|
PHOTOS
 |
| Au 31 décembre 2007, 6 fournisseurs alternatifs étaient actifs sur le marché de l’électricité et 3 sur le marché du gaz. |
 |
 |
| Grâce à ses centrales nucléaires aujourd’hui amorties, EDF est en mesure de proposer un tarif régulé inférieur de 30 % au prix du marché. Une rente dont aimeraient aussi bénéficier les nouveaux fournisseurs… |
 |
| |
Peut-on vraiment et durablement faire des économies en abandonnant les tarifs réglementés d'EDF et de GDF ? Depuis la libéralisation du marché de l'énergie des particuliers, en 2007, cette question ne cesse de turlupiner les
26 millions de foyers français consommateurs d'électricité et les 11 millions abonnés au gaz naturel.
Comme les entreprises, les particuliers ont en effet le choix entre un tarif fixé par décret, proposé uniquement par les 2 fournisseurs historiques, et un tarif « de marché » proposé aussi par EDF et par
GDF mais surtout par des fournisseurs alternatifs privés (Direct Energie, Poweo, Electrabel Groupe Suez, Enercoop, GDF et Planète UI pour l'électricité et EDF, Poweo et Altergaz pour le gaz). Huit mois après l'ouverture à la concurrence, c'est
pourtant loin d'être la ruée (voir l'encadré ci-dessous). Si un coup de fil suffit pour changer de fournisseur, faire le tri dans cette multitude de contrats est en revanche bien plus compliqué. Et offre de marché ne rime pas toujours avec économie,
à court comme à long terme.
Une libéralisation à petits pas
Au 1er mars 2008, Electricité Réseau Distribution France (ERDF) n'avait enregistré que 80 290 demandes de changement de fournisseur d'électricité. Côté gaz, au 31 décembre 2007, le rapport trimestriel de
l'observatoire de la Commission de régulation de l'énergie (CRE) recensait 114 000 sites résidentiels ayant basculé sur une offre de marché, dont seulement 54 000 alimentés par un fournisseur de gaz alternatif.
72 euros en moins ou 238 euros en plus ?
Pour une consommation annuelle de 7 000 kWh et une puissance de 9 kVA, le magasine
60 millions de consommateurs
estimait en novembre dernier qu'un particulier économiserait 72 euros avec
Direct Energie, 49 euros avec Electrabel, 47 euros avec Poweo et 9 euros avec l'offre Dolce Vita de Gaz de France, par rapport au tarif réglementé d'EDF (évalué à 881 euros par an en tarif de base). Mais attention :
opter pour le tarif libre « Bleu ciel » d'EDF lui coûterait 38 euros de plus, et l'offre 100 % énergies renouvelables d'Enercoop, 238 euros de plus ! D'une façon générale, les associations de
consommateurs incitent à comparer les fiches standardisées des offres : tarif du forfait, coût de l'appel au service clients et des prestations techniques, frais de résiliation, etc. peuvent parfois faire la différence. Elles appellent surtout
à la vigilance sur les clauses de révision des tarifs.
Tarifs imbattables... pour l'instant !
Contrairement au tarif réglementé, dont l'évolution est décidée par les pouvoirs publics, le prix des offres de marché variera en fonction du bon vouloir du fournisseur et des évolutions des cours européens, qui sont alignés sur les
prix du pétrole et du charbon. Pour attirer les clients, un grand nombre de fournisseurs proposent des ristournes temporaires comme cadeau de bienvenue et assurent un prix fixe pendant la 1re année. Mais, passée cette lune de miel, la facture
peut vite s'allourdir !
Pour rassurer les clients, certains fournisseurs ont trouvé la parade : Altergaz garantit jusqu'à 5 % de réduction sur le prix du gaz naturel à chaque renouvellement de contrat.
« Notre offre est indexée
sur le tarif réglementé et donc susceptible d'évoluer tous les trimestres, mais nous garantissons toujours un bandeau d'économie entre 0 et 5 % »,
affirme Laurence Boniface, directrice du marché des particuliers
d'Altergaz.
Côté électricité, Direct Energie, Poweo et Electrabel s'engagent aussi à tenir une offre au moins à un prix inférieur au tarif réglementé jusqu'en 2010.
« Dans nos contrats, il n'y a pas d'engagement dans le
temps, pas de frais de résiliation, pas de pénalités : c'est la meilleure garantie que l'on puisse donner à nos clients d'être toujours plus compétitifs que le tarif réglementé, car, si on vend plus cher, il leur suffit de retourner chez
EDF »,
explique Thierry Roussel, directeur général de Direct Energie. Pour inciter les Français à faire l'essai, le législateur vient en effet d'élargir les possibilités de retour au tarif réglementé (voir ci-dessous).
Mais qu'adviendra-t-il après 2010, date prévue de la fin de ces clauses de réversibilité... mais aussi de la disparition probable des tarifs réglementés ?
Réversibilité jusqu'en 2010
Depuis le 21 janvier et jusqu'au 1er juillet 2010, le consommateur pourra choisir à chaque fois qu'il déménage entre tarif réglementé et prix de marché, quel que soit le choix du précédent occupant du logement. La
réversibilité totale est aussi garantie jusqu'en 2010 pour l'électricité : si vous choisissez une offre de marché auprès de l'opérateur historique ou chez un autre fournisseur, vous pourrez changer d'avis et resigner un contrat au tarif
réglementé auprès d'EDF au bout d'un délai de 6 mois. Pour le gaz, l'abandon du tarif réglementé reste en revanche définitif... jusqu'au prochain déménagement !
Plus que 2 ans pour changer d'avis
Pour le gaz naturel, les risques de flambée seraient limités : les tarifs réglementés sont déjà alignés sur le marché européen, car tous les fournisseurs, GDF compris, doivent s'approvisionner auprès de producteurs étrangers.
« Après 2010, il demeurera beaucoup de contrats historiques à gérer, et il est probable que leur tarif se substituera au tarif réglementé comme indicateur pour indexer nos prix »,
explique
Laurence Boniface, d'Altergaz. Pour l'électricité, les craintes sont toutefois plus grandes.
Chez les professionnels, les factures d'électricité ont en effet fortement augmenté après la libéralisation entamée en 1999. Après une forte baisse jusqu'en 2002-2003, les prix de vente sont passés de 29 à 50 euros/MWh en moyenne
annuelle en base entre 2004 et 2006. C'est environ 40 % de plus que le tarif d'EDF (1) ! Le même mouvement serait inéluctable pour les tarifs des particuliers en raison du fonctionnement du marché européen de l'électricité.
« Le marché ne forme au niveau de chaque tranche horaire qu'un prix unique, qui correspond au coût variable de la technologie la plus coûteuse nécessaire à cet équilibre »,
expliquent les
chercheurs Dominique Finon et Jean-Michel Glanchant (2). Avec une production nucléaire de 30 % moins chère que le prix de revient de l'électricité sur le marché européen, les Français auraient donc tout à perdre à cette dérégulation
des tarifs. Faut-il pour autant se priver d'économies d'ici là ? Pour l'UFC-Que choisir, il vaut la peine de conserver les tarifs réglementés.
« Un choix massif des consommateurs pour le marché libre permettrait aux
fournisseurs, à la CRE et aux pouvoirs publics de justifier la suppression des tarifs réglementés à l'horizon 2010. Or seuls ces tarifs régulés garantissent aux consommateurs stabilité et sécurité à moyen et à long terme »,
explique l'association de consommateurs. Les fournisseurs alternatifs, eux, crient à la désinformation et assurent que, même s'il vendent aujourd'hui à perte, leur compétitivité à terme est pérenne. Plus que 2 ans pour faire votre
choix !
(1) voir Dominique FINON, directeur de recherche au CNRS, CIRED, et Jean-Michel GLACHANT, professeur, GRJM-ADIS, « La hausse inéluctable des prix de l'électricité en France : Faut-il corriger les effets du
marché continental européen ? », Université Paris-Sud, 2007.
(2)
Ibidem.
|