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Pourquoi la fiction française est-elle en crise ?

Nicole Jalmet :
Parce que nous n'avons pas évolué pendant des années. On était tous très contents de notre modèle de série avec des héros récurrents du type Navarro. Nous aurions pourtant dû nous préparer à la suite très
en amont, au moment même où ces fictions triomphaient à la télévision ! Les héros ont vieilli, l'audience a commencé à baisser et on a encore tardé à réagir. Pourtant, c'est le rôle des diffuseurs d'anticiper et de se renouveler.
Les séries françaises manquent-elles de moyens financiers ?
Il s'agit davantage d'un problème de méthode de travail que d'un manque d'argent. Il y a un fractionnement excessif des différentes postes. Le scénariste rend sa copie et c'est terminé. On lui impose un
coauteur, puis un réalisateur sans qu'il ait un mot à dire. Il n'est pas du tout impliqué dans les choix artistiques et il n'y a pas de personne référente assurant la continuité entre les différents épisodes d'une série.

De notre côté, nous manquons de formation. D'ailleurs, notre métier n'est pas vraiment reconnu en tant que tel, contrairement aux Etats-Unis. Les scénaristes français devraient suivre une formation continue tout au long de leur carrière.
On accuse aussi les scénaristes français de manquer de créativité. Qu'en pensez-vous ?

Je trouve ça injuste. Il faut bien comprendre comment ça marche. Tout le monde a peur et s'autocensure. Le scénariste par peur des réactions du producteur. Le producteur parce qu'il redoute l'avis du diffuseur. La chaîne de
télévision parce qu'elle craint les réactions du public. Alors ce sont les fictions les plus consensuelles qui sont diffusées ! Personne ne veut prendre de risque. Etonnez-vous après cela que les fictions françaises manquent de
créativité !
Quelles solutions pour sortir de la crise ?

Prendre exemple sur la télévision québécoise. On ne pourra jamais avoir les moyens des Américains. Au Québec, ils ont peu d'argent, un voisin américain aux fictions encombrantes et un public potentiel francophone réduit. Pourtant, ils ont
surmonté toutes ces difficultés en faisant confiance à de petites équipes capables de produire des séries originales et de qualité comme
Minuit, le soir
ou
Les Bougon.
TF1 dans l'impasse
Tandis que
Cold Case, Prison Break
ou
Desperate Housewives
cartonnent en première partie de soirée sur les chaînes françaises, nos fictions nationales attirent de moins en moins de
spectateurs. Quelques productions événementielles comme
Maupassant
ou
Guerre et paix
tirent bien leur épingle du jeu, mais la plupart des téléfilms et nouvelles séries
« feuilletonnantes » peinent à s'imposer depuis de longs mois.
La crise que traverse TF1 est à cet égard très représentative. Il y a encore deux ou trois ans, des séries comme
Navarro
ou
Julie Lescaut
attiraient à coup sûr 9 millions de
téléspectateurs par épisode. Pour pallier le vieillissement de ces fictions dont l'audience s'érodait, TF1 a d'abord diffusé abondamment des séries américaines de 52 minutes en première partie de soirée.
La chaîne a même exploité abusivement cette formule en programmant sa série phare
Les Experts
plusieurs soirs dans la semaine. Les résultats ont été au-delà de toute espérance avec 9 à 10 millions de
téléspectateurs à la clé et des parts de marché (PDM) à plus de 40 %.
TF1 a ensuite tenté de lancer des séries françaises calquées sur les productions américaines. Une recette qui a fonctionné en 2006 avec
RIS police scientifique,
remake du remake (!) italien des
Experts.
Mais la deuxième saison diffusée en début d'année a déjà perdu 20 % de ses téléspectateurs. Sans compter le désastre de la série
L'hôpital.
Cette copie de
Grey's
Anatomy
a été déprogrammée avant la fin de la première saison : elle ne recueillait que 17 % de PDM et 4 millions de téléspectateurs.
Le directeur de la fiction Takis Candilis jure que TF1 va désormais parier sur l'originalité pour doper ses audiences. Pourtant, c'est en produisant actuellement un feuilleton quotidien inspiré de
Plus Belle
la vie
que TF1 entend redorer le blason de ses séries françaises.
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