Meilleur marqueur d’essais du rugby gallois avec Gareth Thomas, Shane Williams est aussi impitoyable sur un terrain que discret dans la vie. Il sera l’atout numéro un des Diables Rouges face aux Bleus ce samedi
15 mars.
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Shane Williams est, à 31 ans, au sommet de son art. Peu médiatisé, il n’en demeure pas moins l'un des atouts majeurs du XV gallois.
Le Millenium Stadium de Cardiff est l’une des plus belles enceintes du rugby international. Plus qu’un stade, il est un véritable autel pour le public gallois… et l’enfer sur terre pour les adversaires des Diables Rouges.
Quand on le voit pour la première fois, Shane Williams ne paie pas de mine. L'ailier des Ospreys et du Pays de Galles n'est pas, à proprement parler, une gravure de mode. 1,70 mètres, 80 kilos, le regard chétif,
le visage un peu rondouillard... pas de quoi tenir la comparaison avec les cheveux parfaitement gominés de Gavin Henson, LA star de la sélection galloise. Antithèse du produit marketing, Shane Williams n'en reste pas moins un excellent
joueur de rugby. Plus proche ces dernières années d'un David Beckham que d'un trois-quarts centre de génie, l'ailier des Reds est diablement efficace.
Un homme de record
Sa zone préférée ? L'en-but adverse. Et s'il n'a pas marqué contre l'Angleterre, il a su faire sauter les verrous italiens, écossais et irlandais lors du Tournoi des VI Nations 2008.
« Shane est un peu comme une balle rebondissante. Il est tout le temps en mouvement »,
déclare à son sujet Sean Holley, le coach assistant des Ospreys sur le site de la BBC. Williams a dû composer toute
sa vie avec ce genre de petits mots. Et si celui de son dirigeant n'était pas particulièrement péjoratif, cela ne fut pas toujours le cas.
« Son style peut ne pas plaire à tout le monde »,
explique Lyn Jones, son entraîneur en Angleterre.
« Toujours est-il que Shane offre au jeu quelque chose de différent ».
Malgré les critiques, Williams avance. A 31 ans, l'ailier a toujours soif de rugby, ce qu'il reconnaît lui-même :
« Je ne suis pas le genre d'ailier qui reste sur son aile en buvant du thé en
attendant que le ballon arrive. Moi j'ai faim ! ».
Habitué depuis huit ans à défendre les couleurs du XV du Poireau, le Diable Rouge ne crochète pas que les défenses. Gareth Thomas, figure emblématique du rugby gallois,
est en train de voir son record d'essais (40) plus que menacé. Williams a égalé sa performance face à l'Irlande en seulement 55 sélections (contre 100 pour Thomas). Désormais, il a toute latitude pour devenir le nouveau
meilleur marqueur de l'histoire du Pays de Galles. Jones encore :
« Il me rappelle l'impact qu'avait Gerald Davies et Elgan Rees à leur époque. »
40e essai de Williams sous le maillot du Pays de Galles
Un modèle d'humilité
Gerald Davies et Elgan Rees. Deux légendes du rugby gallois. Comme eux, Williams est bien parti pour devenir une icône dans son pays.
« Dans quelques années, nous pourrons nous remémorer tout ce qu'il a
apporté au jeu gallois. »
Lyn Jones n'est pas le seul à tarir d'éloges sur l'ailier international, à l'image du demi d'ouverture Stephen Jones.
« Shane est un joueur
fantastique, il a énormément de talent. Je suis fier qu'il soit Gallois ».
Autant de compliments pourraient faire tourner la tête de n'importe qui. Mais pas celle de Williams. Pourtant, son CV est flatteur. Une
spectaculaire mise en lumière lors de la coupe du Monde de 2003 face à la Nouvelle-Zélande. Une active participation à l'acquisition deux ans plus tard du Tournoi des VI Nations. Enfin, un one-man show de gala lors du Mondial 2007
(six essais en quatre matchs) malgré le couac des Gallois.
Mais Williams n'est pas égocentrique. Il est plutôt du genre à être confondu que reconnu par le grand public. Au mois d'août 2005, il est pris par mégarde pour l'agresseur d'un chauffeur de taxi, ce qui lui
vaudra tout de même une petite nuit au poste. En juin de 2007, il est de nouveau interrogé par la police à la suite d'une bagarre dans un bar. Alors, la perspective de devenir historique l'attire autant qu'elle le met mal à
l'aise.
« Quand vous pensez aux joueurs légendaires qu'il y avait avant vous, alors oui, dépasser ce record serait un immense honneur. »
Respectueux. Il l'est encore lorsque
l'artiste peintre Andrew Vicari lui fait l'immense honneur de lui tirer le portrait.
« C'était là l'une des choses les plus difficiles que j'ai eu à réaliser »,
confiera
après coup l'ailier des Diables Rouges.
Plus difficile que de marquer un essai aux Français, ce qu'il n'a encore jamais réussi à faire ?
« En tout cas, c'est un véritable Zébulon. »
Un éloge signé Vincent Clerc
dans le texte. Un autre ailier d'exception. Un concurrent direct, surtout pour le titre de meilleur marqueur d'essais du Tournoi. Ajoutez à cela un nouveau grand chelem lors des VI Nations - le deuxième de sa
carrière - et vous l'aurez compris. Samedi, ce ne seront pas les sources de motivation qui manqueront à « la balle rebondissante » au moment de fouler la pelouse du Millénium Stadium de Cardiff.
Petit florilège des plus beaux essais de l'ailier gallois
Le rugby, véritable religion au Pays de Galles
Le ballon ovale représente énormément de choses sur le sol des Diables Rouges. Plus qu'une passion, il est le sport national au Pays de Galles. Cette foi dans le rugby tient son essence dans le sentiment de revanche que les
Gallois ont nourri au fil des années envers les Anglais. D'ailleurs, certains joueurs de l'époque affirmaient même que
« quand ils gagnaient, surtout contre les Anglais, ils avaient l'impression de laver
une injure ».
Le rugby a vite été synonyme d'oubli momentané pour les ouvriers gallois de leurs conditions de vie et de travail. Et si le ballon ovale est aussi populaire sur la terre du prince du Pays de Galles, il le
doit en très grande partie aux nombreuses classes défavorisées, massées au sud du territoire.
Du coup, les Diables Rouges, comme on surnomme les joueurs du XV du Poireau, sont idolâtrés comme des demi-dieux. Pour le peuple gallois, ces rugbymen incarnent au mieux l'esprit transmis par leurs ancêtres, à savoir :
sueur, combativité et acharnement. Alors, pour pouvoir « célébrer » ces dieux, il fallait bien un autel mythique, l'imposant Millenium Stadium de Cardiff. Autrefois appelé Arms Park, cette enceinte, rénovée pour les
besoins du Mondial 2003, est un véritable monument historique. Le public local va même y effectuer de véritables pèlerinages. Et c'est près de 75 000 spectateurs qui accompagnent l'entrée des joueurs par un vibrant
Land of Our Fathers
(ou
Hen Wlad Fy Nhadau),
l'hymne du Pays de Galles. Ambiance...