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Des maisons qui habitent la nature

Vivre dans un arbre, une bulle en rotation ou un abri végétal, ça fait rêver mais ce n'est pas facile à réaliser. Aperçu de quelques créations et point de vue de Véronique Willemin, auteur de ' Maisons vivantes '.

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Véronique Willemin ?" architecte, auteur de Maisons vivantes et Maisons mobiles dans la collection Anarchitecture ?" nous explique les difficultés inhérentes à ce type de projets hors normes.

<i>01men</i> : Dans votre dernier ouvrage <i>(Maisons vivantes),</i> vous décrivez un état d'asphyxie de l'architecture contemporaine, en proie à des lois de plus en plus draconiennes en matière de construction. Comment se traduit cette crise ?
Véronique Willemin : En France, l'Administration bloque complètement l'innovation dans le domaine de la maison individuelle. Il est très compliqué pour un particulier d'obtenir un permis de construire et un projet original risque fort d'aboutir à un échec. Par conséquent, les architectes sont de moins en moins nombreux à se lancer sur ce type de chantier.

Quels projets ne peuvent pas voir le jour aujourd'hui en France ?
Dès lors qu'un projet sort de l'ordinaire, les difficultés commencent. L'innovation fait peur. A force de vouloir rationaliser la construction à outrance, on est arrivé à une situation d'étranglement. Les chartes normatives établies au niveau des départements sont de plus en plus rigides.
Par exemple, il est impossible de faire construire un chalet en Bretagne même si celui-ci est magnifique. De même, il n'est pas partout autorisé de peindre ses volets en bleu. Pourtant, il est intéressant de constater que les maisons d'Antti Lovag et la maison Unal (voir le diaporama ci-dessus) ont reçu le label Patrimoine du XXe siècle alors qu'elles ont été édifiées sans permis de construire !
Est-ce que la situation est aussi critique au niveau international ?
Non. Beaucoup d'architectes quittent d'ailleurs le pays pour échapper à ce diktat et partent travailler en Thaïlande, en Suisse ou en Allemagne où les normes sont moins contraignantes. En matière de construction, nous connaissons l'Administration la plus lourde après l'Inde... Et, faute de mouvement syndical d'architectes fort dans l'Hexagone, aucun groupement ne se mobilise pour contester le système. En réalité, le tableau est assez noir. Le blocage existe et continue à s'aggraver depuis une quinzaine d'années. Ici, la terre est devenue stérile même si on continue à planter.
Pourtant des projets novateurs comme ceux de Jean Nouvel, pour ne citer qu'un exemple, continuent à voir le jour.
Heureusement, les problèmes qui se posent au niveau des maisons individuelles ne se retrouvent pas au niveau des constructions collectives. Dès qu'il s'agit de bâtir un projet ' vitrine ' comme les musées ou les viaducs toutes les innovations sont permises.
Est-ce que l'écologie peut conduire à réintroduire du vivant dans l'habitat contemporain ?
Aujourd'hui, les matériaux HQE ?" haute qualité environnementale ?" sont très en vogue, mais cela ne sert à rien de plaquer de tels matériaux sur des constructions qui ne sont pas innovantes. Il ne suffit pas de répondre au catastrophisme ambiant ?" le réchauffement de la planète, la montée des eaux ?" par des mesures ponctuelles isolées. Ce n'est pas non plus en proposant des maisons individuelles pas chères que l'on va résoudre les problèmes.
La difficulté aujourd'hui, c'est qu'on manie en permanence de grands concepts : l'écologie, la mondialisation, le vivre mieux. Mais, sur le terrain, quand on arrive avec son crayon en main pour dessiner un projet, on a besoin de réponses concrètes. C'est oui ou non. On fait ou on ne fait pas.
Pourtant la demande en projets innovants est forte du côté des particuliers.
Les gens ont un fort désir de vivre différemment, ils ont envie de yourtes, de tipis ou de maisons végétales. Le blocage existe uniquement sur la mise en ?"uvre administrative et politique. Je suis en train de travailler sur un prochain ouvrage dédié aux maisons sur l'eau qui ne répondent pas aux mêmes normes. Un bateau, par exemple n'est pas considéré comme un bien immobilier mais comme un bien mobilier et cela change toutes les perspectives. Sur l'eau, il existe une immense ouverture.
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