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Vos deux parents sont enseignants. Vous ont-ils mis en garde avant de faire partie d'un groupe ?

Alex Turner :
Quand tout a commencé, j'étais encore au collège et ils souhaitaient que je continue mes études. Mais lorsque j'ai terminé la seconde année, je leur ai dit que j'allais arrêter pendant un an, travailler
dans un bar, m'amuser avec le groupe et, ensuite, que j'irai à l'université. C'est ce que j'ai fait mais, au cours de cette année, il s'est passé beaucoup de choses.
Que faisiez vous au collège ?

J'étais à Barnsley
[ville du Yorkshire située à environ 20 km au nord de Sheffield, NDLR].
Je faisais de l'anglais et aussi de la psychologie en première année. Mais je n'étais pas vraiment
motivé pour cela. Je prenais également des cours de musique. Je n'ai jamais vraiment brillé à part, peut être, en anglais.
Si vous aviez été à l'université, pensez-vous que vous seriez resté dans le Yorkshire ?

J'aurais préféré partir ailleurs. J'avais commencé à remplir les formulaires d'inscription pour aller à Manchester, sans grand enthousiasme. Un de mes amis, Chris, y est allé.
A quoi ressemblaient les cours de musique que vous suiviez ?

C'était un enseignement plutôt technique orienté sur le son. Matt
[Matt Helders, le batteur du groupe]
suivait aussi ce cours. Mais ce n'était pas vraiment mon truc et je ne me voyais pas devenir
ingénieur du son. J'ai toujours voulu faire de la production, c'est pour cela que je me suis orienté dans cette voie. Mon père avait installé Cubase
[logiciel séquenceur conçu pour les home studios]
sur un
ordinateur et il possédait un piano, qu'il m'arrivait d'utiliser quand j'étais plus jeune. Mon père est professeur de musique. Il a joué dans des Big Bands. Il joue du piano, du saxophone et un peu de clarinette.
Vous avez donc grandi dans un environnement musical ?

Oui, dans différents environnements. On écoutait souvent Franck Sinatra ou les Carpenters dans la voiture de mon père. Quant à ma mère, elle a été membre d'un fan club des Beatles, elle a assisté a des concerts de Led Zeppelin et de
David Bowie à la grande époque.
Vers quel autre genre musical vous êtes-vous dirigé ?

Je me souviens avoir acheté
Be Here Now [troisième album d'Oasis]
lorsqu'il est sorti
[ en 1997].
J'étais trop jeune pour écouter Oasis avant cela. La première fois que
j'ai été attiré par une musique en me disant qu'elle me correspondait vraiment, c'est avec Roots Mavuba
[rappeur londonien].
Mais je ne me suis jamais vraiment plongé dans cet univers. Ensuite, les Strokes
sont arrivés et nous nous y sommes intéressés avec Cookie
[Jamie « Cookie » Cook, l'autre guitariste du groupe].

Il y avait beaucoup de guitares dans les musiques que nous écoutions. Un jour, mon père m'en a offert une, j'ai commencé à faire quelques accords. Cookie et moi commencions à nous dire que nous pourrions monter un groupe.
Certains de nos amis avaient un groupe et nous allions les voir. Et puis écouter les Strokes nous a amenés vers d'autres groupes comme The Coral. Nous avons créé notre groupe et nous apprenions à jouer en même temps... On n'y
arrivait pas toujours.
Y a-t-il eu une période où vous vous êtes dit qu'il fallait vous accrocher parce que vous teniez quelque chose ?

Nous nous le sommes toujours dit. On a toujours pensé qu'il pouvait éventuellement y avoir quelque chose à faire. Même quand nous répétions à la maison, je me disais que ce serit bien quand nous serons un peu plus vieux. Les gens
commençaient à venir voir nos concerts, mais je ne pouvais imaginer que cela arrive si vite car nous étions encore très jeunes. 17 ans. Peu de groupes réussissent à cet âge. On pensait qu'il fallait avoir au moins 23 ans pour passer
à la télévision.
Arrivez-vous à échapper à l'ennui pendant les tournées ?

Jusqu'à présent, les tournées ne m'ont jamais semblé ennuyeuses. Cela arrivera peut être. J'aime toujours écouter et jouer de la musique. Jusqu'à une période récente, je n'ai jamais autant appris à jouer et à
chanter qu'au contact des autres et de leurs chansons.
Dans votre morceau Teddy Picker, il y a une phrase assez méprisante « Tous les gamins rêvent d'y arriver, peu importe ce que cela signifie... ».
N'avez-vous jamais rêvé d'y arriver ?

Pas vraiment, non. Je parlais avec un gamin et il me disait
« Vous êtes arrivés maintenant ».
C'est très showbiz...
« Y arriver... Etre une
star... »
[avec l'accent américain].
C'est un peu étrange tout ça.
Que pensez d'Oasis dont les membres n'ont jamais caché qu'ils voulaient réussir, devenir célèbres ?

Je n'ai jamais vraiment pensé à cela avant. Je ne pense pas que la seule chose que voulait Oasis était de devenir célèbre. Ils voulaient écrire de bonnes chansons et s'adresser au plus grand nombre. Et ils y sont parvenus. Je
trouve ça bien.
Mais n'est-ce pas quelque chose que vous recherchez avant tout ?

Pas moi. Pas du tout. Et ce n'est pas une question d'arrogance ou quelque chose dans le genre. J'aime juste écrire des chansons. J'aime jouer de la musique. Peut être que j'arrêterai pour juste écrire des
chansons sans être célèbre. Je prendrai des pseudos.
Pouvoir aller dans les hôtels sous de faux noms ?

Non je veux dire que je pourrais prendre des pseudos pour faire de la musique et que personne n'en sache rien.
Les ventes de disques ont-elles de l'importance pour vous ?

Pas vraiment. Ce qui a de l'importance c'est que les gens apprécient ce que nous faisons et qu'ils aient envie de venir aux concerts. Cela semble être le cas.
Avez-vous été intimidés par le succès de votre premier album au moment d'enregistrer le deuxième ?

C'était plus de l'excitation. Nous étions prêts car nous jouions les morceaux depuis longtemps déjà. Cela ne nous a pas demandé d'effort.
Avez-vous essayé de nouvelles choses en tant que song writer dans ce nouvel album ?

Je ne me reconnais pas vraiment dans l'image du
song writer...
Cela me fait penser à quelqu'un avec un chapeau sur la tête et une guitare acoustique. Je compose naturellement. Quand j'ai rencontré
Jarvis Cocker
[auteur, compositeur et chanteur du groupe Pulp],
il m'a dit que c'était étrange d'essayer d'expliquer pourquoi on écrivait telle ou telle chose, parce que dans l'esprit vous allez juste dans
une direction et vous avez plaisir à le jouer. A chaque fois que je pense trop à la manière dont je fais les choses, cela ne donne pas de bons résultats. Alors j'essaie juste d'avancer et de ne pas me prendre la tête.
Est-ce que le fait d'avoir choisi Brianstorm comme single est une tentative de faire dérailler votre succès ?

C'est vrai que ce n'est pas vraiment le titre le plus commercial de l'album. On essaie de ne pas faire ce que les gens attendent de nous. C'est plus amusant.
Vous êtes considéré comme « la voix de toute une génération », qu'en pensez-vous ?

Je ne pense pas qu'on ait déjà dit cela. Et ceux qui le pensent sont un peu dingues. Tout cela nous est tombé dessus assez tôt et cela nous a un peu effrayés, c'est vrai. Si quelqu'un me disait cela, je
l'ignorerais. J'ai mieux à faire et à penser que de savoir si on a « les plus grosses » ! Si j'adoptais ce genre d'attitude, je deviendrais probablement un crétin. Mais j'essaie
d'éviter ce genre de situation. Je garde la tête froide et je pense à autre chose. Bien sûr, les compliments que l'on nous faits sur notre musique et sur nos paroles sont une bonne chose. Mais je n'aime pas recevoir en
permanence ce genre de commentaires. Qui aimerait ça d'ailleurs ? Certains, probablement !
Que ressentez-vous lorsque Gordon Brown (1) évoque les Arctic Monkeys ?

Je ne sais pas. Je n'y ai même jamais pensé une seconde. Mais cela va peut être bientôt changer. C'est comme cela que les choses fonctionnent. On est populaires jusqu'à ce qu'autre chose devienne encore plus populaire
et vous déloge... Mais je n'ai jamais eu le sentiment que nous avons délogé un groupe qui était populaire avant nous. Nous voulons juste former un groupe et jouer de la musique. Je suppose que le groupe à la mode avant nous étaient
The Libertines... Cela tombe bien parce que je les aime beaucoup. Quand j'allais au collège, ils étaient toujours sur mon Walkman. Quand je repense à toutes ces journées où je les écoutais dans le bus, cela me rappelle de bons
souvenirs. Chacun de nous a un morceau qu'il associe à certains souvenirs ou à certains moments particuliers. Pour moi, ce sont The Libertines, The Strokes et The Coral.
Vous parlez de cette période comme si c'était la préhistoire, vous sentez-vous plus vieux aujourd'hui ?

C'est vrai que je parle de souvenirs, mais non, je ne me trouve pas du tout vieux. Je me sens encore adolescent. Etre dans un groupe est une façon de retarder l'âge adulte et toutes ses responsabilités. Nous avons vraiment de
la chance d'être dans ce cas, rien que pour cela.

(1) Le nouveau Premier ministre britannique a déclaré que le groupe était en bonne place sur son baladeur et qu'il aimait l'écouter le matin pour bien se réveiller.
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