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SOMMAIRE
Le tourisme spatial se prépare à décoller
Vacances en orbite : un rêve américain aux mains des Russes
PHOTOS
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| Portrait de Christophe Bonnal, expert en systèmes de lancement au CNES. |
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| Le « Space Ship One », associé à son avion porteur le « White Knight », survole le désert de Mojave. |
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| Le cockpit du « White Knight », configuré comme celui du « Space Ship One ». |
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| Le « Space Ship One » met les gaz après avoir été relâché par l’avion porteur « White Knight ». |
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Christophe Bonnal est expert en systèmes de lancement au Centre national d'études spatiales (CNES).
01men : L'espace va-t-il s'ouvrir au tourisme dans les prochaines années ?

Christophe Bonnal :
Tout d'abord, il faut bien faire la distinction entre les expéditions dans le domaine orbital
[voyages à destination de la Station spatiale internationale (ISS) en orbite autour de la Terre
à 400 kilomètres d'altitude, NDLR]
et le tourisme suborbital ou spatial qui consiste uniquement à faire une petite virgule dans l'espace à plus de 100 kilomètres d'altitude.

Les voyages en orbite restent et resteront très probablement un épiphénomène réservé à de richissimes milliardaires tandis que les vols suborbitaux sont susceptibles de plus fortement se développer à moyen terme.
A quoi correspond cette altitude minimale de 100 kilomètres ?

Elle marque le début de l'espace. Dès qu'on dépasse le seuil des 100 kilomètres, on obtient son diplôme d'astronaute. Or il est beaucoup plus facile techniquement d'acheminer des passagers à cette altitude
que de les emmener en orbite. On sait d'ailleurs le faire depuis longtemps. Dès les années 1960, le pilote d'essai américain Joe Walker est parvenu à relever le défi à bord du X15.
Quel est l'intérêt pour un voyageur d'expérimenter un vol suborbital ?

Tout d'abord la vue ! A 100 kilomètres d'altitude, notre champ de vision englobe un rayon de 1 000 kilomètres. D'un seul coup d'oeil, on peut apercevoir la France entière. La distance est
également suffisante pour distinguer la courbure de la Terre et la fine couche bleutée de l'atmosphère dont l'épaisseur est de 60 kilomètres. Le ciel est d'un noir profond percé d'une myriade d'étoiles. A
cette altitude, le voyageur fait aussi l'expérience de l'impesanteur pendant trois minutes environ.

Mais je crois surtout que l'argument commercial phare sera celui de la « frime », grâce à l'obtention d'un diplôme d'astronaute. Il est crédible d'imaginer que les sociétés
américaines offriront ce type d'expérience à leurs salariés plutôt que des stock-options.
Quels sont les principaux obstacles à surmonter avant de voir un véritable marché se développer ?

A présent, les principales difficultés techniques ont été surmontées, mais de nombreux problèmes ne sont pas encore résolus en termes d'assurance et de financement. Aux Etats-Unis, la situation commence à se clarifier concernant les
essais de lancement. Il a été décidé que chacun était libre de faire ses expérimentations au milieu du désert à partir du moment où il ne mettait pas en péril la vie d'autrui.

Reste à savoir comment couvrir les risques encourus à bord. La simple signature d'une décharge de la part du passager ne sera sans doute pas un argument suffisant en cas de litige après accident. C'est la jurisprudence qui
tranchera.

En Europe, le flou juridique est total sur ces questions qui peuvent, selon les interprétations, se rattacher à quatre domaines différents. Doit-on considérer la juridiction qui régit l'aéronautique, le secteur spatial, les
tour-opérateurs ou le tourisme de l'extrême ? Afin d'aborder toutes ces questions, le Centre national d'études spatiales (CNES) organisera au mois de mai prochain le premier congrès sur le thème du tourisme spatial, à Arcachon.
La voie du tourisme spatial « de proximité »
Dès 1996, le concours X Prize, organisé par l'homme d'affaires Peter Diamantis, encourage l'émergence d'initiatives privées dans le développement de vols suborbitaux à vocation commerciale et
touristique. Un appel à projet est lancé. Une enveloppe de 10 millions de dollars est promise au premier candidat capable d'emmener des passagers à plus de 100 kilomètres d'altitude de façon répétée.
Sur vingt-six propositions, le projet financé par le cofondateur de la société Microsoft, Paul Allen, remporte le concours. L'homme d'affaires, qui est déjà à la tête du plus grand musée de la science-fiction,
n'en est pas à sa première initiative de grande envergure. Il est notamment à l'origine de la mise en place d'antennes radar pour détecter la vie extraterrestre !
Confié à l'ingénieur Burt Rutan, à qui l'on doit le premier tour du monde sans escale, le projet abouti à la création d'un avion fusée, le
Space Ship One,
associé à un avion porteur, le
White Knight.
Après une première tentative de lancement réussie, un second essai probant est organisé le 4 octobre 2004 (en référence au lancement du
Spoutnik
le 4 octobre 1957).
Mais après avoir accompli cet exploit technologique, l'équipe renonce finalement à se lancer dans l'aventure du tourisme spatial et décide de présenter le
Space Ship One
au National Air and Space
Museum de Washington.
Virgin se lance à la conquête de l'espace
C'est Richard Branson, le célèbre entrepreneur britannique à la tête du groupe Virgin, qui a finalement racheté la licence du
Space Ship One.
Dans le cadre de la société
Virgin Galactic,
un nouvel appareil - le
Space Ship Two
- est en cours de fabrication. Les premiers vols sont prévus
en 2008, mais l'état d'avancement du projet reste soumis à une certaine discrétion, étant donné les enjeux colossaux.
Les frais de développement investis s'élèveraient à environ 200 millions de dollars. D'autre part, un accord a été signé avec l'Etat du Nouveau-Mexique pour la construction d'un
« spaceport », dont le coût est estimé à 225 millions de dollars.
Le prix des places à bord du nouvel engin devrait être fixé à 150 000 dollars par passager. Soit un chiffre d'affaires d'un million de dollars par vol.
« A ce compte là, il faudrait au minimum
100 vols par an pendant dix ans pour amortir tous les frais engagés. Mais il est possible que la marque fasse le choix de renoncer sciemment à la rentabilité pour mettre cette activité de prestige au centre d'une sorte de
« Virgin Space Land », où de multiples animations seraient proposées »,
explique Christophe Bonnal, ingénieur au CNES.
En parallèle de ce projet, la concurrence se construit. Une société d'Oklahoma est ainsi en train de mettre au point pour 2009 le
Rocketplane
à partir d'un avion préexistant dont les ailes et le
moteur seraient modifiés. Côté russe, un modèle d'avion inspiré du
Space Ship One
est également à l'étude. Enfin, l'Astronautes Club européen a été créé en 2005 pour promouvoir les vols suborbitaux en
Europe. Il travaille sur la mise au point de l'avion fusée VSH (véhicule suborbital habité). Selon la Tribune du 08 juin 2007, Astrium (la filiale Espace du groupe EASD, première entreprise européenne spécialisée dans la construction de
matériel aérospatiale) serait aussi sur le point de présenter son projet de vols suborbitaux. Le constructeur miserait sur 5 000 à 7 000 intéressés avec des billets vendus dans un premier temps à 200 000 dollars l'aller-retour. En cas de
succès, ce montant pourrait être revu à la baisse pour atteindre la modique somme de 30 000 à 40 000 dollars !
Richard Branson.
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