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« Je pensais qu'on serait content si on en vendait 30 000 exemplaires »,
se souvient le journaliste Philippe Cohen à propos de
La Face karchée de
Sarkozy.
Cette bande dessinée-enquête sur Nicolas Sarkozy, coécrite avec l'avocat de
Charlie Hebdo
Richard Malka et le dessinateur Riss, s'est vendue à 200 000 exemplaires depuis sa sortie en
novembre 2006 !
Les raisons d'un tel succès ?
« C'est la première bande dessinée non fictionnelle sur un homme politique,
avance Philippe Cohen.
Le livre est critique sans être partisan et a
rassemblé un double public : des passionnés de livres politiques et des amateurs de BD. Enfin, elle est sortie au bon moment, le début de la campagne présidentielle. »
Depuis, d'autres éditeurs se sont emparés de
l'étiquette BD politique et ont précipité la sortie de certains ouvrages pour profiter de l'actualité. Au point qu'une douzaine de titres, de qualité inégale, joue aujourd'hui la carte de la présidentielle dans les rayons des librairies.
Difficile pourtant de parler d'un nouveau genre devant une production aussi hétérogène. Certains albums optent pour le mode autobiographique, comme
Ségo, François, Papa et moi,
du militant du parti socialiste
Olivier Faure, d'autres sont de simples recueils de dessins de presse, tels que
Ségolène
de Pétillon, tandis que quelques-uns s'inscrivent dans la tradition réaliste de la BD franco-belge, à l'instar d'
Objectif
Elysée
de Guy Birenbaum et Samuel Roberts.
Un mouvement amorcé depuis plusieurs années déjà
Pour Gilles Ratier, secrétaire général de l'ACBD (Association des critiques et journalistes de bande dessinée), ce phénomène n'est pas vraiment nouveau :
« Il y a eu d'autres ouvrages traitant de
politique précédemment. C'est le cas, par exemple, de
Dol
de Philippe Squarzoni sur le gouvernement Raffarin ou, dans une veine plus sociale, des BD d'Etienne Davodeau. Ce qui est nouveau, c'est le type de narration
adopté par
La Face karchée
et l'engouement du public. »
L'émergence de la BD politique n'est donc que la continuité d'un mouvement amorcé depuis plusieurs années déjà. Et qui s'est imposé d'autant mieux qu'il y a en France une solide tradition de dessins satiriques d'hommes politiques,
entretenue par des journaux comme
Charlie Hebdo
ou
Le Canard enchaîné.
Reste à savoir si le succès remporté cet hiver par ces ouvrages n'est qu'un épiphénomène.
« Il faudra attendre la fin de la présidentielle pour savoir si ce coup d'essai sera transformé. Mais cela ouvre déjà de
nouvelles perspectives, parce que ces livres touchent un public réfractaire aux discours politiques et qu'ils renouvellent les scénarios de BD »,
analyse avec enthousiasme Rémy Le Gall, auteur avec Frisco de la
série fictionnelle
Elysée République.
Mais les BD politiques scénarisées nécessitent un long travail de documentation. Plus d'un an, par exemple, pour Philippe Cohen et sa
Face karchée de Sarkozy.
Un investissement risqué qui pourrait bien
décourager les éditeurs en dehors du contexte porteur des élections.
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