La F1 et le Champ Car
Sébastien Bourdais, quelles sont tes impressions après tes trois premiers Grands Prix en Formule 1 ?

C'est plutôt fidèle à ce que j'attendais. Avec Toro Rosso, on est entré par la grande porte après le premier Grand Prix à Melbourne (et ma septième place). C'était très sympa... En revanche, au deuxième Grand
Prix, on a connu toutes les galères de la terre
[Bourdais est victime d'une sortie de piste dès le premier tour, NDLR].
Enfin dimanche à Bahreïn, ce n'était pas très excitant.
Comment as-tu été accueilli en F1 ? Comme le quadruple champion de Champ Car ou comme un « Rookie » (un débutant) ?

Avec la presse, c'était un peu les deux. Parmi les gens du milieu, j'ai rencontré pas mal de personnes qui étaient contentes pour moi. Elles savaient que c'était quelque chose après laquelle je courais depuis
longtemps. C'était assez sympa dans l'ensemble.
L'ambiance est-elle différente en Formule 1 par rapport au Champ Car ?

Ce n'est pas du tout la même organisation, ni la même atmosphère. En Champ Car, on est tous dans un paddock avec des camions et des tentes. En F1, on est dans un garage, c'est moins ouvert. Malgré tout, au sein de
l'équipe, cela ne change pas grand-chose. C'est toujours une bande de passionnés prête à travailler des heures et des heures. A ce niveau-là, je n'ai pas été très dépaysé.
En Malaisie, tu as notamment remercié à la radio tes mécaniciens qui avaient travaillé toute la nuit. Tu es vraiment proche des tes mécanos...

Oui, j'aime bien avoir un groupe soudé. Le pilote est forcément mis en avant, il gagne le plus d'argent alors que ce n'est pas celui qui travaille le plus. La moindre des choses est de leur marquer du respect. Par
rapport au message radio, il va falloir que j'intègre le fait que tout le monde entend tout ce que je dis. Sinon, je vais me faire piéger un jour... (Rires).
Toro Rosso
Combien d'années de contrat as-tu avec Toro Rosso ? Tous les Français aimeraient te voir courir un jour sur une voiture tricolore ?

Cette information n'a pas été divulguée. Il faut se concentrer sur le présent. Mais si un jour une opportunité intéressante se présente, et si en plus c'est un constructeur français, ce sera évidemment avec plaisir. Mon
objectif n° 1 était d'accéder à la F1. Maintenant, cela va être de montrer que j'y ai ma place. Je reste concentré là-dessus pour le moment.
Tu t'es déjà fait remarquer. Les spécialistes disent que tu es à la hauteur de tous les autres pilotes. Il te manque simplement une bonne voiture...

C'est sûr qu'en Formule 1 c'est très difficile sans une bonne voiture. La seule vraie valeur étalon est ton coéquipier. Aujourd'hui, ma mission est donc de battre mon coéquipier, Sebastian Vettel.
Penses-tu pouvoir remporter un Grand Prix cette saison avec Toro Rosso ?

Non, c'est impossible. Notre but, depuis le début, est de mettre des points le plus souvent possible. A Melbourne, on aurait dû finir quatrième... Quand les week-ends iront dans notre sens, avec un peu de réussite, on sait
qu'on peut faire de belles choses, mais on sait aussi que cela n'arrivera pas tous les week-ends.
Et le GP de Barcelone dans quinze jours ?

Ce sera le dernier Grand Prix avec l'ancienne voiture 2007. On fait une séance d'essais la semaine prochaine avec la nouvelle monoplace. On aura donc une première idée du niveau de performances qu'on aura en
Turquie. Pour être honnête, on s'attend à un week-end un peu compliqué à Barcelone. En effet, on sait que beaucoup d'équipes y arriveront avec des évolutions, on risque donc de se faire massacrer. Mais, on espère que ce sera le dernier
week-end ainsi...
Sa jeunesse et son ambition aujourd'hui
Tu rêvais déjà de Formule 1 tout petit ?

Non, c'est venu plus tard. Même si c'est vrai que je suis certainement né avec la passion du sport auto. Mon père roulait avant que je sois né
[Patrick Bourdais a notamment participé à sept éditions des
24 Heures du Mans, NDLR],
j'ai su faire de la moto avant de faire du vélo... J'ai clairement toujours aimé ça. J'ai commencé le kart à 10 ans, et au fur et à mesure cela devenait plus sérieux.
Jusqu'à mes 18 ans, je ne me projetais pas en F1.
Sachant que les carrières peuvent commencer à 19 ans en Formule 1, qu'attends-tu de la F1 à l'âge 29 ans ? Un titre de champion du monde pilotes ?

Bien sûr ! C'est une évidence pour moi. Maintenant est-ce que j'aurais l'opportunité un jour d'être dans cette position ? Je ne me pose pas la question. Je me donne au maximum et je verrai bien où cela
m'emmènera...
Qui t'impressionne le plus sur le circuit ?

Je respecte tous les mecs qui sont devant. Il n'y a que les meilleurs en Formule 1. J'ai eu une idole qui était Senna. Depuis, personne ne l'a remplacé. De plus, je ne peux pas idolâtrer un pilote actuel si je
veux le taper en piste
(Rires).
Aurais-tu voulu te mesurer à Michael Schumacher ?

Dans la même voiture, pourquoi pas... On ne sait jamais. Michael Schumacher est plus que dans le coup. Il s'est retiré de la F1 avant de commencer à descendre. S'il avait voulu rester, il aurait encore pu prétendre au
championnat pendant au moins deux saisons.
Tu parlais d'Ayrton Senna, n'as-tu jamais peur en piste ?

A partir du moment où l'on prend conscience d'un certain nombre de choses, qu'on les intègre et qu'on y pense sans arrêt, c'est le moment d'arrêter. C'est la même chose pour tous les pilotes. Je me
suis toujours dit que le jour où je commencerai à y penser, j'arrêterais.
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