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Jamais contents ces Gaulois ! Après « le trophée du râleur » adjugé par l'institut britannique FDS en mai 2007 (1), une nouvelle palme vient de nous être décernée par l'Observatoire international des
salariés 2007 (2). Selon cette étude de la TNS Sofres les salariés français sont les plus insatisfaits, les plus pessimistes... mais aussi les plus
« défiants vis-à-vis de la direction de leur
entreprise ».
Pas assez payés !
« Ce malaise est une constante en France et la situation ne s'améliore pas ces dernières années car les facteurs de satisfaction comme l'équilibre entre vie personnelle et vie privée sont compensés par une
frustration plus grande en matière de rémunération »,
explique Muriel Humbertjean, directrice générale adjointe de TNS Sofres. Actuellement, seuls 37 % de Français considèrent que leurs efforts sont récompensés contre
47 % pour la moyenne européenne !
La multiplication des révélations sur les salaires des patrons contribue sans doute à ce
« mauvais climat national »,
selon Muriel Humbertjean. Tout comme l'inquiétude face à la baisse du
pouvoir d'achat. Mais pour les spécialistes, les causes du
blues
français résident surtout dans les lacunes d'un « management à la française » en pleine mutation.
Un management à deux vitesses
« La logique générale est aujourd'hui celle du passage d'une rémunération à l'ancienneté indexée sur des grilles à une rémunération individualisée au mérite. Les salariés n'y sont pas hostiles en général, mais le
problème est de savoir comment évaluer leurs efforts et leur performance pour rendre juste un jugement qui porte sur des facteurs personnels »,
explique Olivier Cousin, sociologue à l'EHESS et auteur d'un ouvrage sur les
cadres (3). Or face à ce nouveau système d'évaluation, transparence et équité sont encore rarement au rendez-vous dans les entreprises françaises.
« Un des points qui distinguent le plus les salariés français est leur fort sentiment de distance entre la direction et le terrain,
confirme Muriel Humberjean.
Cela s'explique par les
dysfonctionnements dans les processus de décision, mais aussi en grande partie par un système éducatif davantage fondé sur l'excellence individuelle que sur l'expérience collective de terrain, qui bombarde aux postes de direction des diplômés des
grandes écoles. »
Résultat : la motivation est souvent la première victime de cette culture managériale, y compris au sein de l'encadrement.
L'insoutenable légitimité du diplôme
Seuls 47 % des cadres intermédiaires se déclarent ainsi impliqués dans leur travail, soit à peine plus que les salariés (47 %) et plus de 20 points de moins que les Américains (68 %). Un record mondial !
« Ce sont typiquement des cadres de promotion qui savent bien qu'aujourd'hui même s'ils ont réussi à se hisser à un poste à la force du poignet, ils n'auront jamais la même légitimité que s'ils avaient le diplôme d'une grande
école et que leur salaire et leur promotion vont plafonner beaucoup plus vite »,
explique Olivier Cousin. Une marge de manoeuvre réduite par une hiérarchie souvent inaccessible suffira ensuite souvent à décourager même les
plus motivés.
Alors caprice d'enfants gâtés ou syndrome du râleur hexagonal ? Ni l'un ni l'autre conclut Muriel Humbertjean. La preuve :
« Les Français ont peut être une tendance naturelle à râler mais quand on les
trempe dans le bain managérial d'une entreprise étrangère, ils se plaignent tout de suite beaucoup moins ! »
(1) Enquête « What Workers' Want : A Worldwide Study of Attitudes to Work and Work-Life Balance », publiée le 14 mai 2007, réalisée dans 23 pays auprès de
14 000 employés.

(2) Etude de l'Observatoire international des salariés (OIS) publiée le 12 septembre, réalisée par TNS-Sofres dans 7 pays, auprès de 5 412 salariés en février et mars 2007
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(3) Olivier Cousin auteur de
Les cadres : grandeurs et incertitudes
(L'Harmattan, 2004)
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