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| John-Paul Lepers a travaillé pour Canal Plus de 1996 à 2005, d'abord pour Le Vrai Journal, puis pour Lundi investigation. |
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| Aucune chaîne de télévision ni distributeur de cinéma n'a voulu du film sur Bernadette Chirac. Le documentaire sort directement en DVD. |
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| Avec les portraits de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, le journaliste souhaite donner des clés aux électeurs pour faire leur choix. |
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Pourquoi faire ce film sur Bernadette Chirac ?

Parce que c'est une reine intouchable dans une monarchie républicaine à la française. Jamais un film critique n'a été réalisé sur elle. Elle a la télévision pour elle, elle peut prendre trois heures sur TF1 pour les Pièces jaunes ou
sur France 3 pour l'opération Plus de vie. Quand elle décroche son téléphone, elle « obtient » toutes les télés. Les équipes y vont à reculons parce qu'elles savent qu'elles ne pourront pas poser de questions. C'est de
la « com », mais tout le monde y est obligé. Moi, constatant cela, j'ai voulu faire ce film. Il n'y a pas de révélation, c'est juste la face cachée de Bernadette Chirac.
A quels problèmes avez-vous été confronté ?

Il y a eu d'abord de l'autocensure de ma part : mon montage excluait les bons moments comme celui où elle s'empare de la perche de l'ingénieur du son. Mais même pour moi, c'était impossible de montrer Bernadette Chirac violente !
Il y a aussi le fait que mon film était probablement moins bon dans la version 52 minutes que j'ai présentée à Canal Plus que dans celle du DVD qui dure 90 minutes. Officiellement, ils n'ont pas diffusé le sujet en 2005 parce qu'ils trouvaient
qu'il n'était pas abouti. Mais je pense qu'ils ont eu peur, comme moi j'ai eu peur d'elle.

Et je ne m'imagine pas qu'il n'y ait pas eu de pressions. Il y a eu des rumeurs sur une intervention de Dominique de Villepin quand il était au ministère de l'Intérieur, mais c'est peut-être de l'intox. Mon producteur et moi avons subi
quelques pressions, plus ou moins appuyées, pendant le tournage avec des questions insistantes pour savoir ce qu'on fabriquait. Finalement, j'en ai fait un livre
Madâme l'impossible conversation
et j'ai cherché un distributeur
de cinéma. Mais partout, on m'a répondu non, parce qu'il y avait que « des ennuis à prendre »... Le film devait être diffusé en début d'année sur une chaîne de télévision qui a finalement renoncé au motif qu'on ne
savait pas si Jacques Chirac allait se représenter au dernier moment.
Que vous a appris cette mésaventure ?

Je me suis rendu compte que l'autocensure était l'expression même de notre rapport d'infériorité avec le pouvoir, nous journalistes français. C'est la peur qui fait tenir tout le monde, la peur des représailles. Et c'est quelque chose qui
n'existe pas dans les pays anglo-saxons. La liberté de la presse devrait nous permettre de parler de tout, de manière respectueuse.
Comment évite-t-on la connivence avec les hommes politiques ?

Nous ne sommes pas dans le même camp et nous devons garder une certaine distance. Un jour, lors d'une mini-conférence de presse informelle, Nicolas Sarkozy me tape dans le dos et me dit : « Comment tu vas ? Tu
t'appelles John-Paul, c'est ça ? » Il sait très bien comment je m'appelle, ça fait dix ans qu'on se connaît ! Je lui réponds : « Pardon monsieur Sarkozy, mais je ne tutoie jamais un homme
politique ». Cela a peut-être été mon erreur... je n'ai jamais obtenu d'interview en tête à tête par la suite. Mais je ne me sens pas piégé comme d'autres confrères qui sont entrés dans son jeu pour obtenir des informations.
Lorsqu'ils écrivent des papiers critiques, il les engueule et les punit en ne leur parlant plus. Quand vous rentrez là-dedans, c'est intenable.

Ségolène Royal, c'est un autre genre. C'est plus ouvert, elle accepte d'être suivie (je suis même monté en voiture avec elle), mais c'est une séductrice qui joue à la fois sur les registres de la femme et de la mère. Elle vous cajole
comme un bébé pour mieux désamorcer les questions gênantes. Lorsque je l'ai suivi pour mon reportage, j'ai fait attention à ne pas tomber dans le panneau. Je ne cherche pas à cacher ma sympathie pour elle. Et j'ai donc essayé de lui poser des
questions qui fâchent. Je pense que c'est notre rôle : rester ouvert, mais être aussi rentre-dedans, pas sectaire mais chiant. En affirmant ma présence, j'affirme la liberté du journalisme. Nous devons rester un contre-pouvoir.
Pensez-vous donner des clés aux électeurs avec vos films sur Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ?

Oui, c'est le but.
Ségolène Royal, en avant marche !
et
Sarkozy : Elysez-moi !
ont été tournés bien avant les présidentielles : on y suit l'ascension de Ségolène Royal à la
présidence de la région Poitou et celle de Nicolas Sarkozy à la tête de l'UMP. L'objectif n'est pas de les comparer, mais d'informer sur leur personnalité afin que les gens puissent faire leur choix. Ce sont deux portraits qui ne vont pas dans le
sens du poil. Ils ont été diffusés sur Canal Plus en 2004 et 2005. Actuellement, les chaînes de télévision n'oseraient jamais mettre à l'antenne de tels films : elles auraient trop peur de se fâcher avec les présidentiables.
Que pensez-vous des nouvelles émissions politiques « participatives » comme sur TF1 « J'ai une question à vous poser » ?

Il y a quelque chose de positif à vouloir prendre en compte les préoccupations quotidiennes des Français et à les imposer dans le débat politique, contrairement à ce qui s'est passé dans les médias en 2002. Mais les journalistes n'existent
plus dans ces récentes émissions ; et il y a un déficit criant de questions : les Français qui se retrouvent face aux candidats leur disent, par exemple : « j'ai mal aux dents, je veux me faire rembourser par la Sécurité
sociale... » ! Chacun y va de son petit problème. Au final, le « vrai » discours politique est caché et n'est pas analysé. Les hommes politiques se sortent généralement très bien de ce genre
d'exercice.
En quoi consiste
La Télé libre
que vous avez lancée au mois de janvier dernier ?

On forme une équipe de 20 bénévoles, et chaque jour, on fournit un ou deux reportages d'information sur notre site. Nous avons commencé sept mois avant par mettre en boîte les candidats à la présidentielle. Il n'y a aucune publicité
et nous comptons sur des donations et le développement d'une petite économie (coopération avec des écoles de journalisme, vente de films, de tee-shirts, etc.) pour nous payer un peu, mais notre activité reste un acte militant. On ne pilonne pas la
télévision : on est dans le système ! Mais on veut en repousser les limites. Et on veut s'emparer de ce formidable outil qu'est Internet, mais qui souffre d'un déficit de crédibilité quant à la véracité des informations. Les journalistes
peuvent encadrer les débordements du Net et être les garde-fous de la démocratie.
Voir un extrait vidéo de
Madâme, le film
(sortie le 6 avril, Opening Edition) :
Voir un extrait vidéo de
Ségolène Royal : En avant, marche !
(sortie le 15 mars, Opening Edition) :
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