 2006, afin de se conformer à la législation européenne, l'introduction d'un nouveau produit enrichi doit toujours être déclarée à la DGCCRF mais le refus de commercialisation ne peut être
motivé que par un élément scientifique démontrant que les nutriments ajoutés au produit présentent un risque réel sur la santé. C'est désormais aux pouvoirs publics, et non plus à l'industriel, d'apporter des preuves.
Dans le cas de Red Bull,
« la Cour de justice européenne a jugé que le principe de précaution retenu par la DGCCRF n'était pas de nature à justifier une interdiction et a donc condamné la
France »,
explique Marie-Christine Buche, sous-directrice chargée des produits agricoles et alimentaires au sein de la DGCCRF.
Reste à savoir si Red Bull parviendra aussi à faire plier la législation danoise.
« Nous sommes activement engagés dans des procédures de demande d'autorisation pour la commercialisation de la boisson dans
plusieurs pays dont le Danemark et la Norvège »,
indique le service de communication de la société. Affaire à suivre...
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