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Dans l'histoire du tennis français, jamais capitaine de Coupe Davis n'aura tenu aussi longtemps. Guy Forget, nommé en 1998, entame sa neuvième saison de sélectionneur, déjà plus que le mythique Jean-Paul Loth
(1980-1987) et que son gourou Yannick Noah (1995-1998) à qui il a succédé avec sa bénédiction de grand-frère. Une telle longévité, pimentée d'un palmarès plus que correct (deux finales en 1999 et 2002, une victoire en 2001),
laisserait à penser que la méthode du longiligne surfeur soit incontournable dans le PTF (paysage tennistique français).
Pour Guy Forget, qui, au fil des années, a restauré la notion de groupe dans une compétition anachronique pour ce sport individuel, la valeur d'une équipe est supérieure à la somme de ses individualités. Une préparation sérieuse
reste le meilleur garant des victoires à venir. Expansif sur sa chaise, électrique aux changements de côté avec ses joueurs, il campe dans l'imagerie populaire le rôle du motivateur idéal.
Relayée par les caméras indiscrètes de France Télévisions qui ne semblent jamais s'en lasser - comme si sa parole était d'or -, sa stature d'homme accroupi, le dos à l'horizontale, les
mains brassant l'air, est devenue un inévitable
gimmick
lors des matchs de Coupe Davis. Pourtant, tout est loin d'être rose dans les coulisses. Et si Guy Forget n'était pas si charismatique que
cela ?
Un capitaine trop conservateur
Sûrement parce que c'est un homme inquiet ou stressé, Guy Forget choisira toujours la solution la plus rationnelle, même au détriment de l'efficacité. Après l'an 2000, il n'a jamais dérogé au trio
immuable Grosjean-Clément-Escudé, jusqu à la retraite de ce dernier. Pour ne parler que de la campagne 2007 en cours, l'exemple du match contre les Roumains est frappant.
Face à des adversaires plutôt moribonds, il aurait pu tenter de faire appel à des forces vives pour préparer l'avenir. Non. Il s'en est rigoureusement tenu à son clan des quatre Gasquet-Grosjean-Clément-Llodra, délivrant
le message d'un groupe fermé à quatre tours. Le matin du double, Llodra lui signifie qu'il est souffrant. Pourquoi ne pas tester
Richard Gasquet
dans ce format alors que la France mène 2-0 ? Las, Forget laisse Llodra prendre la décision de s'aligner... et de perdre
face à une très modeste paire roumaine !
Pour le match à venir contre les Russes, il était intéressant de connaître sa position concernant Grosjean.
« S'il le retient cette fois-ci, c'est à n'y plus rien
comprendre »,
maugréait un membre du team Lagardère. Evidemment, il l'a retenu, privilégiant encore et toujours la soi-disant expérience. Quitte à retenir un « ancien » qui n'a gagné
que quatre matchs cette saison (dont un sur abandon et un autre face à Verkerk, pointant au-delà de la millième place mondiale) et dont les références depuis 2002 sur terre battue - la surface du match - sont terriblement
faméliques, hormis la saison 2005.
Il rate ses coups de poker
Quand il tente d'innover, Forget se loupe. Ce qui n'a évidemment rien arrangé. En 2002, il parie sur Mathieu, 20 ans alors, lors de la finale face aux Russes. Le match décisif face à Youzhny où le Français mène deux
sets à zéro avant de flancher progressivement est un fiasco homérique. En 2004, il lance Thierry Ascione dans le grand bain, face à la Croatie de Ljubicic. Malgré la victoire finale, il n'est pas interdit de penser que le Français ne
s'est jamais remis de sa cuisante défaite face au géant croate.
Il collectionne les ennemis
Forget est loin d'être un personnage fédérateur. Toutes les strates du tennis lui en veulent plus ou moins. Les journalistes lui reprochent son manque de présence sur le circuit, donnant à sa fonction des allures de mi-temps très
lucratif. Les mauvaises langues raillent sa légendaire pingrerie. Plus sérieusement, le président Bîmes ne souhaite qu'une chose, le voir quitter le navire.
En 2004, la tension entre les deux hommes fut si vive que le capitaine, dans une attitude quasi suicidaire, lança un tonitruant coup de gueule contre
« les parasites »
qui
n'attendaient qu'une défaite pour le
« dégommer ».
Cet acte courageux pourrait lui valoir ses galons d'homme de résistance. Mais il traduit le comportement d'un homme dans
l'incapacité de gérer au mieux les conflits. Beaucoup de joueurs lui en ont voulu. A la question
« Forget est-il un bon coach ? »,
Pioline a répondu :
« Joker ! »
Escudé lui a parfois reproché des préparations d'avant-match si intenses qu'elles coupaient les pattes avant le jour J. Avant qu'il ne chute (l'aurait-il fait si profondément s'il s'était
senti soutenu par le capitaine de Coupe Davis ?),
Gaël Monfils
ne semblait pas toujours comprendre toutes les raisons d'un Guy Forget s'obstinant à ne pas le sélectionner, même comme
remplaçant. Sans parler des troubles récurrents liés à la personnalité individualiste de Santoro qui n'auront jamais été réglés au cours de la décennie.
Des fiascos retentissants
La finale ratée de Nice en 1999 face à l'Australie, suivie de l'élimination au premier tour en 2000 face au Brésil, à Florianapolis, restent l'exemple de fumeuses campagnes mal gérées, au cours desquelles
des rancoeurs diverses, une mauvaise gestion de groupe et des choix douteux de sélection avaient tout fait capoter.
La défaite à Toulouse face aux Suisses en 2003 fut également un modèle du genre. Pour mémoire, le dimanche avant d'affronter Federer, Grosjean annonce au dernier moment qu'il est blessé. Santoro ne se sent pas en
forme. Llodra propose ses services.
« Je préfère un Santoro, même à 50 % »,
assène Guy Forget. Douloureux camouflet. Règne de l'à-peu-près. Maladresses en chaîne. Et terrible défaite de
Santoro qui ne marquera que trois jeux avant que la discorde ne parasite l'équipe de France.
En 2005, le staff de l'équipe nationale refuse d'accorder à Mathieu, alors sans coach, le droit de s'entraîner pendant l'été avec Patrice Hagelauer, sous prétexte que ce dernier est l'entraîneur
de l'équipe de France. Résultat : alors que le duo de circonstance avait fait des merveilles à Roland-Garros, Mathieu arrive sans jus pour la rencontre de Coupe Davis, errant comme une âme en peine durant un week-end où il sera battu
deux fois très sèchement.
Forget faute de mieux ?
Guy Forget bénéficie d'un incroyable mode de sélection, unique au monde, qui veut que ce soit les joueurs qui votent pour choisir leur capitaine. La collusion entre les uns et l'autre semble inhérente à cet étrange système
de cooptation. Et surtout, qui mettre à sa place ? Henri Leconte, comme l'avait fortement pensé un moment le président Bîmes ? Trop farfelu. Cédric Pioline, fraîchement nommé directeur de haut niveau à la fédération (on ne
l'a pas encore vu sur le circuit...) ? Son manque d'investissement dans tout ce qu'il entreprend depuis la fin de sa carrière serait peut-être trop frappant à ce niveau. Fabrice Santoro, encore un chouchou de Bîmes ?
Trop tôt. Arnaud Boestch ? L'urbain businessman est peut-être trop éloigné des réalités du circuit. Alors qui ? Va pour Guy Forget !
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