The Do, AaRON, Cocoon… De plus en plus d'artistes français pop, rock et folk triomphent avec des titres en anglais. Un nouveau moyen pour percer dans l'industrie du disque ?
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AaRON a été lancé par le titre « U-Turn », repris dans le film « Je vais bien ne t’en fais pas ».
Le duo Cocon s’est fait connaître en gagnant le concours CQFD 2007 des Inrocks.
Le groupe Hey Hey My My s’est formé en 2005.
Ghost Days, sorti en janvier 2008, est le quatrième album de Syd Matters.
En 2007,
le groupe pop anglophone AaRON
a créé l'événement avec un premier album double disque d'or. Et l'année 2008 a démarré en trombe pour
le duo folk-rock The Do
qui trône dans le peloton de tête des meilleures ventes d'albums en France depuis le 15 janvier avec
A Mouthful.
Pendant ce temps, des
formations un peu plus anciennes comme
Stuck in the Sound,Hushpuppies
ou
Syd Matters
sont encensées par la critique. Y aurait-il une nouvelle vogue pour les groupes de musique français chantant dans la langue de Shakespeare sur le modèle des
« vétérans » Phoenix ou Air ?
Voir le clip Everything Else, de Syd Matters
« Il y a toujours eu des groupes français chantant en anglais. Seulement avant, les médias n'en parlaient pas. Et ça reste encore difficile pour beaucoup d'artistes de trouver des maisons de
disques »,
tempère Stéphane Gille, créateur du
label Sober & Gentle,
qui compte les groupes
Cocoon
et
Hey Hey My My
au nombre de ses poulains. Car le succès de The Do ou de Keren Ann, c'est un peu l'arbre qui cache la forêt.
Voir le clip I need some time, de Hey Hey My My
Une question de quotas
Loin d'être un atout, chanter en anglais reste en effet un sérieux obstacle pour de jeunes artistes qui veulent percer. Chakib, chanteur du
groupe pop rock In the Club,
qui prépare un maxi pour le printemps, le confirme :
« Quand on a commencé
à démarcher des maisons de disques il y a deux ans, on nous a dit que ce serait mieux de chanter en français. On s'est remis en question, on a essayé des titres en français mais ça ne collait pas avec le genre de musique qu'on voulait
faire. »
Pour Virginie Auclair, fondatrice de la société Neiomi et manager d'AaRON, le problème est simple :
« Si les labels hésitent encore à faire signer des artistes anglophones, c'est parce qu'ils savent qu'ils
n'arriveront pas à les faire passer en radio à cause des quotas de chansons d'expression française. Et donc qu'ils auront beaucoup plus de mal à vendre leurs disques, alors qu'il y a un public et que les critiques suivent. »
Voir le clip U-Turn, d'AaRON
Cocoon aussi fort que les Arctic Monkeys
Cette situation de blocage semblerait toutefois en passe de changer. Jean-Patrick Laurent, directeur de la programmation musicale de Oui FM, diffuse aujourd'hui davantage d'artistes français anglophones au détriment des groupes
anglo-saxons.
« La qualité de la production française s'est beaucoup améliorée. Et dans le même temps, il y a un vrai déficit depuis un an concernant les nouveaux groupes de rock anglais et américains. Une brèche s'est ouverte
pour les Français qu'on n'hésite plus à pousser. The Do ou Cocoon sur Oui FM, c'est 43 passages par semaine. Autant que les Arctic Monkeys ! »
Voir le clip On My Way, de Cocoon
Cette évolution, Stéphane Gille la confirme :
« Ces groupes ont probablement du succès parce que la musique pop anglo-saxonne est dans l'air du temps, elle est en phase avec le public. Du coup, les majors
cherchent actuellement à signer avec des chanteurs en anglais sur lesquels elles n'auraient jamais misés il y a encore quelques mois. »
Sans compter qu'un artiste anglophone a plus de chances de s'exporter, même si les succès
internationaux sur le modèle de Phoenix reste très rares.
Alors, l'avenir de la chanson française s'écrira-t-il en anglais ? Pour Viriginie Auclair, la question ne se pose pas du tout en ces termes.
« De plus en plus d'artistes baignent dans un environnement
multiculturel. Aujourd'hui, certains chantent en anglais, mais demain, ils pourraient bien choisir l'espagnol ou l'arabe suivant la chanson à interpréter, un peu comme Yael Naïm qui alterne entre hébreux et anglais »,
avance-t-elle. La production musicale française de demain pourrait bien ainsi devenir de plus en plus polyglotte : un beau casse-tête en perspective pour le CSA, le Conseil supérieur de l'audiovisuel qui veille au respect des quotas !