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La composition des textiles est en pleine mutation. Première tendance : le tout biologique. En plus de manger bio et de rouler aux biocarburants, il va bientôt falloir songer à s'habiller écolo en enfilant des chaussettes à base
de maïs fermenté ou en portant des tee-shirts élaborés à partir du sucre de la betterave. Les fibres synthétiques provenant de ressources pétrochimiques, comme la laine polaire, commencent à subir l'inflation liée à la flambée des cours du brut. Du
coup, les fabricants du textile cherchent à se tourner vers les énergies renouvelables pour modifier leurs matières premières.
Remplacer le pétrole par du maïs
La société américaine Nature Works a mis au point le procédé de fabrication de fibres baptisées
« Ingeo »,
basé sur la fermentation, la distillation et la polymérisation (union de plusieurs molécules) du sucre issu du maïs. Le sucre fermenté permet en
effet de créer des molécules d'acide lactique qui sont ensuite chauffées et traitées chimiquement afin de produire un polymère à base « d'acide polylactique » (PLA).
En réalité, l'idée n'est pas nouvelle. Le PLA est déjà utilisé depuis de nombreuses années en médecine pour des points de suture, des compresses ou des implants en raison de ces vertus biocompatibles et biodégradables. Désormais, on
cherche à industrialiser sa fabrication et à décliner son utilisation dans de nombreux domaines allant de l'ameublement à la mode. La fibre présente de nombreux avantages : elle retarde naturellement la flamme, résiste aux tâches et réagit bien
à l'humidité. Cependant certaines difficultés perdurent.
« Pour l'instant, les tissus en PLA posent encore des problèmes au niveau du lavage, du repassage ou de la teinture »,
fait observer le
professeur Eric Devaux, directeur du laboratoire Gemtex de l'Ecole nationale des arts et industries textiles (Ensait).
Un échantillon de fibre « Ingeo » à base de sucre de maïs.
Utiliser des matériaux naturels
Surfant sur la vague du « tout biologique », les industriels utilisent aussi les fibres naturelles - viscoses constituées à partir d'algues, de bambou ou de bois - comme un nouvel argument
commercial. Ils ont ainsi lancé un véritable phénomène de mode. La société Itoi Textile au Japon a créé un tissu à base de « Kumasasa », le bambou préféré des pandas. Comme l'explique la fiche technique de la
« matériothèque » parisienne
MatériO
:
« Cette herbe est tout d'abord transformée en papier, puis découpée en rubans de 3 km de long et enfin tordue pour élaborer le fil qui sera ensuite
tissé ».
La toile de bambou présente de nombreuses qualités : tissu respirant, antibactérien naturel, propriétés anti-odeurs et anti-UV... Il paraîtrait même que le bruit particulier de son froissement apaiserait celui qui le porte. Elle
permettrait en prime de réduire la déforestation.
« Beaucoup de textiles sont issus du bois mais les résineux mettent soixante ans à repousser et les feuillus un siècle. L'avantage du bambou est qu'il pousse très
vite »,
explique Elodie Ternaux, directrice de MatériO.
Un échantillon de tissu fabriqué à base de bambou « Kumasasa » dont le toucher est proche du lin.
Avec le même souci écologique, l'agence de recherche et de développement italienne
Grado Zero Espace
a également remis au goût du jour une technique ancestrale en fabricant un textile à partir de l'ortie. La plante est utilisée depuis des siècles dans l'élaboration du textile et de
la teinture.
« Toute l'armée de Napoléon était habillée en fil d'ortie »,
relate Elodie Ternaux. La fibre creuse de l'ortie offre des qualités très intéressantes en matière d'isolation thermique, grâce
à sa capacité à emprisonner de l'air dans le textile. Cette propriété naturelle peut être exploitée et maîtrisée par la torsion des fibres. Pour obtenir une étoffe estivale plus fraîche, il suffit ainsi de tordre les fibres en évacuant l'air qui
sert d'isolant. En outre, l'ortie offre une alternative intéressante aux cultures traditionnelles en tant que plante vivace dont la culture ne nécessite aucun produit polluant.
Une veste en fibres d'ortie réalisée par Grado Zero Espace.
Autre retour en force, le chanvre connaît un nouvel engouement. Cultivé en grande quantité en raison de sa capacité d'absorption du CO2, il pourrait trouver un champ d'applications prometteur dans le domaine du textile. Seul frein à son
éclosion, selon Eric Devaux,
« les propriétés de ces fibres naturelles sont malheureusement assez hétérogènes et peuvent varier d'une plante à l'autre. Cela complique le processus
d'industrialisation ».
Des sandales de plage biodégradables faites à partir de chanvre et de résine plastique.
Rendre les fibres intelligentes
Le 100 % bio n'est toutefois pas la seule voie d'expérimentation.
« Nos recherches s'orientent principalement dans deux directions : les fibres naturelles et les fibres
intelligentes »,
poursuit Elodie Ternaux. A Paris, MatériO met à la disposition des designers, des créateurs de mode et des industriels en général, une vaste base de données de matériaux innovants. Parmi les centaines
d'échantillons présentés dans ses locaux, on trouve quelques inédits...
Une étagère remplie d'échantillons de tissus novateurs présentés dans la matériothèque MatériO.
La société néerlandaise
Freedom of Creation
travaille par exemple dans le domaine du textile sans utiliser aucune fibre. Elle exploite une technologie de prototypage rapide, utilisée dans d'autres secteurs, afin de
polymériser de la poudre de polyamide au laser en la fixant point par point puis couche par couche. Les maillages ainsi obtenus peuvent ensuite servir à créer des vêtements.
Un maillage effectué par la société Freedom of Creation en utilisant la technologie de prototypage rapide.
Le tissage de fibres optiques est aussi une tendance très en vogue. Associé à de minuscules diodes électroluminescentes - petit composant électrique doté d'un bulbe émetteur de lumière qui n'a besoin que d'un très faible
courant électrique pour s'illuminer -, il permet d'obtenir des vêtements lumineux et de fabriquer des écrans souples. D'ici à une dizaine d'années, les fibres optiques devraient aussi servir à faire circuler directement des données. Pour
le moment, leur fragilité empêche de les rendre suffisamment fines pour obtenir une bonne définition d'image.
Un ensemble de fibres optiques tissées pour une utilisation dans la déco.
Enfin, le grand défi des industriels aujourd'hui est de parvenir à créer des vêtements de plus en plus techniques.
« L'objectif est de donner aux fibres des propriétés qu'elles n'ont pas en rajoutant des
nanocomposants dans les fibres »,
explique Eric Devaux. On peut d'ores et déjà obtenir des tissus qui restent toujours à la même température et créer des rideaux chauffants thermostatés. Ce genre d'applications implique
l'utilisation de fibres intégrant des charges conductrices. Le fabricant d'étiquettes allemand Rinke Etiketten a ainsi mis au point des textiles élaborés à partir de fils métalliques conducteurs permettant de tisser des circuits électriques.
Circuit électrique intégré au textile.
Cette technique permet aussi de tisser des codes-barres efficaces directement dans des étiquettes.
Exemple d'étiquette de vêtement avec code-barres intégré.
Les fibres conductrices sont généralement élaborées à partir de graphite. Mais des expériences (plus futuristes) sont également menées pour introduire des nanotubes de carbone dans des fibres composites. Ces composants conducteurs
- 50 000 fois plus fins qu'un cheveu et 100 fois plus solides qu'un câble d'acier - permettraient d'obtenir des tissages ultrarésistants et dotés d'une conductivité thermale ou électrique. Le principal problème
est de parvenir à produire des nanotubes indépendants afin de les distribuer de manière homogène dans les fibres. En outre, la miniaturisation des sources d'énergie pose toujours problème. Les batteries associées à ces technologies alourdissent
considérablement les vêtements et ralentissent l'innovation. En attendant, les
créateurs fourmillent d'idées
pour exploiter ces nouveaux matériaux.
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