|
PHOTOS
 |
| Depuis son arrivée au Bayern de Münich, Franck Ribéry fait l'unanimité. Au point de voir tout le jeu de l'équipe dépendre en grande partie de son état de forme. |
 |
 |
| Sélectionné par Raymond Domenech pour la Coupe du monde 2006, l'ancien Marseillais est devenu un titulaire indiscutable chez les Bleus après seulement quelques matchs. |
 |
| |
Le roi de la Bavière
Dans le centre de Münich, sur Odéonsplaz, un panneau publicitaire immense, de quinze mètres sur dix affiche le portrait d'un jeune homme à qui la vie n'a pas réservé que des clins d'oeil chaleureux. Sous des
attributs royaux, Franck Ribéry pose. Sa monstrueuse balafre, qui lui balaie verticalement tout le visage, et ses dents, pour le moins indisciplinées, attirent les regards. Sous la photo, ces simples mots : « la Bavière a de
nouveau un roi » ! Depuis cet été, l'ex-Marseillais est devenu l'attraction numéro 1 de la
Bundesliga,
ce championnat allemand qui n'a pourtant pas pour habitude d'attirer des
stars internationales.
« Quand nous l'avons engagé, c'est comme si nous avions gagné au Loto »,
affirme un certain Franz Beckenbauer, président du Bayern. Le Kaiser, icône vivante dans son
pays, cinquante ans de football derrière lui, avoue en toute franchise :
« J'ai rarement vu un tel artiste au cours de ma carrière. Tous les plus grands clubs européens peuvent bien essayer de nous
l'acheter, ils n'y arriveront pas ».
Transféré de l'OM en Allemagne pour la somme record - au Bayern - de 26 millions d'euros, Franck Ribéry déchaîne l'enthousiasme des supporters et de la presse locale, unanime à saluer
« la beauté, l'intelligence et le jeu de l'international français ».
Payé 4 millions d'euros par an, en dehors de ses immenses revenus publicitaires qui multiplient pratiquement ses
revenus par trois, le milieu offensif des Bleus, celui que l'on surnomme « la bombe » ou « l'extraterrestre », n'en finit plus de grimper dans l'échelle sociale.
Un clown à Boulogne
Il est loin le temps de l'insouciance, celui des pitreries et des courses effrénées derrière le ballon au pied de la cité en béton. Boulogne et son quartier difficile du Chemin-Vert, ville ouvrière de 12 000 habitants au
taux de chômage ahurissant de 60 %. C'est là, dans cet univers hostile, que Franck Ribéry est né il y a près de vingt-cinq ans. Il fêtera son anniversaire le 1er avril. Aîné d'une famille de quatre enfants, le gamin défiguré
donne tout pour le foot. Il avait à peine deux ans lorsqu'il fut victime d'un terrible accident de voiture.
En voulant éviter une collision frontale, son père, terrassier, freine brusquement.
« J'étais derrière, pas attaché et je suis passé à travers le pare-brise, la tête la première »,
raconte Ribéry qui n'a jamais souhaité supprimer cette cicatrice qui en a fait le souffre douleur de toutes les cours de récré.
« Mais quand il avait un ballon entre les pieds,
soutient José Pareira, son
premier entraîneur dans l'équipe des poussins des Aiglons de Boulogne,
il faisait immédiatement la différence et imposait le respect. Il n'était pas besoin de lui mettre la pression et il ne fallait pas non plus le
chatouiller de trop près. »
Car le gosse à la gueule cassée sait se faire respecter. Toute sa carrière sera ainsi émaillée d'incidents, d'accidents, de coups de poing et de coups de tête.
L'apprentissage de la vie
A treize ans, Franck Ribéry intègre le centre de formation de Lille, le grand club du Nord. Il n'y restera que trois ans, le temps d'acquérir quelques bases et de se fâcher définitivement avec les études.
« On l'avait récupéré très jeune,
explique Jean-Luc Vandamme, responsable du centre.
Il venait d'un quartier difficile, élevé à la dure, mais on a été dépassés par son comportement scolaire.
Il se battait tout le temps. Pas en match ou à l'entraînement, mais à l'école. Dans le foot on gère une équipe, pas une seule personne. »
Viré, fraîchement accueilli dès son retour à la maison par son père qui a
vu d'un seul coup tous ses rêves de réussite sociale s'évanouir, Franck Ribéry entre dans la vie par la plus petite porte.
Il re-signe une licence à Boulogne pour... 150 euros par mois, puis part pour Alès au sein d'un club qui fait faillite. Le gamin ne peut même plus payer son loyer. Recruté ensuite par le stade brestois, il va se faire
remarquer lors d'un match Nantes-Brest où ses roulettes à répétition et ses grands ponts sur Armand et Yepes, deux vieux pros nantais, vont faire sensation. Entraîneur de Metz à l'époque, Jean Fernandez sent immédiatement la bonne
affaire. En 2004, Ribéry effectue ses grands débuts en Ligue 1 et est aussitôt élu joueur du mois. Evoluant sur le côté droit, l'accélérateur de jeu ne va plus jamais connaître de baisses de régime.
Le destin d'un grand
Son ancien agent camerounais, John Bico, se souvient :
« A l'époque, les clubs ne se bousculaient pas au portillon pour Franck. Franchement, à cause de sa mauvaise réputation, il était parti dans la
vie pour casser des briques dans les rues de Boulogne. Il était incapable de remplir une feuille se sécurité sociale. Il manquait de repères et était en grande difficulté humaine. Il a donc fallu le réinsérer dans la
société. »
Jean Fernandez lui fait alors comprendre l'étendue de son potentiel, mais le jeune Ribéry se trouve trop à l'étroit à Metz et profite d'une brouille avec son président Carlo Molinari au sujet
d'une revalorisation salariale pour s'exiler en... Turquie. A Galatasaray, le plus grand club du pays. Son salaire est multiplié par dix. Les supporters le vénèrent. Celui qui n'est pas encore international fait exploser
toutes les statistiques, se brouille avec son nouveau président et son agent et part au bout de cinq mois rejoindre l'Olympique de Marseille. Ses deux saisons passées sur la Canebière vont lui ouvrir les portes de l'équipe de France,
les bras de Zizou, qui l'adore, et lui donner une renommée internationale.
Désormais, le gamin du quartier déshérité roule en BMW X5 noire, un 4X4 de luxe, mais continue de traverser la vie avec cette insouciance naturelle qui le caractérise. Au stade Vélodrome, il réveille le souvenir des grands anciens
comme Roger Magnusson ou Josip Skoblar. Une finale de Coupe du monde plus tard, perdue face à l'Italie aux tirs au but, scellera son destin. Le Bayern Munich lui fait un pont d'or. Logé dans un premier temps au sein du plus luxueux
hôtel de la capitale bavaroise, Franck Ribéry, marié à une musulmane, converti à l'Islam, continue de vivre comme un enfant qui n'aurait jamais envie de grandir. Tous les jours, ses partenaires du Bayern trouvent ainsi du sel dans leur
verre, du dentifrice sur la poignée de porte de leur chambre ou leurs chaussettes de matchs découpées aux ciseaux. Ribéry, c'est un immense et perpétuel éclat de rire, un homme bien, le seul à aller saluer un par un les six vigiles du centre
d'entraînement du Bayern et surtout un joueur immense qui se définit ainsi :
« Quand j'ai du peps, je peux dribbler n'importe quel défenseur au monde... »
Le Milan AC,
Arsenal, Chelsea, Manchester United et le Real Madrid qui tentent désespérément de l'approcher le savent bien.
|