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En moyenne, un homme de 80 ans a dû sacrifier 7 300 heures devant le miroir, soit dix mois, pour tondre l'équivalent de 330 m² de surface cutanée durant sa vie. En réalité, la tâche est répartie sur un maximum de
25 minutes par jour. Mais elle peut vite se révéler cauchemardesque si elle est mal menée.
L'opération est délicate et la précipitation, à bannir. Surtout pour les adeptes du rasoir à main qui s'exposent à des lames sans pitié. Pour gagner en efficacité, mieux vaut procéder dans l'ordre avec un matériel adapté plutôt que
d'accélérer le mouvement sous peine de se couper ou de piquer.
Préparer sa peau
La première précaution à prendre est de bien choisir son moment.
« La peau retrouve toute sa tonicité durant la nuit. Il est donc préférable de se raser le matin, à jeun, après la douche »,
explique Alain, le dernier maître barbier de Paris dont la réputation n'est plus à faire depuis qu'il taille le gothy (petite barbe rase englobant bouc et moustache) de Johnny Hallyday. Selon l'expert, la mastication lors des repas provoquerait un
afflux sanguin qui rendrait l'épiderme plus facilement irritable.
D'où l'intérêt de se préparer avant le petit déjeuner en profitant tout de suite des bienfaits de la douche. L'eau tiède permet d'assouplir et de détendre le poil qui sera plus facile à couper. A ce moment de la toilette, il est
important de se nettoyer le visage avec une crème ou une lotion désincrustante « avant rasage ». Objectif : éliminer les points noirs, les traces de sébum, les cellules mortes de façon à faire place nette au passage de
la lame.
La barbe en chiffres
Les poils de la barbe sont les plus épais du corps humain et présentent une étonnante résistance. A diamètre égal, ils seraient plus solides que des fils de cuivre ! Leur rythme de croissance moyen est de 0,3 à 0,4 mm/jour
avec une accélération en été par rapport à l'hiver.
Le fait de se raser n'augmente en aucun cas le rythme de croissance explique la dermatologue Laurence Netter.
« C'est comme les cheveux. Ils ne poussent pas plus vite lorsqu'on les coupe. Le rasage fréquent
rend juste la coupe plus nette et la repousse plus piquante. »
Néanmoins, la production pilaire n'est pas la même pour tous les individus.
« Certains hommes doivent se raser jusqu'à deux fois par jour
tandis que d'autres peuvent se contenter d'un jour sur deux »,
indique Catherine Laverdet, une autre dermatologue.
De même, la répartition de la pilosité sur le visage est fonction du patrimoine génétique de chacun. Le nombre moyen de follicules pileux par cm² est estimé à 385 au-dessus de la lèvre supérieure, 520 sur le menton, 830 sur les
joues et 300 au niveau du cou. Le taux de croissance des poils augmente avec l'âge. Sur le visage, il est généralement stabilisé à 25 ans mais peut augmenter jusqu'à 35 ans.
Procéder par étape
Au moment du rasage proprement dit, la vigilance s'impose. Elle doit redoubler si on utilise un rasoir à main afin d'éviter les coupures, les rougeurs et autres désagréments
(voir le comparatif entre rasoirs électriques et
mécaniques).
Comme aime à le préciser le maître barbier :
« Pour qu'un rasage soit parfait, comme pour l'amour, il faut prendre son temps ! »
Tout d'abord, celui de choisir les
produits qui conviennent le mieux à votre peau.
Côté rasage mécanique, on a le choix entre le traditionnel savon à barbe - qui se présente sous forme de bloc ou de crème - et toute une batterie de mousses à raser en aérosol, de gels ou encore d'huiles. Les
personnes présentant des problèmes de peau liés au rasage devront favoriser des produits contenant des agents antibactériens. Les puristes opteront plutôt pour le savon que l'on enduit à l'aide d'un blaireau - en poils de
martre - afin d'assouplir le poil et d'attendrir la peau.
« Une barbe bien savonnée est déjà à moitié rasée »,
dit le dicton des barbiers. Côté rasage électrique, il existe aussi des lotions
sous forme d'huiles ou de gels, destinées à préparer la peau et le poil. Ensuite, la lame peut enfin être actionnée.
Le maître barbier Alain, à l'oeuvre dans son salon parisien. Le rasage au coupe-chou va commencer.
Pour travailler dans les règles de l'art, le maître barbier préconise deux passages en opposition. Le premier passage s'effectue dans le sens du poil, des pattes vers les joues. Le second se fait à rebrousse-poil du cou vers le menton.
Avec le rasoir électrique, il faut de préférence attaquer le poil à contresens pour que la grille de protection dégage la tige pilaire le plus possible et puisse offrir à la lame un angle de coupe optimal.
Rasoir électrique ou mécanique ? A vous de trancher
Rasoir électrique
Pour

- Ce type de rasoir offre un énorme avantage : les lames sont protégées et on risque moins de se blesser.

- Il est particulièrement apprécié des hommes pressés pour sa rapidité.

- Il conviendrait également mieux aux personnes à peau sèche et facilement irritable.
« Ce type de rasage est moins agressif, car il attaque la peau de moins près »,
explique la
dermatologue Laurence Netter.

- Pour ceux qui redoutent l'effet d'échauffement, d'énormes progrès ont été réalisés (dans les années 50, les grilles avaient des pores de 300 microns contre 35 aujourd'hui). De plus, il existe des rasoirs électriques à
double lame qui permettent d'affiner le rendu.
Contre

- Le résultat n'est pas aussi impeccable qu'avec les rasoirs à lame. D'où son rejet par les experts et amoureux de la peau lisse :
« Le rasage électrique est ce que la musique militaire est à la
musique »,
s'insurge Alain, maître barbier parisien.

- Le rasage électrique est souvent jugé désagréable, voire douloureux. Selon Alain,
« il irrite davantage car il agit par frottement pour aller chercher le poil en profondeur ».
Un avis
que ne partagent pas les dermatologues interrogés.
Rasoir mécanique
Pour

- Adopté par 66 % des hommes, le rasoir à main est apprécié pour sa précision et son efficacité. Il permet d'obtenir un rendu doux et lisse.

-
« Grâce aux nouvelles technologies, il existe des rasoirs à 2, 3, 4 voire 5 lames, qui permettent d'obtenir au quotidien presque le même résultat qu'après un rasage traditionnel au
coupe-chou »,
reconnaît Alain, maître barbier. A condition de suivre le rituel du rasage dans les règles de l'art...
Contre

- Ceux qui n'ont pas l'habitude de l'utiliser risquent de se couper. En cas de coupure, stoppez la mini-hémorragie en appuyant sur la blessure et utilisez un stick hémostatique désinfectant pour mettre fin au saignement.

- Il est impossible de se raser hâtivement avec ce mode de rasage qui nécessite plus d'attention et de patience.

- Les personnes à peau sèche, très sensible au feu du rasage ou développant des problèmes de folliculite de la barbe
(voir encadré « A bas les boutons ! »),
doivent éviter de se
raser de trop près et de passer plusieurs fois la lame.

- Avec ce mode de rasage, il est impératif de changer les lames aussi souvent que nécessaire (soit tous les 4 rasages pour les personnes présentant une barbe très drue ou tous les 6 à 7 rasages
- maximum - pour les autres). Un budget de 100 euros par an en moyenne est nécessaire.
D'après Frédéric Cany, gérant de la boutique parisienne Planète rasoir, le clivage entre les rasoirs électriques d'un côté et mécaniques de l'autre tend à s'estomper car les fabricants veulent tous conquérir les deux marchés en
proposant des solutions intermédiaires. Ainsi le rasoir mécanique Mach 3 Power de Gillette se rapproche d'un rasoir électrique. Il s'utilise avec des piles et agit par micropulsations pour stimuler le redressement du poil. A l'inverse, le rasoir
électrique étanche Cool skin de Philips peut être utilisé sous la douche avec une crème. Une chance pour les indécis !
Apaiser le feu
Une fois l'opération de rasage terminée, le rituel continue. Pour resserrer les pores, il est conseillé de rincer son visage à l'eau chaude, puis à l'eau froide avant de passer le fameux bloc de pierre d'alun qui sert à apaiser le feu
du rasage et la sensation d'échauffement. En règle générale, mieux vaut éviter les solutions à base d'alcool.
« Les désinfectants alcooliques ont rendu tenace l'idée selon laquelle il fallait que ça pique pour bien purifier la
peau et resserrer les pores. Or ces produits ont tendance à déshydrater l'épiderme en créant des irritations supplémentaires »,
explique Laurence Netter.
« Il faut aussi éviter de tamponner la zone de rasage avec de l'eau de toilette »,
tient à souligner Catherine Laverdet. Le parfum provoque une photosensibilisation de la peau au soleil et
risque d'entraîner des tâches de dépigmentation durant l'été. En revanche, il est primordial d'appliquer un soin pour nourrir les couches supérieures de l'épiderme.
« En raison de l'eau de plus en plus calcaire, la majorité
des hommes ont la peau desséchée et négligent trop souvent de l'hydrater »,
déplore la dermatologue Laurence Netter.
Eviter les rougeurs
Pendant le rasage, deux à trois couches de cellules mortes sont éliminées à chaque fois. Les cellules neuves sont exposées précocement. Non parvenues à maturité, elles se déshydratent plus vite que la normale et peuvent provoquer
l'apparition de dartres - plaques rouges - une heure après le rasage. Il est donc urgent de régénérer la peau avec un après-rasage apaisant qui jouera en même temps le rôle de crème hydratante.
Dès 1950, l'arrivée des premiers après-rasages a entrouvert la porte de la cosmétique masculine. Aujourd'hui, les laboratoires rivalisent d'ingéniosité pour séduire jusqu'aux plus réfractaires des consommateurs. Actifs tenseurs, acides
de fruits, oligoéléments, vitamines bienfaisantes, principes antioxydants ont fait leur entrée dans les soins après-rasage qui se déclinent sous forme de gels, de lotions, de fluides ou de baumes. Chacun pourra choisir selon ses goûts. Peau douce
garantie.
A bas les boutons !
Après le rasage, l'irritation de la peau peut entraîner l'irruption de boutons rouges avec une tête de pus blanche appelés « pseudo folliculites de la barbe ». Comme l'explique la dermatologue Catherine
Laverdet, l'infection des follicules pileux peut être liée à l'acné (hyperactivité des glandes sébacées). Mais elle est souvent due à une mauvaise repousse du poil qui se fait en biais plutôt que perpendiculairement à la peau.
Les peaux noires sont particulièrement sujettes à ce problème. Le poil frisé a facilement tendance à s'incarner. Ne parvenant pas à traverser la couche cutanée, il crée une micro-inflammation. Souvent les boutons réapparaissent
chroniquement aux mêmes endroits. Il faut bien les désinfecter et parfois recourir à des gels antibiotiques afin de résorber l'infection.
Le meilleur conseil reste de ne pas se raser de trop près. Le rasage électrique, voire à la tondeuse, peut être une solution. Si les complications persistent, l'épilation définitive - par électrocoagulation ou par
laser - permet en 5 à 6 séances d'affaiblir le poil qui poussera moins dru et ne provoquera plus de boutons.
Une histoire de rasoirs
Que ce soit avec des dents de requin, des coquillages ou un silex, l'homme se rase depuis la nuit des temps. Impossible donc de dater l'origine de cette pratique ! Cependant plusieurs étapes ont marqué l'apparition des outils
que nous connaissons aujourd'hui. Fabriqué à Sheffield au XVIII
e
siècle, le premier rasoir en acier serait anglais.

- En 1895, King Camp Gillette - un Canadien d'origine française devenu Américain - brevette une autre invention : le rasoir de sûreté, un rasoir mécanique doté d'une double lame jetable et remplaçable. En
1901, la commercialisation commence à Boston. En un siècle, la marque parvient à conquérir plus d'un milliard de consommateurs. Et le progrès continue.

- En 1928, un colonel américain à la retraite, Jacob Schick, invente le rasoir électrique qui sera mis en vente dès 1931, puis le rasoir rotatif à une tête en 1939.

- En 1975, la société française Bic crée le rasoir jetable comprenant un manche et une demi-lame.

- En 1981, le Français Louis Charras parvient à incorporer de la mousse dans le rasoir.

- En 1998, Philips exploite ce principe en s'associant avec la marque de cosmétiques Nivéa pour commercialiser un rasoir électrique avec crème intégrée.
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