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Michael Moore : « Les trois quarts du pays ne supportent plus Bush » Jordan Riefe

INTERVIEW

Michael Moore : « Les trois quarts du pays ne supportent plus Bush »

Jordan Riefe , 01net., le 30/07/2007 à 14h35
Avec son nouveau film, « Sicko », Michael Moore repart en croisade contre l'administration Bush. Mais, cette fois, le documentariste controversé s'attaque au système de santé américain.
PHOTOS
Michael Moore fait l'objet d'une enquête du FBI pour s'être rendu à Cuba sans autorisation pour son documentaire.
« Sicko » a été sélectionné à Cannes au mois de mai 2007 hors compétition.
Le film a été piraté sur Internet avant même sa sortie dans les salles américaines au mois de juin.
Le réalisateur s'est rendu au Canada, en Grande-Bretagne et en France pour comparer leur système de santé à celui des Etats-Unis.

En réalisant ce documentaire, aviez-vous conscience des difficultés que vous auriez à le sortir ? Et avez-vous dû le cacher pour l'emmener à Cannes ?

Michael Moore : Dix jours avant le début du festival de Cannes, l'administration Bush m'a envoyé un courrier officiel de dix pages pour m'informer que j'étais l'objet d'une enquête criminelle et que j'étais passible d'amendes pour avoir emmené avec moi, à Cuba, un groupe de secouristes. Ils souffraient de troubles divers après avoir participé au déblaiement de Ground Zero à la suite des attentats du 11 septembre 2001.

Il est en théorie illégal pour un Américain d'aller à Cuba si ce n'est pas dans un but journalistique. Le documentaire est un exercice journalistique. Par conséquent, aucune loi n'a été violée. C'est donc juste une tentative de l'administration Bush d'utiliser nos agences fédérales [le FBI dans ce cas, NDLR], comme elle l'a déjà fait par le passé, pour harceler ses opposants politiques, en l'occurrence moi. Auparavant, nos avocats nous avaient conseillé de faire une copie du master du film, que nous avons mis en lieu sûr au Canada, au cas où les autorités souhaiteraient le saisir.

Actuellement, dans un pays libre, tenir ce type de propos peut me coûter la confiscation de la bobine. Souhaiter faire ce type de film suffit même pour que je sois poursuivi. C'est absurde, mais il faut faire avec. Nous avons dû faire avec beaucoup de choses absurdes ces sept dernières années !

Au fond de vous-même, n'avez-vous pas le sentiment de faire tout cela en vain ? Pensez-vous vraiment que votre film puisse changer quelque chose dans ce pays ?

Je fais ça en partie parce que je crois que les choses vont changer. Je crois que les Américains feront connaître leurs sentiments le jour où ils en auront vraiment assez. Ils sont conscients des défaillances du système de santé mais ils attendent pour se révolter et demander des changements. J'espère que ce film aidera à allumer l'étincelle.

D'après vous, pourquoi tant de personnes ne vous apprécient-elles pas ou sont-elles hostiles au film sans même savoir ce qu'il montre ?

Qui ne m'apprécie pas ? Vous avez une liste, je peux la voir ? Leurs noms ? [Rires.] Si vous me l'aviez posée il y a trois ans ou après l'oscar en 2003, cette question aurait été légitime. Mais vous me la posez en 2007, quand 70 % du pays sont d'accord avec moi. Autrement dit, 70 % du pays ne supportent plus monsieur Bush, 70 % des Américains sont contre la guerre. Je fais actuellement partie de cette majorité. C'est un peu étrange, mais j'en fais partie.

Il y a un peu plus de quatre ans, j'étais hué lors d'une cérémonie des oscars où je suggérais que nous menions la guerre pour des raisons fictives. Les gens n'avaient pas envie d'entendre ça à ce moment-là, je peux le comprendre. Mais ils ont commencé à réaliser que je disais vrai avec Fahrenheit 9/11. C'était il y a trois ans. Et les principaux médias ne commencent à s'y intéresser que depuis quelques mois.

C'est comme ça que ça se passe pour moi en tant que réalisateur. Lorsque j'ai fait le film sur la General Motors [ Roger et Moi, en 1989, NDLR], personne ne voulait vraiment écouter ce que je voulais dire et, aujourd'hui, la société est presque au bord de la faillite. Idem pour Bowling for Columbine [2002, NDLR]. Et nous avons encore été témoins d'une fusillade dramatique dans une université il y a quelques mois. C'est comme ça que ça se passe en général.

Vous vous dites réalisateur de documentaires. Mais votre film est presque présenté comme une comédie. Jusqu'à quel point en est-ce une ? Vous considérez vous vous-même comme un comédien ?

Je me considère comme un satiriste, et la satire a toujours été considérée comme une forme de journalisme. Il s'agit d'exprimer une opinion fondée sur des faits et c'est ce que j'essaie de faire dans mes films. Mais j'essaie aussi de divertir les gens : avant tout, je fais des films. Je ne soutiens pas un mouvement politique dans ce film. Je ne suis pas prêcheur, je suis réalisateur.

Alors, j'essaie d'abord de faire des films que les gens iront voir le vendredi soir et qu'ils seront contents d'avoir vu en sortant de la salle. Je suis satisfait quand les spectateurs ont bien ri ou bien pleuré, quand ils ont eu des émotions. Et je suis satisfait si, lorsqu'ils quittent la salle, ils ont le sentiment de n'avoir jamais rien vu de tel auparavant. Lorsque vous venez voir un de mes films, je vous emmène là où vous n'êtes jamais allé. Et j'espère que, parfois, ça reste drôle.

Certains Cubains, en particulier ceux de la communauté de Miami, vous reprochent votre modération vis-à-vis de l'île. Qu'en pensez-vous ?

Pour commencer, la communauté cubaine de Miami n'a pas encore vu le film à l'heure qu'il est... Alors, s'ils m'accusent de quelque chose, c'est sur la base d'un film qu'ils n'ont pas vu. Ils devraient d'abord voir le film. Quand ils l'auront vu, j'espère qu'ils seront heureux d'apprendre que leurs familles et leurs voisins qui vivent encore à Cuba sont pris en charge, lorsque c'est nécessaire, dans les meilleures conditions possibles, sachant que c'est un pays très pauvre. Ce n'est pas moi qui dis cela. L'Organisation mondiale de la santé et toutes les organisations indépendantes considèrent que Cuba a un très bon système de santé compte tenu de ses difficultés économiques. On ne peut donc pas me faire ce procès.

La chose la plus importante qu'il faut retenir, c'est que je ne suis pas allé à Cuba : nous avons quitté Miami pour Guantanamo Bay, nous sommes donc restés aux Etats-Unis. Nous nous sommes rendus sur le sol américain, situé sur l'île de Cuba (1). Et pourquoi ? Parce qu'après avoir rencontré des sauveteurs qui sont malades depuis qu'ils sont intervenus à Ground Zero, j'ai vu sur C-Span [chaîne câblée américaine, NDLR] un représentant du Sénat dresser la liste de toutes les attentions dont font l'objet les détenus de la prison de Guantanamo Bay. En termes de soins médicaux gratuits, aussi bien dentaires qu'ophtalmologiques, nutritionnels, etc.

J'ai pris conscience que le système de santé dont ils bénéficiaient était meilleur que celui de dizaines de millions d'Américains. J'ai trouvé assez ironique que des personnes accusées d'avoir comploté les attentats du 11-Septembre reçoivent de meilleurs soins de la part de notre gouvernement que ceux qui ont risqué leur vie et sauvé des gens après la catastrophe. Cela n'a aucun sens pour moi. Alors j'ai emmené ces sauveteurs avec moi, à notre base navale de Guantanamo. Et c'est ce qui a irrité l'administration Bush.

Ces héros du 11-Septembre sont ignorés et négligés par le gouvernement, alors qu'il leur a promis d'être présent quoi qu'il arrive, ce qui n'est pas le cas. Tout l'argent mis à disposition à la suite de ces attentats, les chèques que nous avons signés, que j'ai signés, que nous avons tous signés... Et nous voyons ces sauveteurs souffrir et mourir ?

Ne doutez pas de mon patriotisme. Je suis un Américain patriote. Mais la chose la plus patriotique que l'on puisse faire est d'interroger le gouvernement, en particulier lorsqu'il essaie de nous « entuber » comme il le fait en ne se préoccupant pas outre mesure de la santé de ces sauveteurs.

Où en êtes-vous actuellement avec le gouvernement au sujet de ce qu'il vous reproche concernant Cuba ?

Nous avons fait savoir au gouvernement que nous n'avons pas violé la loi et que c'était un travail de journaliste. Ils veulent que nous leur donnions les noms des personnes que nous avons emmenées là-bas, mais je ne veux pas le faire. Nous avons pris les précautions nécessaires pour mettre les négatifs en lieu sûr afin qu'ils ne soient pas confisqués. C'est à eux de jouer maintenant !

Quel rôle ont joué les nouvelles technologies dans la fabrication de vos films et qu'est-ce qui a changé au fil des années ?

Si Internet n'existait pas, je ne sais pas comment j'aurais pu faire ce film, car j'ai ainsi pu demander au public de m'envoyer des témoignages sur leurs problèmes avec le système de santé. C'est une invention fantastique, qui fait entrer la démocratie dans une autre dimension, une dimension où les gens peuvent vraiment agir et faire quelque chose. Nous pouvons nous défendre. Nous pouvons poser des questions. Nous pouvons nous organiser.

(1) Guantanamo Bay est situé sur l'île de Cuba mais est un territoire américain, en vertu d'un traité signé entre les deux nations en 1903.

© Planet Syndication

Bande-annonce de Sicko

Michael Moore critiqué

Auteur de documentaires coup-de-poing, Michael Moore est devenu une valeur sûre du box office, malgré ses airs de rebelle. Son film Farenheit 9/11 a ainsi généré 119 millions de dollars de recette sur le sol américain en 2004. Et l'homme fait l'événement au festival de Cannes chaque fois qu'il est invité sur la Croisette. Mais les méthodes de ce provocateur adulé par les médias sont aujourd'hui très contestées. Au point qu'un documentaire critique lui a été consacré.

Manufacturing Dissent [fabriquer la contestation] est l'oeuvre du couple de réalisateurs canadiens Rick Caine et Debbie Melnyk. Ils reprochent à Michael Moore de brouiller les pistes entre documentaire et fiction et de présenter des hypothèses comme des faits avérés. Plus grave, ils révèlent qu'il a menti dans le film Roger et Moi en affirmant ne pas avoir obtenu d'interview du patron de la General Motors. Ce dernier avait finalement accepté de le recevoir. Et le documentariste aurait également fait passer l'un de ses amis pour un journaliste dans le même long métrage.


FORUM 1 avis
Michael Moore : « Les trois quarts du pays ne supportent plus Bush »
critique sur le film sicko
posté le 15/10/2007 15:08:16 par mfrance
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