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Des maisons qui se fondent dans le paysage Caroline Lebrun

ARCHITECTURE

Des maisons qui se fondent dans le paysage

Caroline Lebrun , 01men., le 17/01/2008 à 11h25
Qu’elles soient creusées dans la roche ou enfouies dans la végétation, voilà des habitations qui savent composer avec le terrain. Aperçu en images et interview de Jean-Charles Trebbi, co-auteur de « Habiter le paysage », aux Editions Alternatives.

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(11 images)
Maisons rupestres de Cappadoce
Intégration au paysage volcanique à Santorin
Habitations souterraines de Tunisie
« Casa cueva » enfouie dans la roche en Andalousie (1/2)
« Casa cueva » enfouie dans la roche en Andalousie (2/2)
Cour de cave du Saumurois
Mur végétal dans le Loir-et-Cher

« Immeubles collines » de Blumau, en Autriche
Toits recouverts d’une prairie en Suisse
Maison Roux dans le Rhône
Store paupière de la Maison Roux
Maisons rupestres de Cappadoce
© Corbis
En Turquie, le vaste plateau de la Cappadoce a fait l’objet d’éruptions volcaniques successives qui ont rendu la roche tendre et propice à l’habitat creusé. Sculptés par l’érosion, ses paysages spectaculaires sont hérissés de cônes, ou pains de sucre, dont certains comptent plusieurs dizaines de cavités superposées. Ci-dessus, le village d’Uçhisar, transformé en véritable forteresse naturelle.
Intégration au paysage volcanique à Santorin
© Alternatives images/Anne Van der Elst
Situé dans une zone à haut risque sismique, Santorin a connu une terrible explosion volcanique vers 1 500 ans avant J.-C. Depuis, l’architecture des villages a dû s’adapter aux contraintes naturelles : séismes, raréfaction du bois et de l’eau, terrain en forte pente. La plupart des maisons sont en partie creusées dans la pierre ponce qui recouvre l’ensemble de l’île sur une épaisseur de trente mètres.
Habitations souterraines de Tunisie
© Alternatives images/Office national du tourisme de Tunisie
Caractéristiques des monts Matmata, ces maisons du sud de la Tunisie sont partiellement enterrées. Les pièces creusées dans le sol sont disposées autour d’un patio central de 4 mètres de profondeur. Selon l’ouvrage Habiter le paysage, les lieux auraient servis de décor à certaines scènes du film La Guerre des Etoiles, en 1976.
« Casa cueva » enfouie dans la roche en Andalousie (1/2)
© Alternatives images/Olivier Huet
En Espagne, l’Andalousie regroupe un nombre de troglodytes parmi les plus importants d’Europe. Ci-dessus, une extérieure d’une casa cueva, située à la limite du quartier des caves de Guadix.
« Casa cueva » enfouie dans la roche en Andalousie (2/2)
© Alternatives images/Olivier Huet
Réhabilitée en 2000, cette casa cueva fait aujourd’hui office de gîte, proposé en location. Son enfouissement lui garantit une fraîcheur naturelle, même pendant l’été.
Cour de cave du Saumurois
© Alternatives images
En France, la région comprise entre Angers, Saumur et Montreuil-Bellay détient la plus forte densité d’habitats troglodytiques. Elle réunit sur une zone de 350 km2 des villages et des hameaux entièrement creusés dans le calcaire, tel Doué-la-Fontaine, qui possède les plus grandes excavations de falun de la région
Mur végétal dans le Loir-et-Cher
©  Alternatives images
Comme il est expliqué dans Habiter le paysage : « Les matériaux de construction dits naturels issus du terrain sont traditionnellement isolés de leur milieu ». Par conséquent, ils sont fréquemment utilisés pour protéger les maisons du froid, du vent et de l’humidité. En Islande, par exemple, des plaques de prairie découpées servent ainsi à couvrir les toit.
« Immeubles collines » de Blumau, en Autriche
© Alternatives images
Construite en 1977 par Hundertwasser, cette station thermale autrichienne illustre à grande échelle l’art de composer avec le terrain. Elle intègre à la fois des espaces enterrés autour de puits de lumière et des « immeubles collines » s’apparentant à des soulèvements de sol, que l’on peut parcourir à pied.
Toits recouverts d’une prairie en Suisse
© Alternatives images/Peter Vetsch
Sur un terrain de 4 000 m2 occupant une zone pavillonnaire à proximité de Zurich, l’architecte Peter Vetsch a imaginé un ensemble de neuf habitations avec caves et garages communs. Construites en 1993 dans des coques indépendantes, les différentes maisons sont recouvertes et reliées entre elles par la terre et la végétation.
Maison Roux dans le Rhône
© Alternatives images
Cette maison bulle imaginée par l’architecte Antti Lovag répond au concept d’« habitologie » qui consiste à proposer des habitats animés modifiables en fonction du temps. Les pièces de repas et de bains sont installées dans des demi-coques amovibles permettant de changer leur orientation.
Store paupière de la Maison Roux
© Alternatives images
Détail sur le store paupière qui équipe la salle à manger mobile de la Maison Roux, située à Fontaines-sur-Saône, dans le Rhône. Les formes courbes et douces sont caractéristiques de l’architecture dite organique, qui emprunte au vocabulaire biologique, créent des espaces enveloppants et protecteurs.
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Quelques questions à Jean-Charles Trebbi, architecte urbaniste et co-auteur avec Patrick Bertholon de l’ouvrage Habiter le paysage, paru dans la collection Anarchitecture des Editions Alternatives.

01men. : Quels avantages présentent les habitations creusées dans la roche ?
Jean-Charles Trebbi : L'avantage est avant tout thermique, car ce type d'habitat offre une température constante, entre 9 et 13°C. Peu de chauffage est nécessaire, donc. De plus, on se débarrasse des frais d'entretien pour la toiture et pour la plupart des murs extérieurs.

01men : Quelles sont, en revanche, les contraintes inhérentes à ce type de constructions ?

Jean-Charles Trebbi : Selon la végétation qui recouvre la roche, des fissures ponctuelles peuvent entraîner des risques d'infiltration d'eau. Il faut donc surveiller l'hydrométrie et évacuer l'humidité ambiante grâce à un système de ventilation adapté. Ce sont des habitations qui ont besoin de vivre, où l'air doit toujours circuler.

On imagine souvent les habitats troglodytes comme des espaces sombres. Comment les rendre lumineux ?

Contrairement aux idées reçues, la lumière naturelle suffit à éclairer parfaitement sur 5 à 6 mètres de profondeur. Ensuite, les espaces secondaires, qui font souvent office de caves ou de lieux de stockage, peuvent être équipés de systèmes d'éclairage spécifiques.

Aujourd'hui, de nouvelles solutions existent. Je pense à de nouveaux puits de lumière qui permettent d'acheminer la lumière du soleil à travers un tube souple et ultra-réfléchissant. Ces conduits - encore peu utilisés de nos jours - permettent d'éclairer naturellement un espace obscur sur 10 à 15 mètres de profondeur, verticalement ou horizontalement.

Dans votre ouvrage, vous distinguez deux grandes catégories d'habitat en creux. En quoi consiste cette typologie ?

Le mode d'excavation varie en fonction de la nature de la roche. Sculptés en négatif, les habitats peuvent être creusés, soit perpendiculairement à la paroi rocheuse, soit en profondeur par rapport au niveau du sol. Dans le second cas, on parle d'habitations de plaines auxquelles on accède le plus souvent par une rampe qui mène au patio central. En France, comme dans de nombreux pays, les deux types de creusement sont présents.

Pourquoi avoir rapproché les maisons végétales des maisons creusées ? En quoi ces deux modes d'habitat se rejoignent-ils ?

Quand l'homme n'a pas la possibilité de creuser son habitat dans la roche, il essaie par défaut de s'enterrer sous la végétation pour se créer un abri. La finalité est la même que pour une maison nichée dans la roche. Il s'agit de se protéger des intempéries en se réfugiant à l'intérieur d'un cocon bénéficiant de qualités bioclimatiques particulières, avec une bonne orientation et une isolation efficace. Depuis la première crise énergétique en 1975, ce type de constructions, moins consommatrices et plus autonomes en matière d'énergie, connaît un fort regain d'intérêt.

Aujourd'hui, il est très en vogue de parler de maisons basse consommation, de solaire passif ou de matériaux à haute qualité environnementale. On prend progressivement conscience de l'importance d'une intégration de l'habitat dans le paysage. Les Allemands, les Américains et les Anglais sont particulièrement en avance à ce sujet, j'espère que la France va se mobiliser à son tour.

A lire sur le même thème : Des maisons qui habitent la nature.


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