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PHOTOS
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| Matra 530 SX |
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| Matra-Simca Rancho |
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| Matra Murena |
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| Renault Espace |
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| Renault Avantime |
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| Bluecar 100 % électrique développée en collaboration avec Vincent Bolloré |
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01 men : Quel a été votre fil conducteur tout au long de votre carrière ?

Philippe Guédon :
J'ai toujours souhaité travailler dans l'automobile et j'ai eu la chance de réaliser mes voeux. Très tôt, mon but était d'accéder aux responsabilités de la création, donc
aux bureaux d'étude et à la conception. Un jour, en 1965, alors que je travaillais chez Simca, je suis tombé sur une petite annonce dans la rubrique auto de
L'Equipe
que je lisais tous les matins :
« La société Matra recherche un ingénieur. »
L'entreprise fabriquait alors des missiles et se lançait dans la course automobile. Vous connaissez la suite. Pendant 38 ans, j'ai été
responsable de toutes les voitures produites, de la M530 à l'Avantime, soit un million de voitures produites. L'acte créateur a toujours été pour moi une source de satisfaction et d'épanouissement. Peut-être une manière
d'enfanter... comme les femmes. Je reconnais aussi une petite vanité personnelle quand je vois dans la rue une voiture que j'ai étudiée. Mais cela passe vite. Quand on est porté vers la création, le plus intéressant est ce que
l'on va essayer de faire plutôt que ce qui a été fait. D'ailleurs, je n'ai jamais collectionné les voitures que j'ai conçues, au grand désespoir de mes fils qui me le reprochent amèrement. Ce qui ne m'empêche pas
d'être un passionné par l'histoire automobile.
Quel regard portez-vous sur un demi-siècle de création automobile ?

Philippe Guédon :
Au cours de ma carrière, j'ai vu l'automobile passer d'un objet essentiellement mécanique à un produit plus complexe, vu comme un tout. L'automobile est un objet sensible,
soumis aux lois de la science, de l'économie, de l'environnement, des moeurs... C'est tout à la fois un instrument technique et technologique, un élément d'architecture, un vêtement et un jouet. Chaque voiture reflète
l'état de la société à un moment donné. D'où la difficulté de traduire, à travers un produit, une certaine conception du monde. J'ai toujours été fasciné par la démarche de l'architecte Le Corbusier qui consiste à
intégrer l'oeuvre d'art à l'intérieur du monde, avec ses fonctions esthétique et sociale.
« L'architecture est le jeu subtil, correct et magnifique des volumes assemblés sur la
lumière »,
a-t-il écrit. Cette remarque s'applique aussi à l'automobile.
Comment l'automobile peut-elle encore évoluer, et quelles sont les dernières innovations qui vous ont marqué ?

Philippe Guédon :
La création n'a pas de limites, le style non plus. Je pense que l'automobile n'a pas fini de se réinventer, notamment grâce aux contraintes extérieures, qu'elles soient
sécuritaires, énergétiques ou sociologiques. Grâce aux nouveaux matériaux, également, qui ont bouleversé les manières de faire. Je suis sûr qu'en ce moment des gens travaillent sur une voiture dont on se dira un jour :
« C'est cela qu'il fallait faire ! »
L'initiative de Louis Schweitzer (ancien patron de Renault) de proposer et d'imposer une voiture à bas coût m'a beaucoup séduit. La Logan est la première voiture du genre vraiment aboutie. C'est la dernière
grande révolution automobile, comme en témoigne son succès planétaire. Il y a aussi la Toyota Prius et sa technologie d'avant-garde. A sa sortie il y a cinq ans, tous les constructeurs ont ricané, persuadés qu'un diesel bien réglé
valait bien mieux. Aujourd'hui, ils sont tous en train de recopier l'hybride.
Avec la Rancho, en 1977, vous avez pressenti l'intérêt pour les voitures de loisirs. Que pensez-vous de la mode actuelle des 4x4 ?

Philippe Guédon :
Ils me font penser à ces outils de bricolage multifonctions qu'on achetait dans ma jeunesse. A la fois perçeuse, ponceuse, scieuse... ces appareils fonctionnaient toujours mal et finissaient à la
poubelle. Je me méfie des machines à tout faire, de ce que les Américains appellent le
crossover.
Je trouve personnellement que les SUV manquent souvent de caractère et de personnalité. Ce qui n'était pas le cas du
Rancho, me semble-t-il. A l'époque, les loisirs verts motorisés prenaient de l'ampleur, et le Range Rover connaissait un beau succès. On a donc tenté de réunir ces tendances dans un véhicule plus simple et moins cher. Le Rancho
n'était pas proposé en 4x4, on l'avait juste doté d'une garde au sol surélevée et de gros pneus. Et cela suffisait pour 80 % des clients. Nombre de modèles actuels ont repris ce principe.
L'Espace est un cas d'école, même si le modèle actuel se vend mal. Quels sont à vos yeux ses plus dignes héritiers ?

Philippe Guédon :
Il ne faut pas croire qu'une même formule va durer éternellement. Les temps changent et l'Espace IV a beaucoup évolué depuis le modèle originel de 1984. Il est monté en gamme et a
progressé dans sa mise au point, mais je le trouve en régression sur le plan du style par rapport à la précédente génération produite chez Matra.
A vrai dire, je trouve plus intéressantes les innombrables déclinaisons faites autour du thème du monospace. Le Visiospace de Citroën (C4 Picasso), par exemple, me semble être le plus efficace aujourd'hui sur le marché, mais
demain ce sera probablement un autre. Ce monospace s'inscrit parfaitement dans la lignée de l'Espace : il a gardé les principes architecturaux basiques en y ajoutant du style et du raffinement. Autrement dit, il s'est
« berlinisé », ce que nous avons toujours cherché à faire avec l'Espace au fil de son évolution. Au départ, il avait en effet des allures de camionnette.
Vous travaillez maintenant avec Vincent Bolloré sur une voiture 100% électrique, la Bluecar. Pensez-vous que cette technologie soit la solution d'avenir ?

Philippe Guédon :
Au moment de prendre ma retraite, je ne voulais pas rester à la maison devant la télé à caresser mon chien. Vincent Bolloré, fabricant de batteries lithium polymère depuis dix ans, m'a alors
proposé de collaborer avec lui sur le développement d'un véhicule électrique, la Bluecar. Cette aventure dure depuis trois ans déjà, mais je reste libre et indépendant. D'ailleurs je ne sais pas jusqu'où Bolloré souhaite
mener ce projet en production. Tout dépendra des contrats qu'il établira avec de grands constructeurs.
Le tout électrique représente une solution d'avenir, pas la seule. D'autres pistes existent, telles que le diesel amélioré, le Stop and Start, l'hybride, et plus tard la pile à combustible. Dans ce foisonnement de
possibilités, on ne peut pas sous-estimer le potentiel du moteur électrique et des batteries qui l'alimentent. La Bluecar se révèle idéale dans la circulation urbaine et suburbaine. Zéro émission de CO2, aucun bruit, pas de boîte de
vitesses... elle est plus agréable à mener qu'une voiture normale ! Et elle peut parcourir entre 200 et 250 km, soit une autonomie respectable. Je me dis parfois que si l'automobile avait commencé par
l'électricité, on n'aurait jamais eu l'idée d'inventer l'infernal moteur à explosion.
Dans quelle voiture roulez-vous ?

Philippe Guédon :
Je roule en Toyota Prius. Mais à Paris je circule en Smart. En général, j'aime les voitures qui ont quelque chose à dire. Avant, je possédais une Mercedes SLK, un modèle sportif à la fois
séduisant et intéressant. J'ai voulu m'offrir le nouveau modèle équipé du 3.5 V6. Et puis j'ai renoncé, de peur de perdre mon permis de conduire... Alors j'ai commandé ma deuxième Prius, parce que je suis très
satisfait de son bilan. Cela dit, si je pouvais rouler en Ferrari Modena ou Maranello, je ne m'en priverais pas. En tant qu'ingénieur, je ne peux m'empêcher d'avoir une coupable faiblesse pour ces objets d'art et
leur beauté technologique.
Repères biographiques
1956 : Philippe Guédon entre chez Simca comme ingénieur et participe à l'élaboration de la Simca 1100
1965 : rencontre Jean-Luc Lagardère, patron de Matra, et devient responsable de la division automobile naissante après le rachat des automobiles René Bonnet
1967 : présente la M530, un coupé targa 2+2 à moteur central, sa première voiture sportive qui restera sa voiture fétiche
1973 : lance la Bagheera, une sportive triplace à moteur central
1977 : inaugure le concept d'« auto-loisir » avec la Rancho
1981 : sort la Murena, prolongement du concept sportif de la Bagheera
1984 : dévoile un concept révolutionnaire de véhicule familial, l'Espace de Renault
1999 : introduit le concept de « coupéspace » avec l'Avantime de Renault
2000 : présente le concept d'auto-moto avec le prototype M72 qui ne verra jamais le jour en série
2003 : fermeture de Matra ; il collabore depuis avec Vincent Bolloré sur un concept de véhicule 100 % électrique, la Bluecar
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