Après un exil réussi aux Etats-unis, Sébastien Bourdais accédera à la catégorie reine du sport automobile à partir de la saison prochaine. Mais, à 29 ans, n'arrive-t-il pas trop tard pour espérer y briller ?
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Le Français s'est déjà imposé à six reprises cette année. A deux courses de la fin de la saison de Champ Car, il est quasiment certain d'être sacré champion pour la quatrième année consécutive.
Sébastien Bourdais porte des lunettes, un anachronisme dans le sport pro aujourd'hui, surtout en F1 ?
Jusqu'au 2 décembre, Bourdais reste pilote chez Newman/Hass. « Il va beaucoup nous manquer mais c'est le bon moment pour lui de tenter sa chance », selon Paul Newman.
Avec 29 victoires en 73 courses, Sébastien Bourdais est devenu une légende vivante en Champ Car.
En Formule 1, la star du moment s'appelle
Lewis Hamilton.
Couvé par MacLaren depuis des années, le Britannique arrive avec une voiture taillée à sa mesure, qu'il connaissait par coeur avant même d'avoir pris le
moindre de départ. Le parcours de Sébastien Bourdais se situe exactement à l'opposé. Alors qu'Hamilton brille à seulement 22 ans, le
Français
galère toujours à 28 ans. Le premier évolue dans une écurie de pointe, le second va courir sur une voiture de second rang, une Toro Rosso. Et pourtant, le
Français n'a jamais démérité !
« Une certaine mentalité »
« Au bout du compte, pour gagner des championnats, vous avez besoin d'une certaine mentalité. Peu importe la formule dans laquelle vous concourez. Il y a des pilotes rapides qui ne gagnent jamais et d'autres qui
gagnent toujours à la fin. C'est une chose très importante et Bourdais en est ! »
, explique Gerhard Berger. L'Autrichien s'y connaît. Ancien coéquipier d'Ayrton Senna chez McLaren, vainqueur de dix Grands Prix en
210 départs, il est aujourd'hui propriétaire à 50 % de Toro Rosso. C'est lui qui a décidé d'engager Sébastien Bourdais, ce que beaucoup d'autres patrons d'écuries hésitaient à faire.
« Il a gagné en F3, en F3000, il a remporté trois titres en Champ Car et en vise un quatrième cette année. Il fallait lui donner sa chance. C'est ce que nous avons fait. Lors de chaque séance
d'essais, il a fait du bon travail et il s'est bien entendu avec les ingénieurs. Il a été immédiatement rapide sans faire de dégâts. Il s'est très bien adapté »,
poursuit Gerhard Berger. Il faut dire que
Bourdais s'est montré tout de suite nettement plus rapide que les pilotes titulaires de la Scuderia que sont Vitantonio Liuzzi et Sebastian Vettel.
Pour Patrick Tambay, pas surpris par les résultats de Bourdais, l'absence du Français en F1 était une anomalie. Il faut dire que, avec 29 victoires en 73 départs en Champ Car, le pilote est un petit phénomène aux Etats-unis.
Personne n'a jamais dominé sa discipline comme lui. Son patron, Paul Newman, le considère comme son fils. Et pourtant, il demeure quelques interrogations au sujet du Sarthois.
Le Français ne serait pas un vrai spécialiste de la F1, il lui arrive aussi de courir dans d'autres catégories comme l'endurance. Fils de Patrick Bourdais, qui pris part à cinq éditions des
24 heures du Mans,
Sébastien a ainsi terminé deuxième de l'édition 2007 des 24 heures, sur une Peugeot 908. Une discipline totalement incompatible
avec une saison de F1.
Interview de Sébastien Bourdais aux 24 heures du Mans
Autre handicap, il court systématiquement avec des lunettes, ce qui est totalement inconcevable aujourd'hui en F1, et plutôt rare dans le sport de haut niveau. Enfin, le Champ Car n'a rien à voir avec la F1
(voir encadré
ci-dessous).
On ne compte plus les pilotes qui ont brillé dans l'un sans jamais rien faire de probant dans l'autre, alors qu'ils évoluaient dans des écuries de pointe. Pour un Jacques Villeneuve, champion du monde de F1 en 1997,
combien de Zanardi, de Da Matta ou de Montoya qui n'ont pas tenu leurs promesses ? Il est toujours difficile de comparer deux catégories. D'ailleurs, Berger reconnaît lui-même qu'il ne sait pas exactement ce que vaut Bourdais. Pour lui, le
Français est la meilleure opportunité sur le marché, mais parce que Toro Rosso est une trop petite écurie pour espérer attirer des pilotes plus chevronnés comme Alonso ou Hamilton. Bourdais arrive avec un certain crédit, mais il a encore tout à
prouver !
Trop vieux pour briller en F1 ?
A bientôt 29 ans, le Français arrive très tard en F1. Les meilleurs sont généralement beaucoup plus jeunes. Fernando Alonso a ainsi débuté à 19 ans chez Minardi, Michael Schumacher avait 22 ans quand il a débuté chez
Jordan, le même âge que Mika Häkkinen à son premier grand prix chez Lotus, pour ne reprendre que les trois derniers champions du monde. En Formule 1, la condition physique et la connaissance mécanique sont déterminantes. L'une et l'autre
s'acquièrent surtout avec l'expérience. Pas sûr que Bourdais puisse donner sa pleine mesure sans passer par une période d'adaptation, à son âge, c'est un handicap de plus.
Il est d'ailleurs étonnant que, malgré ses (presque) 29 ans (il les aura au mois de février), Bourdais ait finalement réussi à percer. Longtemps suivi par Renault, le Français s'est heurté à l'antipathie manifeste de Flavio
Briatore, qui lui a toujours préféré d'autres pilotes, souvent plus vieux et pas forcément meilleurs, comme Giancarlo Fisichella. S'il est parvenu à percer en F1, le Sarthois le doit notamment au fils du directeur de la Scuderia Ferrari, Nicolas
Todt, agent manager de pilotes. C'est lui qui a « placé » Bourdais chez Toro Rosso, comme il avait déjà fait passer Felipe Massa de Sauber à Ferrari. Sûr que le Français signerait tout de suite pour une trajectoire
similaire !
Champ Car, Indy Car et F1
Le Champ Car, l'Indy Car et la F1 sont des championnats monoplaces. Alors que les deux premiers ont essentiellement lieu en Amérique du Nord, la F1 organise des épreuves dans le monde entier. Plus connu et plus prestigieux, le
championnat de Formule 1 rassemble les plus gros constructeurs automobiles et draine les plus gros budgets, plus de 400 millions de dollars pour les plus grosses écuries, soit 20 fois plus que ce qui peut se faire en Champ Car.
Contrairement à la F1, l'Indy Car a lieu sur des circuits de forme ovale, dont le plus célèbre reste les 500 miles d'Indianapolis. Le Champ Car se pratique sur des circuits assez comparables à ceux de la F1 sauf que les
départs y sont lancés derrière le
safety car
et non arrêtés comme en F1. Les performances demeurent par ailleurs moins impressionnantes en Champ Car qu'en F1. Ainsi, sur le même tracé, le circuit Gilles-Villeneuve au
Canada, les F1 se montrent plus rapides de 5 à 7 secondes.
Plus légères et aussi puissantes, les F1 sont aussi plus aérodynamiques et plus poussées technologiquement parlant. Il faut dire que les voitures de Champ Car roulent au méthanol et non pas à l'essence. Toutes les écuries disposent
du même châssis et du même moteur, ce qui réduit les écarts entre les équipes, la performance des pilotes et leurs réglages faisant la différence.