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Domespace : la maison tournante
© DOMESPACE
Dès 1929, l’ingénieur italien Angelo Invernizzi imagine une maison sphérique Girasole (tournesol), capable d’effectuer une révolution complète de façon à profiter en toute saison de la meilleure exposition au soleil et aux vents. Cinquante ans plus tard, le projet séduit Patrick et Catherine Marsilli, qui réalisent un nouveau prototype de maison tournante, en 1988, à Scaër (en Bretagne). Aujourd’hui, 120 Domespace de ce type ont vu le jour, déclinés à partir d’une vingtaine de modèles dont les tailles varient entre 40 et 600 m2.
Une maison de Robinson © Patrick Bertholon
Avec un arbre pour principal résident, la maison de Gaby Lemaire abolit la frontière entre intérieur et extérieur en faisant entrer la nature vivante au coeur de l’habitat
Le chalet suspendu Toulaho © Patrick Bertholon
Située rue des Fougères à Clamart (Hauts-de-Seine), la maison-atelier de l’architecte Lecaron a été redessinée au début des années 80 à partir d’une modeste construction de bois. La cabane d’origine a été suspendue et insérée dans un grand atelier vitré, enfoui dans la végétation.
La casa Batlló, de mosaïque vêtue © José Fuste Raga/zefa/Corbis
Transformée par l’architecte Antoni Gaudi, la façade féerique de la Casa Batlló occupe le n°43 du Paseig de Gracià à Barcelone. Un emblème de l’art nouveau catalan qui, en réaction à l’académisme de l’époque, entendait s’inspirer des principes et des formes qui régissent le vivant.
La maison Unal en voile de béton © Joël Unal
Construite par ses propriétaires - Joël et Claude Unal - sur les plans de l’architecte Claude Haüsermann-Costy, cette maison coque en voile de béton a reçu label Patrimoine du XXe siècle en 2003. Amorcé en 1973 sur un terrain rocheux du sud de l’Ardèche, le chantier s’est poursuivi pendant trente ans sans qu’aucun arbre ne soit coupé et qu’aucun rocher ne soit déplacé.
La maison bulle de R. Gaudet © Pierre Roche
En éternel chantier, la maison Gaudet sert de résidence à son créateur, Antti Lovag : un architecte anticonformiste qui n’a jamais passé son diplôme et se revendique « habitalogue ». Construite à partir d’une maquette expérimentale de 1969, cette maison bulle évolutive est située à Tourettes-sur-Loup, sur la Côte d’Azur. Depuis 1999, elle est classée monument historique.
La maison coquillage de la Nartière © Véronique Willemin
Conçue en 1968 par l’architecte Paul Luyton et réalisée un an plus tard, la maison de la Nartière se dresse au pied de la montagne du Coudon, dans le Var. Sa forme de spirale a été dessinée en relation avec le site : c’est un coquillage qui s’enroule autour d’une cheminée et s’adapte aux différents niveaux du terrain.
Des résidences d’étudiants au vert © Patrick Bertholon
Surmontées d’un toit végétal, ces résidences d’étudiants à Stuttgart, en Allemagne, offrent un bel exemple d’habitat écologique.
Le projet « Growing up » dans les arbres © Agence R&Sie(n)
Une maison de 160 m2 sur plusieurs niveaux, enchâssée dans un faisceau d’érables. Conçu par l’agence d’architecture R& Sie(n), le projet était destiné à un client horticulteur et devait s’implanter en lisière de forêt de Compiègne. Il n’a finalement pas vu le jour.
« L’Open House » dessinée les yeux fermés © Collection Frac Centre Orléans / photographe : Tom Bonner
Oeuvre du groupe d’architectes expérimentaux viennois « Coop Himmelb(l)au », l’Open House est une maison littéralement « ouverte » dans son processus de création. Elle a été conçue à partir d’un dessin tracé les yeux fermés sous la pulsion du geste, jaillissant de l’inconscient. Le croquis baptisé « psychogramme » par le groupe a ensuite été transposé sur plusieurs maquettes. Icône de l’architecture de la déconstruction dans les années 80, la maison n’a jamais été construite.
Véronique Willemin - architecte, auteur de
Maisons vivantes
et
Maisons mobiles
dans la collection Anarchitecture - nous explique les difficultés inhérentes à ce type de
projets hors normes.
01men :
Dans votre dernier ouvrage (Maisons vivantes), vous décrivez un état d'asphyxie de l'architecture contemporaine, en proie à des lois de plus en plus
draconiennes en matière de construction. Comment se traduit cette crise ?

Véronique Willemin :
En France, l'Administration bloque complètement l'innovation dans le domaine de la maison individuelle. Il est très compliqué pour un particulier d'obtenir un permis de construire
et un projet original risque fort d'aboutir à un échec. Par conséquent, les architectes sont de moins en moins nombreux à se lancer sur ce type de chantier.
Quels projets ne peuvent pas voir le jour aujourd'hui en France ?

Dès lors qu'un projet sort de l'ordinaire, les difficultés commencent. L'innovation fait peur. A force de vouloir rationaliser la construction à outrance, on est arrivé à une situation d'étranglement. Les
chartes normatives établies au niveau des départements sont de plus en plus rigides.

Par exemple, il est impossible de faire construire un chalet en Bretagne même si celui-ci est magnifique. De même, il n'est pas partout autorisé de peindre ses volets en bleu. Pourtant, il est intéressant de constater que les
maisons d'Antti Lovag et la maison Unal
(voir le diaporama ci-dessus)
ont reçu le label Patrimoine du XX
e
siècle alors qu'elles ont été édifiées sans permis de construire !
Est-ce que la situation est aussi critique au niveau international ?

Non. Beaucoup d'architectes quittent d'ailleurs le pays pour échapper à ce diktat et partent travailler en Thaïlande, en Suisse ou en Allemagne où les normes sont moins contraignantes. En matière de construction, nous
connaissons l'Administration la plus lourde après l'Inde... Et, faute de mouvement syndical d'architectes fort dans l'Hexagone, aucun groupement ne se mobilise pour contester le système. En réalité, le tableau est
assez noir. Le blocage existe et continue à s'aggraver depuis une quinzaine d'années. Ici, la terre est devenue stérile même si on continue à planter.
Pourtant des projets novateurs comme ceux de Jean Nouvel, pour ne citer qu'un exemple, continuent à voir le jour.

Heureusement, les problèmes qui se posent au niveau des maisons individuelles ne se retrouvent pas au niveau des constructions collectives. Dès qu'il s'agit de bâtir un projet « vitrine » comme les
musées ou les viaducs toutes les innovations sont permises.
Est-ce que l'écologie peut conduire à réintroduire du vivant dans l'habitat contemporain ?

Aujourd'hui, les matériaux HQE - haute qualité environnementale - sont très en vogue, mais cela ne sert à rien de plaquer de tels matériaux sur des constructions qui ne sont pas innovantes. Il ne suffit pas de
répondre au catastrophisme ambiant - le réchauffement de la planète, la montée des eaux - par des mesures ponctuelles isolées. Ce n'est pas non plus en proposant des maisons individuelles pas chères que l'on va
résoudre les problèmes.

La difficulté aujourd'hui, c'est qu'on manie en permanence de grands concepts : l'écologie, la mondialisation, le vivre mieux. Mais, sur le terrain, quand on arrive avec son crayon en main pour dessiner
un projet, on a besoin de réponses concrètes. C'est oui ou non. On fait ou on ne fait pas.
Pourtant la demande en projets innovants est forte du côté des particuliers.

Les gens ont un fort désir de vivre différemment, ils ont envie de yourtes, de tipis ou de maisons végétales. Le blocage existe uniquement sur la mise en oeuvre administrative et politique. Je suis en train de travailler sur un prochain
ouvrage dédié aux maisons sur l'eau qui ne répondent pas aux mêmes normes. Un bateau, par exemple n'est pas considéré comme un bien immobilier mais comme un bien mobilier et cela change toutes les perspectives. Sur l'eau, il
existe une immense ouverture.
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