|
Un simple rappel des performances de Rafael Nadal depuis sa finale de juin dernier à Wimbledon suffit à recadrer le débat : l'Espagnol n'arrive plus jamais en finale et très rarement dans le dernier carré, tout en
perdant contre des adversaires aux styles variés comme Tomas Berdych (Toronto, Madrid), Juan Carlos Ferrero (Cincinnati), Mikhail Youzhny (US Open), Xavier Malisse (Chennai) et Fernando Gonzalez (Open d'Australie). De plus en plus, son
emprise semble déjà se réduire à la seule terre battue, où il tentera ce printemps de prolonger son affolante série de 60 matchs remportés.
Maître d'un seul royaume ? C'est la tendance, car le « concept Nadal » est à la baisse. Depuis son arrivée en trombe dans le circuit, il avait capitalisé sur son statut de lamineur gaucher
pour effrayer. Inébranlable, son coup droit croisé au lift lourd bombardé sur le revers adverse anéantissait l'adversaire. Défenseur hors norme, il pouvait tenir des heures avant de reprendre l'avantage aux forceps. Mais
aujourd'hui Tomas Berdych ou James Blake, ses deux bêtes noires, ont réussi à mettre quelques-unes de ses lacunes en évidence. Vulnérable sur les premiers coups avec ses prises extrêmes de raquette qui l'obligent notamment à se
positionner loin en retour, il n'a pas toujours les armes pour riposter face à des attaquants au jeu à plat et près des lignes venant conclure au filet.
A Melbourne, le Britannique Andy Murray, très proche de la victoire en 8
e
de finale, a ouvert une nouvelle voie. En variant énormément les effets ou en tentant le service-volée, il a fait vaciller l'Espagnol
décontenancé par ces « grigris » l'empêchant de mettre en place son jeu de destruction. Plus logiquement, même le plus prestigieux de ses adversaires - Roger Federer - a désormais aussi repris
la main devant ce Golgoth moins effrayant. Si Rafael Nadal stressait aussi les autres par sa faculté à terrasser le maître à chaque fois, cet avantage psychologique a disparu : le n°1 mondial reste sur deux succès à Wimbledon et aux
Masters.
Le colosse est d'argile
Depuis fin 2005, l'Espagnol survitaminé va et vient sur le circuit au gré d'une santé plus fragile que ne le laisse supposer son imposante stature. Blessé au pied, il a mis quatre mois à revenir au début d'une
saison 2006 qu'il a conclue à l'agonie avec différents pépins musculaires. Cette année, souffrant de la cuisse gauche puis de la droite, il a déjà abandonné à Sydney, regretté une gêne après sa défaite face à Fernando Gonzalez à
l'Open d'Australie, déclaré forfait pour le match de Coupe Davis Suisse-Espagne avant de se désengager du tournoi de Marseille. Ca fait évidemment beaucoup pour un jeune homme bâtissant ses succès sur l'impact physique.
« Rafael ne peut s'imposer des séances d'entraînement aussi lourdes qu'avant. Il n'a plus la même force »,
reconnaît désormais son tonton-entraîneur Toni Nadal,
insistant tellement sur ce manque soudain de tonus qu'il est permis de s'interroger sur cette mutation. Nadal a-t-il trop forcé trop jeune ?
En tout cas, l'Espagnol tente déjà d'apporter des ajustements à son jeu pour compenser. Un service plus performant et un positionnement plus proche de la ligne de fond de court devraient pouvoir lui épargner quelques
efforts. Suffisamment ? L'an dernier, un de ses collègues avait déjà pronostiqué les dangers qui guettaient cet Espagnol si peu avare de démonstrations de force.
« Il faut vraiment qu'il fasse attention avec
ce jeu qui demande autant d'efforts,
racontait le Croate Ivan Ljubicic.
Parce qu'il va vite s'épuiser. Lleyton Hewitt avait un peu le même style, mais lui disputait moins de tournois et il n'a tenu
que trois-quatre ans avant de baisser... »
Nadal comme Hewitt au panthéon des (in)fatigables puncheurs vite essorés ?
Une panne d'aura
Rafael Nadal n'a pas que des amis sur le circuit, comme si son style de démolisseur, son approche de boxeur ou son comportement pas si
fair-play
avaient rapidement agacé une bonne partie du vestiaire.
Les premières critiques émises concernaient le coaching apparent de son entraîneur, trop peu discret dans cet exercice interdit pour ne pas interpeller les adversaires. Vinrent ensuite les commentaires amers sur le temps infini
- dépassant de loin les règles en vigueur - pris par l'Espagnol entre les points sur ses jeux de service. Souvent repris à l'ordre pour cette pratique systématique qui lui permettait de souffler avant la mise en
place de son jeu de punching-ball, Nadal aura mis longtemps avant de se conformer à la bienséance sportive.
Un autre épisode avait aussi mis en émoi certains de ses collègues lorsque, fortement titillé par Paul-Henri Mathieu lors d'un match dantesque à Roland-Garros l'an dernier, Nadal avait, pour déstabiliser volontairement son
adversaire, interrompu le cours d'un jeu prétextant... un (improbable) morceau de banane enfouie au fond de la gorge.
En fait, malgré son jeune âge, l'Espagnol au sang chaud n'a jamais hésité à recourir à des méthodes d'intimidation pas forcément exemplaires. Souvent, dans les vestiaires avant que ne débute son match, il défie du
regard ses adversaires, multipliant les petites courses à quelques centimètres du joueur en ahanant des
« Vamos ! Vamos ! »,
censés déstabiliser. Et ces démonstrations de force finissent
forcément par irriter.
« Il joue de cette faculté à impressionner et ce n'est pas toujours bien,
se plaignait le Français Paul-Henri Mathieu.
Moi, ça me fait plutôt rire, mais beaucoup perdent le
match à ce moment-là. Ce n'est pas toujours correct. Ses à-côtés sont limites-limites... »
En suscitant ainsi le malaise autour de lui, Nadal ne risque-t-il pas de transformer ses adversaires en
ennemis ?
Baby Nadal montre les dents
Comme tout va très vite sur la planète tennis, Rafael Nadal, monstre de précocité, va bientôt se retrouver confronté à un compatriote à propos duquel les pronostics des suiveurs indiquent qu'il devrait bientôt tout balayer sur
son passage. Carlos Boluda, retenez bien ce nom. Il a 14 ans, il épuise les autres en distillant les coups lourds du fond de court, il domine mondialement sa catégorie d'âge de la tête et des épaules, il vient de gagner le tournoi des
Petits As pour la deuxième fois consécutive (c'est unique dans les annales) et il est surtout plus râblé et plus costaud que Nadal au même âge.
Au jeu du balancier, ce dernier, qui avait dégoûté un Juan Carlos Ferrero soudainement en panne totale d'exposition dans son pays, risque dans les années qui viennent d'être dépassé par le jeune phénomène. Et quand on voit
ce qu'est devenu Ferrero, furtif n°1 mondial, on n'est pas forcément rassuré sur l'avenir de Nadal.
|