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| Souffrir pour être beau est devenu un impératif pour l'homme contemporain. |
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| L'image du torse glabre de Leonardo DiCaprio dans les « Infiltrés », de Martin Scorsese. |
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« Le vrai mâle est velu »,
selon l'axiome populaire. Ça tombe bien, le système pileux humain est constitué de 500 000 poils - jusqu'à 1 000 000
pour les plus pourvus. Martin Monestier, dans son livre intitulé
Les Poils,
de surenchérir :
« Une poitrine masculine poilue fait présumer de l'audace, de la robustesse, de la virilité et
de l'ardeur sexuelle. »
Comment ne pas penser immédiatement à l'icône James Bond ? Mais, plus loin, il évoque le cas de
« certains hommes [qui] n'échappent pas à la lubie de
l'épilation et du rasage corporel »,
suivant en cela l'exemple des femmes.
Six ans après la parution de son ouvrage d'ethnologie pileuse, il semble que cette extravagance du culte de l'imberbe soit en passe de devenir la nouvelle norme esthétique. La mode
grunge
des
année 1980-1990 ayant progressivement cédé la place au look glabre et à l'allure androgyne. Leonardo DiCaprio vainqueur contre Kurt Cobain.
« Etre un homme aujourd'hui passe par la reconquête de son corps, qui, dans la grande tradition masculine, est longtemps resté le parent pauvre [...] Les stéréotypes de la beauté masculine se
rapprochent de ceux du féminin : jeunesse, beauté faciale et corps parfait [...], sans pour autant renoncer à sa virilité »,
analyse Nicolas, Riou dans son livre
Pourquoi mon mec est comme
ça.
Un retour de l'idéal antique de l'éphèbe grec ?
Selon le docteur Ghalib, responsable du département épilation laser de la clinique du Rond-Point des Champs-Elysées, dont la clientèle est constituée pour 40 % d'hommes, contre 10 % il y a dix ans,
« avec la vogue du métrosexuel, les hommes prennent plus soin d'eux, ils veulent être glabres ou recherchent juste un désépaississement pileux. Les épaules sont les zones les plus demandées, puis vient le torse et les
aisselles et, enfin, l'espace intersourcilier et la barbe. Mais ils sont de plus en plus nombreux à vouloir s'épiler les fesses et le pubis. Comme la femme, les hommes ont envie d'être nets ».
Un retour de l'idéal de l'éphèbe grec antique, qui s'épilait déjà pour conserver son apparence de jeune garçon ? Une chose est certaine, l'écart masculin féminin tend à s'atténuer, les hommes
prêtant davantage attention à leur corps et à leur apparence.
« Tout se passe comme si l'être humain avait honte de son système pileux (résidu d'animalité ?) et tentait de le
domestiquer »,
font observer Jean Maisonneuve et Marilou Bruchon-Schweitzer, dans leur ouvrage,
Le Corps et la Beauté.
Pourtant,
« la Providence a mis du poil au menton des hommes pour qu'on puisse les distinguer de loin des femmes »,
dit Epictète. Cependant, c'est un fait, une femme sur deux
recherche systématiquement un torse mâle vierge de tout poil. Les psychiatres y voient un refus de la virilité réelle. A ce sujet, Martin Monestier consigne un témoignage féminin édifiant :
« J'aime beaucoup les
hommes glabres. Pourquoi cela ne devrait être qu'une pratique féminine ? Outre l'aspect hygiénique, cela allonge la taille du sexe, qui n'est plus masqué par une touffe de poils. »
L'industrie cosmétique au service de la culture anti-poils
Nickel, première marque de cosmétique masculine, a fait des émules depuis 1996. Pas un groupe ne possède désormais sa gamme dédiée aux hommes. L'embellissement du corps masculin façon Dieux du stade est une aubaine pour ce marché
en forte croissance, en progression annuelle d'environ 8 %. Même Sébastien Chabal, qui pourrait faire figure d'exception à la règle avec son look homme de Cro-Magnon, n'a pas résisté à l'attractivité de ce secteur,
égérie virile du parfum Caron « Pour un homme ». Cette situation concurrentielle contribue à tirer les prix vers le bas. A titre d'exemple, se faire épiler à la cire tiède jetable à l'institut Nickel coûte
17 euros pour les épaules, 24 euros pour le torse et 45 euros pour les jambes.
L'épilation participe de l'essor de l'industrie cosmétique masculine et se démocratise. L'image de la masculinité est devenue plurielle.
« Les hommes s'épilent par souci
esthétique et pour le culte du corps, soit de façon récurrente ou pour des demandes saisonnières, pour l'été par exemple, notamment à la quarantaine passée,
indique Frank Tainier responsable de l'institut Nickel.
D'autres s'épilent aussi pour des raisons d'hygiène, un corps imberbe dans notre culture paraît plus sain. Enfin, d'autres encore, s'épilent pour des raisons purement sportives, parce qu'ils sont
boxeurs, cyclistes, danseurs, nageurs. »
Le docteur Ghalib compte également parmi ses clients plusieurs footballeurs du PSG...
L'épilation définitive au laser
Comme l'explique Anne-Marie Collet-Villette, dermatologue et responsable du centre laser de l'hôpital de la Conception, à Marseille, le laser permet une épilation durable, progressivement définitive. Le but est la destruction des
zones germinatives du poil (bulbe et bulge) grâce à l'absorption de la lumière laser par le pigment du poil. Ce poil doit donc être idéalement noir, l'épilation sera moins efficace sur le poil châtain et nulle pour les poils blonds.
Avant de débuter une épilation laser, il faut une première consultation médicale, afin d'expliquer la méthode, d'évoquer les complications possibles et de fixer le prix des séances (de 60 à 300 euros, selon la surface à
traiter). Le patient doit raser ses poils pour que la lumière laser se concentre dans les structures germinatives cutanées, on protégera les grains de beauté qui, par leur pigmentation, peuvent être brûlés. La peau doit être la plus claire possible
et non bronzée.
La séance est légèrement douloureuse (sensation d'un claquement d'élastique à chaque impact), mais assez rapide (pour un dos, il faut compter entre 1 à 2 heures ou 3 à 4 heures, selon la surface). Un érythème
périfolliculaire apparaît et va durer environ une heure. Les séances sont espacées, au départ, de un à deux mois, puis, en fonction de la vitesse de la repousse, s'espaceront de plus en plus. Il est très difficile de prévoir le nombre de séances
nécessaires. Chez l'homme, ce nombre est plus important que chez les femmes du fait de la dépendance aux hormones mâles du poil : il faut prévoir entre cinq et dix séances en moyenne.
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