|
PHOTOS
 |
| Vue aérienne de Marseille. |
 |
 |
| La thermocarte correspondant à la vue aérienne : les toitures sont colorées en fonction de leurs déperditions d’énergie. |
 |
 |
| La thermocarte de Grenoble a été réalisée en 2007. |
 |
|
|
Au royaume des économies d'énergie, les bons sujets vivent dans des maisons bleues, les mauvais dans des maisons roses ! Sur une « thermocarte » aérienne, c'est en tout cas la couleur que prennent les
habitations, selon qu'elles perdent peu ou beaucoup d'énergie. En photographiant des résidences à 400 mètres d'altitude avec une caméra thermique à infrarouge, puis en superposant ces mesures avec un plan cadastral, on obtient en effet une
synthèse colorée représentant six degrés de déperditions d'énergie. Idéal pour repérer une cheminée insuffisamment isolée, des fenêtres qui ferment mal, un tuyau de ventilation mécanique contrôlée (VCM) endommagé ou même des matériaux
d'isolation défectueux.
Fuites en pagaille
« Dans une zone pavillonnaire de Reims, une maison construite il y a seulement deux ans est apparue toute rose sur la thermocarte. Les propriétaires ont appris par le constructeur que les matériaux d'isolation
étaient restés sur la chantier pendant six mois, sous le vent et la pluie »,
témoigne Carlos Brandao, président de la
Jeune chambre économique française
(JCEF). L'association constituée de « jeunes citoyens entreprenants » a mené sa première opération en 2007 sur l'agglomération
rémoise. Verdict de l'enquête :
« 10 % des habitations présentent des déperditions d'énergie significatives qui nécessitent des travaux dans les deux ans ».
Un choc
« thermique » pour les habitants !
« Malgré une précision thermique au centième de degré près et une localisation des anomalies au mètre près sur une maison, la thermographie ne peut être considérée comme un diagnostic, certains défauts peuvent ne
pas apparaître en raison des conditions climatiques. Mais c'est un très bon outil de communication et de sensibilisation pour interpeller le public »,
souligne Arnaud Duquénoy, chef du service Utilisation rationnelle de
l'énergie de la communauté urbaine de Dunkerque (CUD). L'agglomération a réalisé une vaste thermographie aérienne dès 2004. Depuis la diffusion des premiers résultats, 10 000 habitants sont déjà venus consulter la carte pour
bénéficier d'un diagnostic de consommation complet.
Quelques thermocartes sur Internet
Autres villes dont les thermographies sont consultables sur demande : Gap (février 2006), Noisiel (mars 2007), Haguenau (mars 2008), Reims (automne 2007), Epinal (février 2008), Maurepas, Le
Bourget-Drancy (décembre 2007)
Un déclencheur de travaux
« La mise en ligne de la carte et l'exposition des résultats au public n'est qu'une première étape dans un projet d'urbanisme plus vaste, »
confirme-t-on à la Mairie de Grenoble, où une
opération similaire a été menée au début de l'année 2007. Une thermographie ne sert à rien sans un accompagnement des particuliers pour mener à bien les travaux d'isolation nécessaires.
A Reims, comme à Dunkerque, Grenoble ou Marseille, les résidents ont la possibilité de consulter les cartes à l'Espace Info Energie ,
« sur présentation d'un justificatif de domicile, ils pourront décrypter
la carte, avec un conseiller technique lors d'un entretien d'une heure environ pour évaluer les déperditions d'énergie »,
précise Carlos Brandao. L'objectif : cibler les problèmes, orienter les particuliers vers des
professionnels de la construction, mais aussi les aider à préparer leur dossier financier pour obtenir les aides et subventions en faveur des économies d'énergie. Certaines collectivités ont même débloqué des fonds spécifiques
(Lire
l'article :
De nouveaux travaux écolo pour réduire vos impôts).
« L'isolation d'une toiture coûte en moyenne 30 euros/m² pour la fourniture et la pose. Selon vos revenus, les aides de la CUD représentent environ 20 % des coûts des travaux. A cela viennent s'ajouter
les crédits d'impôts et les aides éventuelles de l'Agence nationale de l'habitat »,
explique Arnaud Duquénoy.
« Au final, entre 60 et 80 % du coût des travaux est pris en charge par les aides
publiques, avec un temps de retour inférieur à trois ans grâce à une baisse de la consommation pouvant atteindre 30 % pour une maison sans isolation »,
conclut-il. Et les propriétaires des maisons individuelles ne sont
pas les seuls visés.
Votre ville bientôt « thermograhiée » !
Les organismes logeurs peuvent aussi utiliser ces résultats pour rénover leurs immeubles et réduire les charges de leurs locataires. Tout comme les copropriétés. A Grenoble, l'installation du tramway dans l'une des artères les plus
fréquentées de la ville a ainsi été doublée d'un
« dispositif d'aide aux copropriétaires et aux bailleurs sociaux pour refaire l'isolation des immeubles très "énergivores" »,
explique la
Mairie.
Dans un contexte de flambée des prix de l'énergie, ces initiatives font des émules. Sous l'impulsion de la JCEF, de nouvelles opérations de thermographies ont ainsi été menées cet hiver à Bordeaux, à Haguenau et dans une zone rurale de
l'Oise, Breteuil-Froissy. Des projets sont déjà programmés à Brive-la-Gaillarde et à Aix-les-Bains pour 2009. Nice, Metz ou encore la Martinique devraient suivre rapidement. L'objectif : réaliser la thermographie de 120 villes d'ici
à 2011.
|