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| Près de 700 romans lors de la rentrée littéraire de septembre 2006 : difficile pour un libraire de présenter toutes ces nouveautés. |
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| Les aventures de Harry Potter sont tirées à 1,8 million d'exemplaires. Une exception en France où le tirage moyen tourne autour de 7 000. |
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| Entre 20 et 25 % des livres restent invendus chaque année. La plupart d'entre eux finissent au pilon et sont recyclés en papier. |
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Au commencement était le manuscrit. Envoyé à quelques éditeurs, il rejoint la plupart du temps la pile des retours. Mais pour les quelques heureux élus qui sont sélectionnés, le plus dur reste encore à venir.
Une chance sur mille d'être édité
« Nous recevons huit mille à dix mille manuscrits par an et nous n'en publions que deux en moyenne. Certaines années pas du tout »,
précise-t-on chez Albin Michel. Des statistiques qui ont
de quoi effrayer les écrivains en herbe mais qui sont à relativiser selon Marc Autret, auteur de
150 questions sur l'édition : « On dit parfois qu'un jeune auteur n'a guère plus d'une chance sur mille
d'être remarqué par un gros éditeur de fiction, mais les chiffres tombent à des taux moins désespérants chez les moyens et surtout chez les petits éditeurs, seuls véritables défricheurs. »
Et les situations diffèrent fortement suivant le genre : un ouvrage technique aura ainsi plus de chance de trouver preneur qu'un roman. Une fois sorti de presse, le livre n'a pas encore gagné la partie : il doit trouver grâce
aux yeux des représentants et des libraires.
Relégué dans un carton
Tiré à un nombre d'exemplaires variable (de 3 000 pour le roman d'un inconnu à 1,8 million pour un
Harry Potter),
un livre n'est pas assuré d'être distribué dans toute la France ni de se retrouver dans
les rayonnages d'une Fnac. Tout dépend de son réseau de diffusion. Quand bien même ce dernier est conséquent, le livre peut se retrouver noyé au milieu de nombreuses nouveautés. C'est à l'éditeur de convaincre les représentants de son potentiel afin
qu'ils incitent les libraires à le mettre en avant.
Le libraire est ensuite seul maître à bord dans sa boutique. Il peut ainsi très bien ne pas exposer à la vente les livres qu'il a achetés.
« Il arrive souvent qu'ils n'ouvrent même pas les cartons des livres
qu'ils reçoivent ! »,
s'insurge Gérard Pouradier, journaliste et fondateur de l'Association pour le contrôle de la diffusion du livre. Une pratique qui n'a rien de honteux pour Sophie Saint-Marc, du Syndicat de la
librairie française :
« Les libraires ne peuvent lire préalablement tout ce qu'ils commandent. Et les ouvrages reçus ne correspondent pas toujours à ce qu'ils attendent donc ils les écartent. Sans compter que les
libraires des 2e et 3e niveau
[petits points de vente, NDLR],
ne savent pas ce qu'ils vont recevoir puisqu'ils ne disposent pour faire leur choix que d'une grille sans titres
d'ouvrages, avec juste la collection et la nature de la vente. »
Un phénomène qui prend particulièrement de l'ampleur lors des rentrées littéraire de septembre et janvier.
Trois semaines pour obtenir un succès
Enfin en place dans les rayons des librairies, l'ouvrage attend avec impatience le client qui s'attendrira sur son sort. Gare au temps qui passe : s'il ne parvient pas à séduire le chaland en quelques semaines, il risque vite
d'être mis au rebut par le libraire.
« Il est difficile de déterminer la durée de vie moyenne d'un livre. Ce qui est sûr, c'est que son temps de décollage est de plus en plus court. On sait si c'est un succès au bout de 3 à
5 semaines. Au-delà, le libraire aura tendance à le mettre dans un coin »,
précise le rédacteur en chef adjoint de
Livres Hebdo,
Fabrice Piault. Une mise de côté au bout de quatre semaines ne
signifie pas pour autant la mort du livre à qui on accorde encore généralement deux mois de sursis dans la boutique.
Mais le couperet peut aussi tomber plus vite. Grâce à la politique des retours, le libraire a le droit de se faire rembourser les invendus par l'éditeur. En théorie, il est censé attendre trois mois avant de renvoyer ses exemplaires.
« En pratique, beaucoup d'éditeurs sont plus souples et acceptent les retours avant les trois mois »,
précise Sophie Saint-Marc. Encore tabou il y a une dizaine d'années, ce retour précoce des ouvrages
est désormais assumé au grand jour par l'ensemble des acteurs du marché.
20 % des livres pilonnés ?
Le Syndicat national de l'édition estime que le nombre d'invendus tournerait autour de 100 millions d'exemplaires chaque année en France, pour une production d'environ 500 millions d'exemplaires. Pour Fabrice Piault,
« ces chiffres recouvrent des situations très variables. La littérature générale représente environ 35 % d'invendus, le parascolaire 50 % parce qu'il est vite daté. Mais la moyenne générale n'est pas si mal, c'est
moins qu'il y a vingt ans et beaucoup moins que dans la presse où il y a 50 % d'invendus ! »
Une efficacité que la chaîne du livre aurait gagnée grâce à l'informatisation et à une politique de flux tendus.
Reste que peu de perspectives s'ouvrent à un livre invendu : repartir au stock, être racheté par son auteur, donné à une association caritative ou partir au pilon.
« On peut dire que les 2/3 au moins des
invendus vont au pilon parce que stocker un livre coûte cher, que les auteurs ne rachètent en général qu'une dizaine d'exemplaires et que les dons de livres sont un épiphénomène »,
explique Christian Robin, maître de
conférence à Paris XIII et auteur du
Livre et l'édition.
Vécu comme un traumatisme par les auteurs qui n'en sont pas toujours avertis, le pilon suscite de moins en moins la polémique car il est désormais considéré comme un moyen
d'assainir le marché. Avec comme consolation de savoir que le livre ne meurt pas tout à fait : recyclé en papier, il peut alors donner vie à un nouvel ouvrage !
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