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Une vague envie de changement s'est emparée de Franck Choplin un lundi matin de janvier. A 30 ans, ce responsable en stratégie et marketing dans l'industrie pharmaceutique voulait donner un coup de pouce à sa carrière. Faire un
Master of Business Administration ?
« J'étais convaincu que c'était trop bien pour moi. »
C'est en parcourant les forums sur la formation qu'il a repris confiance et jeté son dévolu sur l'Executive MBA à temps partiel de Dauphine. Pour financer les quelque 22 000 euros, il a donc souscrit un emprunt tout en
jonglant avec ses congés pour continuer à travailler.
« Un vrai investissement sur l'avenir »
qui s'est révélé gagnant avant même la fin du master.
Un CV déposé sur un site professionnel a suffi à attirer les chasseurs de tête. Au final : nouveau poste, nouveau secteur et nouveau salaire ! Une
success story
digne d'une brochure d'école de
commerce ? Non, une stratégie professionnelle bien négociée et adaptée aux attentes du marché.
Une double casquette qui a la cote
Comme dans tout placement financier, investir 15 000 à 60 000 euros dans une formation exige en effet de mesurer les risques mais aussi les profits escomptés !
« Les MBA sont en général
extrêmement bien perçus par les recruteurs, mais il faut bien réfléchir à la rentabilité d'un tel investissement avant de se lancer. C'est avant tout une question de profil, de temps, d'argent et d'âge »,
prévient Gilles
Lacour, responsable des activités de conseil individuel en gestion de carrière à Altedia.
« Un MBA est intéressant pour les gens qui ont à l'origine une formation très différente de leurs fonctions, comme un cadre dirigeant de banque qui a un diplôme d'ingénieur. Il permet d'acquérir des connaissances
transversales en management et une formation plus en cohérence avec la fonction actuelle et qui rassure pour évoluer en interne ou en externe »,
observe ce spécialiste.
Pas étonnant donc qu'ils aient autant la côte auprès des industriels.
« Un directeur recherche et développement ou un directeur de labo avec une double casquette, scientifique et gestionnaire, sont, par exemple,
très prisés »,
observe Patricia Szenik, consultante en recrutement au sein du groupe Altedia. Faire un MBA peut alors se révéler un puissant accélérateur de carrière et de salaire.
Salaires au sommet
« Un MBA peut être une belle plate-forme pour une reconversion professionnelle ou pour une prise de hauteur vis-à-vis de postes opérationnels,
confirme Fabienne Gaudy, chargée du recrutement de la
branche conseil en organisation et management de Capgemini.
Contrairement à certains cabinets de conseil en stratégie, je ne vais pas le prioriser dans un recrutement, mais c'est un plus valorisé à l'embauche au niveau du
salaire »,
confirme-t-elle.
Le MBA Center de Paris, organisme privé de préparation aux tests d'admission, annonce aux futurs diplômés une hausse de salaire moyenne de 20 à 40 % ! Selon l'étude annuelle du
Financial Times,
un diplômé
de l'Insead (Fontainebleau-Singapour) peut espérer gagner 105 000 euros annuels seulement trois ans après l'obtention de son master. A HEC (Paris), ce salaire dépasserait les 83 000 euros ! Mais attention aux statistiques
trompeuses qui cachent de très fortes disparités.
Objectif top 10 ?
Les grandes écoles françaises proposent aujourd'hui plus de 200 programmes estampillés « MBA » : formations à temps plein après trois années d'expérience ou à temps partiel pour les cadres dirigeants
en activité, diplômes conjoints avec des universités étrangères ou programmes sectoriels spécialisés dans le luxe ou l'aéronautique, etc. La gamme des produits ne cesse de s'enrichir.
« Gare au miroir aux alouettes,
alerte Gilles Lacour.
Un MBA est une belle carte de visite, un label qui rassure les employeurs mais ce n'est pas la panacée. »
Sur ce
marché international juteux,
« de plus en plus d'écoles acceptent presque n'importe qui »
guidées par les profits que représentent ces très chers diplômes.
« C'est un business et une vraie industrie aux Etats-Unis »,
souligne ce spécialiste. Or du côté des recruteurs on mise surtout sur les valeurs sûres. Les MBA américains font la course en
tête devant le top 10 des écoles européennes.
« HEC, l'Insead, l'ESCP en France ou la London School of Economics sont aussi très cotées »,
observe Patricia Szenik. Pour faire leur marché, les
recruteurs n'hésitent pas à décortiquer les contenus des cours de chaque formation.
« Je ne considère pas un MBA obtenu dans la foulée d'une formation initiale comme un vrai MBA : il faut que ça s'inscrive dans un parcours professionnel après sept à dix ans
d'expérience »,
note Fabienne Gaudy.
« Des intervenants très bons professionnellement avec une expertise à la pointe sur nos domaines d'activité »,
sont aussi des critères
déterminants pour élire une formation cible chez Capgemini Consulting. Mais les candidats paient cette excellence au prix fort.
Cher, très cher diplôme
Aux Etats-Unis, deux ans de MBA à l'université new-yorkaise de Columbia vous coûtera plus de 103 000 euros, sans compter les frais de transport ! Pour l'élite française, les prix sont plus raisonnables mais font tout de
même tourner la tête. A HEC, comptez 55 686 euros pour un MBA et entre 45 500 et 55 200 euros pour un Executive MBA. A l'Insead, il vous en coûtera entre 42 500 et 85 000 euros !
A cela s'ajoutent les frais de dossier (environ 100 euros), ainsi que les frais d'examen au TOEFL (105 euros) et au GMAT (187 euros) indispensables pour l'admission.
« Ce n'est pas la fac, on en a
pour son argent »,
vante Hubert Silly, fondateur du reseau des MBA Centers.
« A l'IMD, en Suisse, par exemple, la secrétaire vous appellera quatre fois pour vous demander si vous avez bien pris votre
billet d'avion, si vous voulez un rendez-vous individuel avec le professeur. »
Audencia, à Nantes, propose elle aussi à ses étudiants un coaching individualisé pour élaborer leur projet professionnel et
« met à disposition son réseau de diplômés, d'entreprises partenaires et de cabinets
spécialisés »,
souligne Valérie Claude-Gaudillat, directrice des programmes MBA.
Avec des tarifs de 15 000 à 17 000 euros, les écoles moins prestigieuses peinent logiquement à rivaliser. Pourtant, à ces prix-là, pas question de prendre du bon temps... Surtout si vous suivez votre formation
parallèlement à votre activité professionnelle.
« Deux ans d'apnée »
A 39 ans, Laurent Turillon, directeur opérations achats de la Fnac Eveil & Jeux, s'est lancé dans l'Executive MBA Dauphine-Uqam.
« Pour se mettre en danger et relever le joli challenge de réaliser
deux ans d'études en menant de front sa vie personnelle et professionnelle. »
Il n'a pas été déçu. Avec trois heures de travail personnel quotidiennes et de nombreux travaux de groupe, le défi s'est révélé une redoutable
épreuve.
Dans chaque promotion d'ailleurs,
« au moins une personne ne résiste pas à ces deux ans d'apnée et abandonne »,
reconnaît Laurence Dreyfus, responsable communication Dauphine Formation.
« Ce que les employeurs retiennent d'un Executive MBA, plus que les connaissances, c'est la capacité d'une personne à mettre sa vie personnelle entre parenthèses pendant deux ans pour conduire trois choses de front : ça
démontre du courage et de la pugnacité qui place une personne dans une certaine catégorie »,
note Laurent Turillon. Mais ces profits dépendront aussi de votre âge et de votre évolution de carrière.
L'âge de raison
« L'âge idéal pour faire un MBA est 35-40 ans »,
explique Patricia Szenik.
Vous avez derrière vous dix à douze ans d'expérience, vous êtes dans la maturité de votre
carrière. C'est plus facile d'être propulsé sur une marche supérieure qu'à 45 ans. »
D'autant que, passé 40 ans,
« une 'entreprise recherche avant tout l'expérience et la compétence. Or un MBA
récent a une valeur très relative, car il donne un niveau de connaissances théoriques et intellectuelles mais pas une compétence »,
souligne Gilles Lacour.
Entreprendre un MBA à ce stade de sa carrière permettra alors d'élargir son réseau professionnel et d'augmenter ses chances de trouver un nouvel emploi en cas de coup dur. Mais il n'est pas sûr que les évolutions de carrière soient au
rendez-vous. A 52 ans, le « doyen » de la promotion 2006 de l'Executive MBA de Dauphine avait bien conscience de ces limites.
Faire un MBA était avant tout
« une démarche personnelle »
à l'occasion de la réorganisation de son entreprise.
« J'ai voulu me remettre en cause, me mesurer aux
autres diplômés et actualiser mes connaissances car j'étais tout de même sorti d'une école d'ingénieur en 1976 ! »,
raconte Claude Faivre.
C'est son ancienne société qui a financé une bonne partie de sa formation. Son nouvel employeur n'est même pas au courant pour son diplôme ! En tant que
« cadre dirigeant, mon mode de rémunération ne me
permettait pas d'espérer une augmentation. Mais si je dois changer de travail, je le mettrai en avant. »
La preuve que le label MBA ne rime pas forcément avec profits financiers !
Négocier l'après-MBA
Une bonne dose d'ambition et de motivation est aussi nécessaire pour optimiser son rendement.
« Faire un MBA a des effets réels sur la carrière en termes de changement de poste et de hausse de salaire, mais nous
appelons à la prudence car c'est un ensemble de facteurs qui permet ces évolutions. C'est avant tout parce que l'on a envie de bouger que l'on obtient ces augmentations »,
confirme Nathalie Lugagne, directrice des programmes
diplômants HEC Executive Education.
Un effort d'anticipation est aussi indispensable.
« Il faut avoir un projet bien identifié, validé par des acteurs de son domaine d'activité ou par des professionnels du recrutement »,
conseille Gilles Lacour.
« Il faut bien savoir ce que l'on aime faire et où l'on veut aller,
souligne aussi Patricia Szenik.
Faire un MBA pour faire un MBA est ridicule, mieux vaut parfois faire un master
spécialisé pour compléter sa formation avec des compétences très pointues. Ces diplômes n'ouvrent pas les mêmes portes que le MBA mais sont aussi très recherchés »...
Et ils coûtent près de trois fois moins cher !
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