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 (14 images)
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Un atelier d’affiches est créé au sein de l’Ecole des beaux-arts le 15 mai, la première affiche réalisée en sérigraphie est produite le lendemain au soir. « Il s’agit du même poing que celui qui orne les manchettes de la presse maoïste », précise Michel Wlassikoff.
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Tirée dans un premier temps en sérigraphie sans inscription, cette affiche a ensuite été imprimée en offset avec un SS rajouté sur le bouclier, en plus du slogan « CRS SS » figurant à droite du personnage. L’image ci-dessus représente la première version, dont le tirage initial remonte au 19 mai. Même si l’anonymat est respecté pendant plusieurs années, l’illustrateur, Jacques Carelman, en revendique la paternité à partir de 1988. Depuis, l’Association des auteurs graphiques et plastiques lui verse des droits dès que le dessin est reproduit. C’est le seul cas d’attribution officielle d’une affiche de Mai 68 !
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Dessinée le 19 mai par Jean Hillaireau, l’affiche sert de réplique à la phrase prononcée le matin même par le général de Gaulle en conseil des ministres : « La réforme oui, la chienlit non ».
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Le 22 mai, à l’annonce de l’interdiction de séjour de Daniel Cohn-Bendit, le slogan lancé dans les manifestations de rue est « Nous sommes tous des Juifs allemands ». Comme l’explique Michel Wlassikoff, Bernard Rancillac s’empare dès lors d’une photo de Gilles Caron où figure Cohn-Bendit pour réaliser une affiche qu’il souligne du slogan : « Nous sommes tous des Juifs et des Allemands ». Imprimée pendant la nuit, cette première version est censurée le lendemain, à la suite de la polémique qui éclate sur la présence du mot « Juif ». Une autre mouture est finalement validée avec le texte « Nous sommes tous indésirables ».
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Imprimée vers le 20 mai, cette affiche reprend le slogan « A bas les cadences infernales », lancé au mois de janvier 1968 par l’Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes, à l’occasion des grèves de la Saviem, à Caen, dans le Calvados.
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A la demande des grévistes de Citroën, une première série d’affiches est réalisée dès le 22 mai avec pour mot d’ordre « Travailleurs français, immigrés, tous unis ». Imprimée en offset au début du mois de juin, cette affiche appartenant à une seconde série sur le même thème connaît d’emblée une large diffusion.
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Cette affiche – l’une des rares où apparaît un jeu de calligraphie – est une réponse aux déclarations de De Gaulle, le 24 mai, annonçant un référendum sur la participation dans les entreprises et dans les universités.
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Comme l’indique Michel Wlassikoff, cette affiche « stigmatisant les rouages de l’exploitation capitaliste » a été réalisée en sérigraphie le 27 mai, puis a connu un important tirage en offset.
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Après les accords de Grenelle dont les avancées sociales – augmentation du Smic de 25 %, des salaires de 10 % et réduction du temps de travail – ne parviennent pas à satisfaire la base ouvrière, de nombreuses affiches déclinent le slogan « La lutte continue ».
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Une réponse acerbe au discours du 30 mai au cours duquel le général de Gaulle appelle à organiser « l’action civique » pour aider le gouvernement et les préfets à rétablir l’ordre.
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Comme le rappelle Michel Wlassikoff, l’affiche fait référence au 4 juin 1968, une journée au cours de laquelle les forces de police occupent la maison de l’ORTF (l'Office de radiodiffusion-Télévision française) et des centres de province. Ce sont des techniciens de l’armée qui assurent le fonctionnement des émetteurs.
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Après la mort d’un lycéen à l’usine Renault de Flins, le 10 juin, puis celle de deux ouvriers à Sochaux, le 11, de violents mouvements de protestation éclatent dans les grandes villes françaises et font de nombreux blessés. A partir du 12 juin, les manifestations sont interdites sur l’ensemble du territoire.
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Validée par l’assemblée générale du 8 juin, l’affiche « reprend ironiquement les titres de presse qui saluent le déblocage des dépôts d’essence et le retour à la normale du trafic automobile », souligne Michel Wlassikoff.
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Ultime production signée de l’Atelier populaire de l’ex-Ecole des beaux arts, cette affiche a été réalisée dans les locaux du Parti socialiste unifié, le PSU, après l’occupation de l’établissement par la police, le 27 juin 1968.
 Quelques questions à Michel Wlassikoff, auteur du livre Mai 68 : L'affiche en héritage, paru aux Editions Alternatives, et commissaire d'une exposition sur le même thème, qui sera présentée à la galerie Anatome, du 7 mai au 26 juillet 2008. 01 men. : Dans votre ouvrage, vous rappelez que, contrairement aux idées reçues, ces affiches anonymes ne sont pas des créations spontanées émanant des étudiants. Pouvez-vous nous rappeler qui les a produites ?
Les manifestations étudiantes débutent dès le 3 mai. En revanche, les premières affiches n'apparaissent qu'à partir du 15 mai, au moment où la grève générale se développe. Quelques étudiants participent à leur réalisation. Mais ce sont surtout des peintres et des illustrateurs expérimentés, du collectif de la Jeune Peinture et très engagés dans des mouvements politiques marxistes-léninistes pro-chinois, qui prennent en main les opérations. Au total, environ 500 modèles d'affiches sont réalisés par l'Atelier populaire de l'Ecole des beaux-arts, 150 par celui de l'Ecole des arts déco et une centaine par d'autres ateliers parisiens ou provinciaux.
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Comment s'organisait la production ?

Très simplement. Le travail se déroulait dans une ambiance exaltée et festive. Des assemblées générales étaient organisées en fin de matinée afin de décider, d'abord, des slogans. Les textes retenus étaient ensuite inscrits sur des
placards puis récupérés par des dessinateurs volontaires, invités à respecter le cahier des charges et à réaliser une première maquette en taille réelle.

Le soir, tous les projets étaient accrochés sur un fil à linge afin d'être débattus, corrigés, voire écartés. Une fois validées, les maquettes pouvaient enfin être transposées sur un écran de soie en vue de leur impression en
sérigraphie. Les tirages s'effectuaient pendant la nuit, la technique permettait un roulement continu.
A combien d'exemplaires les affiches étaient-elles tirées ?

La soie et les cadres s'usaient rapidement. Les tirages sérigraphiques ne pouvaient donc pas excéder 2 500 exemplaires. Mais, étant donné le succès immédiat remporté par les affiches, de nombreuses épreuves ont rapidement
fait l'objet de tirages offset en imprimeries, disponibles à 10 000 ou à 20 000 exemplaires. Les images étant libres de droit, des retirages successifs ont également été effectués après le mois de mai.
Que sont-elles devenues après les événements, à quel prix peuvent-elles se vendre aujourd'hui ?

La plupart des affiches ont été détruites avec le temps, finissant par disparaître des murs où elles avaient été placardées. Certaines ont cependant pu être retrouvées, par lots entiers, dans des stocks d'imprimeries. Au début du
mois avril, la société Camard a ainsi pu organiser, à Drouot, la vente de 250 affiches, qui se sont vendues entre 500 et 3 000, voire 4 000 euros pour les plus convoitées.
Quelle place occupent désormais les affiches de Mai 68 dans l'histoire du graphisme français ?

Au cours des années 60, les affiches d'auteur étaient tombées en désuétude avec la multiplication des agences de communication et avec la très forte progression de la photographie commerciale. Mai 68 s'inscrit en
rupture avec cette tendance en réhabilitant les principes des affiches peintes au cours des années 50. La composition s'organise autour d'un personnage central et d'un texte puissant.

Dans la lignée de célèbres affichistes comme Toulouse-Lautrec, Cassandre ou Savignac, on joue à nouveau sur des chromatismes simples, favorisant les grands aplats de couleurs vives et des lettrages facilement lisibles qui se veulent le
plus percutants possibles. Aujourd'hui encore, les allusions aux affiches de Mai 68 demeurent très fréquentes.
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