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| Ce Kalbarri (un chardonnay 2004 d'Australie) est représentatif des vins du Nouveau Monde : un bon vin de cépage simple à identifier et au prix raisonnable (5,90 €). |
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| Les vins du Nouveau Monde représentent près de 3 % du chiffre d'affaires du site 1855, dirigé par Emeric Sauty de Chalon. |
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| Les pays du Nouveau Monde, notamment la Californie et l'Australie, commencent à faire du haut-de-gamme. A l'image de ce Penfofds Grange Shiraz 1996 à 214 € la bouteille. |
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Les vins dits du Nouveau Monde, c'est-à-dire produits hors d'Europe, connaissent une vogue sans précédent en France. Chez 1855, un site à la clientèle masculine haut de gamme, la part du chiffre d'affaires des vins étrangers est passée
de 1 % à plus de 5 % en deux ans. Et la moitié des vins concernés provient du Nouveau Monde. La situation est exactement semblable dans les magasins Nicolas, axés sur une clientèle plus grand public et composée pour moitié de femmes.
Les chiffres du marché international témoignent également de ce succès. Selon l'Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV), l'Afrique du Sud, l'Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, le Pérou, l'Uruguay, l'Australie et
la Nouvelle-Zélande représentent aujourd'hui 21,4 % du volume des exportations mondiales, contre 1,7 % dans les années 80. A eux seuls, ces pays concentreraient désormais 18,2 % de la production mondiale, hors jus et
moûts.
Des bons vins de cépage à trois euros
La force de ces vins, c'est avant tout des prix modestes, de 3 à 8 euros la bouteille chez la plupart des cavistes pour l'entrée et le milieu de gamme. Président de 1855, Emeric Sauty de Chalon souligne leur rapport
qualité-prix.
« Les pays du Nouveau Monde réussissent à faire de bons vins de cépage à 3 euros. Et, d'une année sur l'autre, la qualité est constante. En France, nous ne savons pas le faire. Parce que le coût de la main
d'oeuvre est plus élevé, parce que les aléas climatiques rendent les millésimes de qualité inégale, et peut-être aussi parce que la filière viticole manque de souplesse. »
Deuxième atout : leur facilité d'accès. Ce sont pour la plupart des vins de cépage, c'est-à-dire produits à partir d'une seule variété de raisin. Une notion simple à appréhender pour les néophytes et qui rencontre un succès
particulier auprès des jeunes et des femmes. A l'inverse, les viticulteurs français privilégient l'assemblage - plusieurs variétés de raisins - et la notion de terroir.
Pour Patrice Bourdier, responsable des ventes de Nicolas :
« Les vins du Nouveau Monde ont un rôle pédagogique. Ils aident les gens à entrer dans l'univers du vin. Les consommateurs peuvent ensuite monter en
gamme et évoluer en fonction de leurs connaissances. »
A partir du même cépage, un Australien exportera un Chardonnay 2004 sous le nom d'une marque, tandis qu'un Français vendra, par exemple, du Pouilly-Fuissé 2004
sous le nom d'un domaine. Difficile pour le consommateur de savoir que ce dernier provient de Bourgogne et qu'il est élaboré avec du chardonnay.
« Les vins français, c'est la haute couture »
Le succès des vins du Nouveau Monde réside aussi dans leur image. Le design des bouteilles est plus élaboré, avec des étiquettes plus colorées. Et les noms des pays lointains affichés sur les bouteilles sont autant d'invitations au
voyage pour des consommateurs sensibles à un certain exotisme.
Mais des voix s'élèvent également pour critiquer ces vins et l'influence qu'ils ont sur la production internationale. Le documentaire
Mondovino
(2004), de Jonathan Nossiter, a contribué à lancer la polémique sur
l'émergence d'un goût international standardisé et formaté, encouragé par la mondialisation. Ce reproche fait bondir Emeric Sauty de Chalon :
« Quand vous achetez un sac Zara, vous ne lui demandez pas d'avoir la
qualité d'un Vuitton ! Pour le vin, c'est pareil. Les vins français, c'est la haute couture, et les vins du Nouveau Monde, le prêt-à-porter. Ces derniers sont dans une logique industrielle et agro-alimentaire. L'uniformisation de leur goût est
indispensable pour qu'ils soient vendus au grand public. »
D'autres brandissent la menace d'une déréglementation des appellations qui inciteraient les viticulteurs français à suivre les méthodes douteuses de certains producteurs du Nouveau Monde. Le journaliste et spécialiste du vin Eric Conan
s'emportait récemment dans les colonnes de
l'Express
contre
« l'autorisation de "l'aromatisation aux copeaux de bois" pour faire comme les concurrents du Nouveau Monde, dont les méthodes
ouvrent d'ailleurs bien d'autres perspectives : aromatisation artificielle, coloration, irrigation des vignes, etc. ».
Alors, les Français doivent-ils trembler devant les vins du Nouveau Monde ?
« Non,
affirme Patrice Bourdier.
Les deux marchés sont complémentaires. La croissance du Nouveau Monde n'est
probablement pas terminée mais elle devrait rapidement trouver ses limites sur son créneau. Et les vins français ont des typicités et des complexités qui leur sont propres. Les grands vins de notre pays continuent à dominer le haut de
gamme. »
Même avec des sols et des climats exceptionnels, les vins du Nouveau Monde ne sont pas encore en mesure de rivaliser avec les siècles d'expérience et de culture de la vigne qui font la qualité des grands vins français.
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