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Rageante. Frustrante. Et surtout incroyablement décevante. L'amateur de rugby pur et dur aura eu, à plusieurs reprises, lors de cette Coupe du monde 2007, la possibilité de manger tout cru son billet d'entrée au stade.
Si l'ambiance, dans les différentes villes de France, aura été au rendez-vous, le spectacle, lui, s'est fait rare. Très rare. A croire que lors de cette sixième édition de la Coupe du monde, le jeu était « en
option ».
La France bonnet d'âne
Qu'on se le dise, cette Coupe du monde n'a pas rimé avec rugby d'attaque. D'ailleurs, la finale remportée par l'Afrique du Sud face à l'Angleterre n'a pas atteint des sommets de jeu. Tout
le contraire de la petite finale disputée la veille entre la France et l'Argentine, un des rares matchs que les Bleus de Bernard Laporte ont cherché à jouer et qu'ils ont malheureusement perdu.
Le parcours du XV de France dans ce qui aurait du être SA Coupe du monde a soulevé des interrogations et donc de nombreuses critiques. Et c'est le tout jeune retraité Thomas Castaignède qui a ouvert le premier les hostilités dans
les colonnes du quotidien anglais
The Guardian. « Pour nous, il est difficile d'entrer dans un match avec un plan de jeu stéréotypé... Bien sûr qu'il nous fallait nous concentrer sur notre défense et sur notre discipline.
Mais pas au prix de ne plus être Français. »
En tournant le dos au
french flair,
à ce jeu inspiré que nous envient les autres nations, le XV de France a fini par se fourvoyer.
Contrairement à leurs voisins anglais, les Bleus avaient les joueurs pour aller loin dans la compétition. Maintenant, il serait injuste de faire un procès aux hommes de Bernard Laporte. Ces derniers ne sont pas les seuls responsables de
la maigre qualité de jeu affichée lors de ce sixième Mondial. L'Angleterre donc, mais également l'Argentine, ont fini par faire de la défense leur fond de commerce. Un jeu qui n'a pas du tout emballé les foules. Tout le contraire du
Portugal, du Japon ou encore des Fidji, héroïques quarts de finalistes, limités mais incorrigiblement joueurs.
La défense avant tout
« Aujourd'hui, les équipes ambitieuses se rétractent. Elles dépensent une énergie folle pour bien jouer et le ratio d'efficacité est faible car en face, ça s'accroche, ça
s'accroche. »
Fabien Galthié, entraîneur du Stade français et intervenant dans l'émission Stade 2, a parfaitement résumé les marasmes actuels du ballon ovale.
Si le rugby moderne est défensif, c'est la conséquence des changements de règles mis en place par l'IRB en 1999, au lendemain de la victoire en Coupe du monde de l'Australie. Pour éviter aux équipes de
« bridger », autrement dit de protéger le ballon lors d'un plaquage, les dirigeants de l'instance internationale ont décidé de rendre libre la zone de
ruck
(mêlée ouverte). La défense est
la grande bénéficiaire de ce choix. On peut contester le ballon au sol et retarder suffisamment sa sortie offrant ainsi les deux ou trois secondes supplémentaires pour que la défense se replace. Ce qui explique que l'attaque adverse se retrouve
toujours en face d'une défense parfaitement alignée. La solution ? Passer par dessus au pied !
Le rugby comme le foot ?
Pendant un mois et demi donc, le fan de rugby lambda a plus vu le ballon tapé au pied que porté à la main. A croire que ce dernier se serait trompé de sport, il n'y a finalement qu'un pas qu'on ne souhaite pas voir
le cuir ovale franchir. Malheureusement pour lui, le rugby affiché lors de cette Coupe du monde a de nombreuses similitudes avec le football du dernier Mondial. Une épreuve où l'audace offensive (Espagne, Brésil, Portugal) s'est
révélée impuissante devant un bloc défensif fait pour contenir, toujours contenir et encore contenir (France). Heureusement que la fin ne s'est pas répétée. Loin de ressembler à l'Italie, l'Afrique du Sud a eu le mérite
d'être l'une des seules équipes un peu joueuses à être aller au bout. Ouf.
Règles : ce qui va changer
Devant tant de critiques sur le jeu affiché lors de cette 6
e
Coupe du monde, l'IRB
(International Rugby Board)
ne pouvait rester sans rien faire. Pas moins de six nouvelles règles,
déjà testées en Afrique du Sud, pourraient ainsi voir le jour à l'échelle internationale dès la saison 2008-2009. Leur but : fluidifier le jeu et ralentir les temps morts accordés au repli défensif, phénomène largement exploité par
l'Argentine notamment.
« Nous devons libérer le jeu, le rendre plus facile à jouer, plus facile à arbitrer, plus facile à comprendre et nous devons donner plus d'options aux joueurs »,
explique ainsi
l'ancien président de l'IRB, Syd Millar.
Désormais, les joueurs plaqués devront impérativement libérer le ballon le plus vite possible. Les touches pourront être jouées plus rapidement et leur alignement sera modulable. Enfin, les
mauls
pourront être
écroulés sans que cela soit synonyme de pénalité et il sera également interdit de taper directement le ballon en touche dans sa zone des 22 mètres.
« Ces dispositions ont été créées pour rendre les matchs plus excitants et pour remettre le jeu entre les mains des joueurs,
assure Syd Millar.
Avec ces nouvelles règles, le temps de jeu
réel est allongé de 10 % et plus d'essais seront marqués. »
On ne demande qu'à le croire.
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