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| Capable du meilleur comme du pire, le jeune joueur – tout juste 20 ans – est souvent dépassé par ses pensées. |
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| Malgré sa rage de vaincre, Gaël Monfils n’a pas dépassé le quatrième tour du tournoi de Roland-Garros cette année. |
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Gaël Monfils, « La Monf' », comme il aime à s'appeler, aurait tout pour plaire. En
showman
inné, il dispose d'un répertoire d'expressions détonantes pour
raconter son jeu spectaculaire. Ses plongeons sont
« hallucinogénissimes ».
Ses frappes flottent comme des « mites ». Et il adore tellement faire le grand écart d'un
bout à l'autre du terrain, glisser comme un dératé sur terre battue comme sur ciment - quitte un jour à se casser la cheville - qu'il s'est surnommé le
« Sliderman »
(« Le Glisseur »). A coup de bons mots et de
smashes
aériens, le
« Warrior »
- il
aime décidément angliciser ses qualités - s'est très rapidement bâti une réputation et une image au sein d'une élite qu'il est difficile d'intégrer.
« C'est le meilleur athlète que j'ai jamais rencontré »,
confiait, à l'occasion du tournoi de Roland-Garros, l'Américain James Blake, lui-même connu pour son jeu
« à la Robocop ». A l'allure d'une étoile filante, le champion du monde junior 2004 récolta, dans la foulée, le Prix du nouveau venu de l'année sur le circuit ATP, fondant du
400
e
rang mondial pour se hisser aux portes du Top 30, n°29 du tennis français avant d'en devenir l'éphémère leader en dix-huit mois.
Evidemment, cette cavalcade échevelée, matérialisée par les unes de journaux américains dès ses premières apparitions aux Etats-Unis, ne pouvait pas ne pas déboucher sur une effervescence totale.
« Il suscite un
engouement digne de celui provoqué à l'époque par Hingis ou Kournikova »,
rappelait Jorge Salked, directeur d'Octagon, l'agence de marketing alors lié au phénomène. Ce simple rappel des épisodes
précédents dans la course précoce à la célébrité aurait pu tenir lieu d'avertissement. Car si l'une (Hingis) était devenue n°1 mondiale, l'autre s'était évaporée dans les brumes d'une gloire toute
factice.
Un brin mythomane
Aujourd'hui, au moment même où il se sépare brutalement de son
coach,
Thierry Champion, Gaël Monfils est justement à mi-chemin entre ces deux destinées. Pur champion ou produit éphémère survendu ? Son
jeu bien trop défensif paraît toujours étriqué en regard de son potentiel.
« Mais pourquoi Gaël n'attaque-t-il pas plus ? »,
demande-t-on souvent à ses
coaches.
« On lui demande, mais il choisit de faire autre chose »,
rétorquent inlassablement les entraîneurs. Instable, équilibriste incontrôlable, le Français connaît des chutes de tension énormes au cours
d'une saison où, pour reprendre le fil de l'année 2006, il peut tout à la fois atteindre une finale à Doha ou une demi-finale de Masters Series à Rome, et s'éteindre totalement pendant cinq mois, passés à se compliquer la donne
sur un court.
Légèrement mythomane, il s'invente parfois des vies qui laissent perplexe son entourage, jamais persuadé non plus de la réalité des blessures qu'il invoque parfois. Pour tenter de rentrer en contact avec son poulain
baroque, Thierry Champion avait même un temps essayé de faire faire des rédactions à Monfils, sur un travail original d'introspection. En vain. Monfils reste tout à la fois ce gamin penaud qui reconnaît ses fautes et cet agaçant frimeur qui
ose notamment imaginer pouvoir frapper les esprits en rentrant sur un court de Roland-Garros capuché comme un boxeur.
« Edgy »
(« A la marge »), dirait-on en
anglais...
L'adolescent baigné par la culture américaine ne donne pas l'impression de jouer au tennis pour les bonnes raisons, et d'être prêt à respecter les codes qui balisent toutes les progressions dans ce sport.
Indifférent à l'histoire de ce jeu, il aurait tout aussi bien pu être danseur hip-hop, de nombreux observateurs gardent en mémoire ces soirées de transes où il travaille ses figures en
free style.
Ou basketteur, il ne
rechigne jamais, même contre l'avis de ses entraîneurs, à une petite session de
jump
ou de
street basket
pompeuse d'énergie pour s'encanailler avec la gloire.
Aux Bahamas ou en Floride ?
Quelle meilleure preuve de ce décalage perpétuel que le refus systématique de Guy Forget, capitaine en Coupe Davis, de retenir en équipe de France ce capricieux trublion largement sélectionnable au vu de son classement ?
« Guy ne me connaît pas »,
s'était un jour agacé Monfils. Mais qui peut prétendre connaître ce sympathique énergumène aux humeurs de girouette ?
Soumis à tellement d'influences, mais si peu armé pour les contrôler, il vient de changer d'écurie en signant chez IMG. Emblème du team Lagardère, il semble avoir quitté la structure en optant pour un nouvel entraîneur
(intérimaire ?), Pier Gautier. Son but serait de rejoindre aux Bahamas (!) l'ancien
coach
français de Roddick, Tarik Benhabilès, habile bonimenteur et businessman.
Certains l'annoncent prochainement pensionnaire dans l'Académie Bollettieri, en Floride. Assurément, la période est propice à bien des turbulences. Monfils s'en sortira-t-il indemne ?
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