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Ces milliardaires qui rachètent le foot anglais Arthur Devedjian

FOOTBALL

Ces milliardaires qui rachètent le foot anglais

Arthur Devedjian , 01men, le 27/09/2006 à 17h00
Chelsea, Manchester, peut-être Liverpool, le foot anglais attire les investisseurs étrangers. Mais ces milliardaires n'ont pas encore gagné les faveurs des supporters.
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 L'Américain Malcolm Glazer, propriétaire de Manchester United.
L'Américain Malcolm Glazer, propriétaire de Manchester United.
 Roman Abramovitch, onzième fortune mondiale et « boss » de Chelsea.
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 Randy Lerner, un Américain à la tête d'Aston Villa.
Randy Lerner, un Américain à la tête d'Aston Villa.
 Carlos Tevez et Javier Mascherano, deux nouvelles recrues trop chères pour West Ham ?
Carlos Tevez et Javier Mascherano, deux nouvelles recrues trop chères pour West Ham ?

Quand Malcom Glazer a racheté le club de Manchester United en 2005, pour plus d'un milliard d'euros, sa première action a été de le retirer de la cote boursière. Une telle décision lui a certes permis de conserver l'intégralité des profits générés par le club, mais surtout de rassurer les supporters en montrant qu'il n'avait pas l'intention de revendre le club ou d'en faire un pur objet de spéculation.

Pourtant, les fans de « ManU » sont sceptiques et ont massivement déploré l'arrivée de ce milliardaire, par ailleurs déjà propriétaire d'une équipe de football américain, les Tampa Bay Buccaneers. Sur le modèle de ce qui se passe dans les ligues professionnelles américaines (NFL, NBA), les supporters de Manchester redoutent, en effet, une augmentation drastique du prix des places qui aurait pour conséquence principale de faire du football un spectacle réservé aux populations les plus aisées.

La rumeur couve, aussi bien à Arsenal qu'à Manchester United, que le prix de l'abonnement annuel pourrait ainsi progressivement doubler d'ici à cinq ans. Propriétaire de l'équipe de football américain des Kansas City Chiefs et intéressé par le rachat d'un club anglais, Clark Hunt expliquait d'ailleurs à la BBC qu' « un des aspects incontournables du sport professionnel consiste à augmenter le prix des places »  !


La réticence des supporters

A Chelsea, Roman Abramovitch a transformé ce bon club de Londres en superpuissance du foot mondial. Bien qu'ayant investi plus de 600 millions d'euros sur trois années, il ne suscite qu'un enthousiasme discret de la part des supporters locaux. Ces derniers n'ont pourtant jamais eu une équipe aussi compétitive ! L'arrivée du milliardaire russe, onzième fortune mondiale, devrait donc être perçue comme une bénédiction, or il n'en est rien. Certains fans déplorent ainsi le manque de joueurs anglais dans l'équipe type. Seuls Franck Lampard, John Terry et Ashley Cole sont aujourd'hui des titulaires indiscutables des « Blues ».

Ce phénomène se retrouve également chez le voisin Arsenal, qui ne compte plus aucun Anglais dans son équipe type ! D'autres stigmatisent les railleries des supporters du camp d'en face qui ont rebaptisé leur club en « Chelski ». Et peu importe que le suffixe « -ski » ait plus une consonance polonaise que russe, l'essentiel est que ça sonne étranger. Parce que son propriétaire et la majorité de ses joueurs ne sont pas britanniques, Chelsea ne serait ainsi plus un représentant légitime du football anglais aux yeux de certains supporters.


Le meilleur championnat du monde ?

Les investissements massifs des Glazer, Abramovitch et autres Lerner ont pourtant largement contribué à faire de la Premiership le premier championnat du monde, devant ceux de l'Espagne et de l'Italie. Les clubs anglais sont, cette année, les mieux représentés en Ligue des champions et disposaient du premier contingent de joueurs sélectionnés lors de la dernière Coupe du monde. Avec près de 14 % des joueurs, 102 sur 736, la Premier League devançait la Bundesliga (10%), le Calcio (8 %), la Ligue 1 et la Liga (7 % chacun). Par ailleurs, ses droits télé sont les plus élevés d'Europe et la moyenne des salaires y est supérieure à celle de tous les autres championnats (cf. « Que vaut le salaire de Thuram ? »).

Ineum Consulting et Euromed évaluent aujourd'hui les revenus annuels du football britannique à deux milliards d'euros, soit plus du tiers du total généré par l'ensemble du football européen, contre moins d'un quart il y a dix ans. Alors, les nouveaux propriétaires des clubs de Premier League sont-ils juste des mécènes au grand coeur mal-aimés par dese supporters aigris ? Pas tout à fait !


Exporter le modèle américain

Si on compare le sport professionnel aux Etats-Unis et son équivalent en Europe, on constate que l'un est une industrie très profitable et l'autre repose sur un système économique mal établi. Les milliardaires tout récents fans de foot souhaiteraient sans doute qu'on applique à la Vieille Europe le modèle du Nouveau Monde. Aux Etats-Unis, un club bien géré en NBA ou en NFL vaut en moyenne 400 millions de dollars (320 millions d'euros) et peut rapporter les bonnes années plus de 40 millions de dollars (32 millions d'euros). Pour parvenir à ce niveau de rentabilité, il a fallu désindexer les revenus financiers des résultats sportifs.

Autrement dit, les Américains ont supprimé une partie de l'aléa sportif en mettant en place des ligues fermées, un encadrement strict des salaires basé sur un plafond salarial élevé mais prévisible et un respect absolu des engagements contractuels passés entre les joueurs et leurs clubs. Parallèlement, ils ont développé un merchandising très agressif à travers le monde entier qui a été un formidable moteur de croissance. Quand on sait que l'équipe du Heat de Miami, récent champion NBA, a été créée en 1988 pour « seulement » 37 millions de dollars (30 millions d'euros) et que moins de vingt ans plus tard, elle vaut plus de 350 millions de dollars (280 millions d'euros), on comprend mieux que l'ampleur de la plus-value aiguise les appétits dans le football européen.


Concilier sport et business ?

Pour les propriétaires des équipes de football américain, comme Malcom Glazer ou Robert Kraft, patron des New England Patriots, les perspectives de croissance financière sont relativement faibles. La NFL est un produit typiquement américain qui se vend mal dans le reste du monde. En revanche, le football est un sport mondial qui s'exporte très bien. Les Américains l'ont compris et souhaitent profiter de la notorieté mondiale de la Premier League pour accroître un peu plus leur fortune. Le championnat anglais a, en effet, l'avantage d'utiliser la langue la plus parlée dans le monde et d'être très implanté en Asie où les restes de l'Empire britannique ont permis de mettre en place des liens privilégiés avec des Etats en plein essor.

Cet aspect purement financier du sport n'empêche pas ces milliardaires d'être par ailleurs de réels passionnés. Avant d'être milliardaire, Robert Kraft était, par exemple, un grand fan des Patriots alors que son équipe végétait dans les profondeurs du classement. Il l'a rachetée et lui a fait gagner trois titres. La sincérité de sa passion pour ce sport ne saurait ainsi être remise en cause. Mais ce n'est pas tant le fait qu'il ose concilier sport et business que le risque d'en réserver l'accès aux populations les plus riches qui inquiète certains supporters. L'aspect populaire du sport est-il réellement compatible avec l'optimisation des profits que certains souhaitent en tirer ?

Quatre clubs anglais sous contrôle étranger ?

Des vingt clubs britanniques évoluant en Premier League, quatre sont récemment passés sous le contrôle d'un milliardaire non britannique.
En juin 2003, Roman Abramovitch, le célèbre oligarque russe, choisit de racheter Chelsea. En mai 2005, c'est au tour de Malcolm Glazer, milliardaire américain et propriétaire des Tampa Bay Buccaneers, de racheter Manchester United pour 1,1 milliard d'euros. En janvier 2006, Alexandre Gaydamak, fils du milliardaire controversé, Arcadi Gaydamak, devient copropriétaire de Portsmouth avant d'en devenir l'unique patron en septembre. En août 2006, Randy Lerner, également propriétaire des Cleveland Browns, s'empare d'Aston Villa pour 93 millions d'euros.
A ceux-là, s'ajoute le doute qui pèse sur l'identité du réel propriétaire de West Ham. Le club londonien a récemment fait l'acquisition de deux internationaux argentins, Tevez et Mascherano, un peu trop chers pour son budget. Les deux joueurs sont en fait la propriété de MSI, un fonds d'investissement britannique contrôlé par le milliardaire Kia Joorabchian, qui s'intéresserait de très près au club de West Ham et aurait fait une fleur aux « Hammers » en « prêtant » ces deux joueurs.
De son côté, Arsenal demeure la propriété de Danny Fiszman, Nina Bracewell-Smith et David Dein, mais ce dernier a toujours affirmé qu'il ne vendrait pas le club à moins de 800 millions d'euros. Pas sûr qu'il ne trouve pas preneur pour ce prix-là. Enfin, Liverpool, propriété de David Moore, serait l'une des principales cibles de la part de plusieurs investisseurs, au premier rang desquels on trouve Robert Kraft, propriétaire des New England Patriots, et le désormais ex-Premier ministre de Thaïlande, Thaskin Sinawatra.
D'autres clubs sont toujours sous le contrôle de milliardaires britanniques. C'est le cas de Newcastle United, propriété de Freddy Shepperd, et de Fulham, propriété de Mohammed Al Fayed. Enfin, Tottenham, l'un des clubs les plus prestigieux du foot anglais, appartient encore en large partie au milliardaire britannique Joseph Lewis, quinzième fortune de Grande-Bretagne.


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