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Avoir les dents longues ne suffit plus. Encore faut-il les avoir bien alignées et d'un blanc immaculé pour réussir. Dans l'art médiatique du sourire. Après le supplice des appareils dentaires, voici la tyrannie de la blancheur. Et, à
voir les vedettes de cinéma s'en ravir à pleines dents, nous ne sommes pas prêts d'y échapper !
La mode nous vient des Etats-unis et du Japon, où les premiers essais de soins blanchissants ont été effectués dans les années 50. «
Aujourd'hui, 60 à 65 % de la population américaine se ferait éclaircir
les dents,
explique le spécialiste en dentisterie esthétique, Jean-Christophe Paris.
Au début nous soulagions la douleur puis nous avons remplacé les dents absentes. A présent, sous la forte influence des médias, les patients
recherchent aussi un plus grand confort. »
En France, il faut attendre le début des années 90 pour voir apparaître chez les dentistes une nouvelle offre de solutions indolores pour éclaircir les dents.
Une découverte de la guerre de 1914-1918
Ces traitements utilisent les principes blanchissants du peroxyde d'hydrogène, H2O2 (plus connu sous le nom d'eau oxygénée) ou du peroxyde de carbamide (composé d'eau oxygénée combinée à de l'urée). Les effets de l'eau oxygénée sur les
dents auraient été découverts par hasard pendant la Première Guerre mondiale.
« Les soldats américains utilisaient ce puissant antibactérien conservé dans des fioles pour s'en badigeonner les gencives et pour remplacer le dentifrice. De retour du conflit, on s'est aperçus qu'ils avaient les
dents plus blanches ! »,
relate Jean-Christophe Paris. Depuis ce temps, les méthodes d'administration des produits à base d'eau oxygénée ont bien évolué... Globalement, les dentistes ont le choix entre deux manières
de procéder.
Traitement au cabinet ou à domicile
La première méthode dite « ambulatoire » consiste à prélever l'empreinte de l'arcade dentaire du patient afin de réaliser une gouttière de blanchiment à l'aide de moules en plastique. Le traitement se
poursuit à domicile. Le patient doit porter les gouttières quelques heures par jour (ou pendant la nuit) après y avoir introduit un gel de blanchiment. Le temps d'application en bouche et la durée du traitement - de une à deux
semaines - sont fonction du taux de concentration en principes actifs du produit choisi.
La seconde méthode dite « au fauteuil » se déroule uniquement en cabinet dentaire. Elle a recours aux mêmes produits - peroxyde d'hydrogène ou de carbamide - mais à des doses beaucoup
plus concentrées. Il est possible d'accélérer le processus de blanchiment au moyen d'une lampe à haute énergie ou d'un laser. L'opération dure une vingtaine de minutes. Il suffit d'une seule séance pour repartir avec un nouveau sourire. Au bout de
deux ans, le patient doit à nouveau faire une visite de contrôle chez son dentiste pour d'éventuelles retouches.
Il est également possible de combiner les deux méthodes. Dans tous les cas, cet acte hors nomenclature n'est pas remboursé par la Sécurité sociale. Facturé en honoraires libres, il peut atteindre des prix très variables pouvant
aller de 350 à 800 euros, voire plus de 1 000 euros pour le traitement des deux arcades.
Un examen obligatoire
Facile et rapide à effectuer, le blanchiment dentaire n'est cependant pas toujours possible ni adapté. D'où le besoin impératif de faire un examen bucco-dentaire complet avant de l'envisager. L'occasion aussi d'effectuer un détartrage
et un polissage préalables. Le blanchiment doit toujours être réalisé sur une dent parfaitement propre et saine. La moindre fêlure de l'émail, carie mal traitée ou un faible déchaussement de la dent, et le produit pénètre à l'intérieur du pulpe
dentaire.
Or, ces produits très agressifs ne sont pas destinés à franchir la barrière protectrice de l'émail sous peine d'endommager la dent, voire de la mortifier dans le cas le plus extrême. Ils sont uniquement destinés à corriger une
coloration superficielle de la dent. Sauf dans le cas d'une dent dévitalisée. Il est alors possible d'introduire le produit à l'intérieur même de la chambre pulpaire à l'aide d'un coton imbibé.
Des contre-indications
Quel que soit l'état de la dentition, le praticien veille à éviter tout contact entre les produits et les tissus mous qui pourraient être attaqués autour des dents. Toute inflammation gingivale est, par exemple, une contre-indication
formelle au traitement. Attention aussi aux personnes très sensibles aux contrastes chaud/froid.
Les traitements provoquant - de manière quasi systématique - des hypersensibilités temporaires, ils sont donc à éviter en cas de fragilité pré-existante. Ces précautions sont également valables lors de l'emploi des
kits de blanchiment vendus dans les grandes surfaces et les pharmacies. Ces derniers ont recours aux mêmes principes actifs à des doses moins concentrées. L'usage de ces produits est proscrit pour les enfants dont les dents ne sont pas matures, soit
avant l'âge de 15-16 ans, et pour les femmes enceintes.
Il est également déconseillé pour les fumeurs. A moins d'arrêter la cigarette pendant la durée du traitement et les trois semaines suivantes.
« Les substances oxygénantes rendent l'émail plus perméables au moment
où ils agissent. Du coup, les agents colorants exogènes
(Lire l'article « Les causes de la coloration des dents »),
comme le vin, le tabac ou le café, risquent de pénétrer plus profondément dans la
dent »,
souligne le chirurgien-dentiste Christophe Lequart.
Le mythe de l'ultrablancheur
Après l'apparition de produits blanchissants, les fabricants ont dû mettre au point de nouvelles teintes de matériaux composites résineux. Car les anciennes couleurs paraissaient trop jaunes !
Comme le rappelle Jean-Christophe Paris, il faut que la demande émane du patient et ne pas susciter le besoin. Il faut aussi évaluer la couleur dentaire :
« La recherche d'une teinte de plus en plus claire
n'est pas toujours justifiée. La coloration doit être harmonieuse avec celle de la carnation. Un sourire trop blanc peut créer un déséquilibre dans le visage. »
Aujourd'hui, la mode est à l'éclat javel.
Mais on peut rappeler que, jusqu'au XIXe siècle, une pratique traditionnelle japonaise consistait à se noircir les dents à base de noix de galle et de poudre de fer délayées dans du thé ou du vinaigre. Alors, en attendant de répondre au
prochain fantasme esthétique du siècle, l'important est de garder le sourire !
Suite du dossier
>>> Les causes de la coloration des dents
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