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Dans le doute, abstiens-toi

Vous hésitez à exprimer votre opinion en public sur un vin ? C'est une bonne chose. La présence de fins connaisseurs vous condamne en effet au silence, à moins d'être prêt à soutenir les regards méprisants qui s'abattront sur vous
lorsque vous vous serez platement écrié :
« Il est bon ce vin ».
Tout est dans le geste

Votre mutisme passera pour de la modestie si vous arrivez à donner le change grâce à une attitude impeccable. Pour commencer, ne saisissez surtout pas votre verre à pleine main mais par le pied, ce qui évite de réchauffer le liquide.
Penchez ensuite le verre en le tenant éloigné pour observer la robe du vin : ce sera du plus bel effet.

Reste à passer deux étapes extrêmement délicates et sportives qui nécessitent de l'entraînement. La première consiste à faire tourner le vin avec fluidité dans votre verre sans en balancer la moitié sur vos voisins. Ce geste ayant pour
but de libérer les arômes, vous devez alors humer le vin durant de longues minutes avant de prendre un air inspiré. Ne vous relâchez pas, le plus dur reste à faire : il s'agit de prendre une petite gorgée et de la faire tournoyer dans la
bouche, tout en aspirant de l'air, dans la perspective là aussi, de libérer les arômes. Ne vous lancez pas dans cette dernière étape pour la première fois devant témoins car cette opération s'accompagne forcément de bruits inélégants lorsque vous
êtes novice.
Il faut raison garder

Si vous vous sentez en confiance et capable d'émettre votre opinion sans trembler, veillez à ne pas verser dans le lyrisme
(« ce nez, c'est un peu comme la croupe d'un cheval en sueur après la
course »),
ni dans l'hermétisme prétentieux
(« il éclate de fruits, mais la finale est un peu métallique et poussiéreuse... »).
Pour les arômes, ne cherchez pas à placer à tout
prix les plus originaux que vous aurez appris récemment : au lieu du qualificatif « pipi de chat », préférez le « buis » par exemple.
La femme tu respecteras

Fini l'époque où des assemblées de moustachus s'exclamaient
« quelle cuisse ! », « quel corsage ! »
et même
« quelle
fesse ! ».
Non seulement ces expressions sont
has been,
mais en plus elles peuvent vous faire passer pour un gros macho.
Méfie-toi des formules faciles

Si vous croyiez pouvoir briller facilement en plaçant négligemment que « les larmes » ou « les pleurs du vin sont abondants », c'est raté parce que ça fait oenologie de grand-papa. En
plus d'être désuètes, ces formules ne correspondent pas toujours à la réalité : les traces laissées sur les parois d'un verre ne sont pas forcément dues à l'alcool et au glycérol qui donnent les sensations de chaleur et de gras en bouche. Elles
dépendent aussi de la propreté du contenant.
Le vin sans l'ivresse

Etant du plus mauvais effet de rouler sous la table lors d'une dégustation, il est recommandé de ne pas boire l'intégralité des verres et d'en recracher un maximum. Pas de sentimentalisme, même avec un champagne ou un
croze-hermitage ! De toute façon, vous auriez fini au bout du sixième verre par confondre un beaujolais village avec un château-d'Yquem.
Le vin rouge avec le fromage tu banniras

Si vous voulez éviter les silences condescendants devant votre plateau de fromages, ne servez pas de vin rouge en accompagnement à un dîner avec des amis. Les oenologues considèrent que la plupart des vins rouges sont tués par le goût du
fromage, alors que l'acidité de beaucoup de vins blancs s'accorde parfaitement avec.
Pas de champagne au dessert

Sortir votre champagne au dessert vous expose potentiellement aux foudres des puristes. Ces derniers affirment en effet que le palais n'est plus en mesure de l'apprécier à la fin d'un repas comportant plusieurs autres vins. Suivant le type
de champagne, il vous reste l'option de le servir seul en apéritif ou, plus chic, d'accompagner tout le repas avec.
La snob attitude

Vous n'arrivez pas à retenir que 1975 fut une année exceptionnelle en Bordeaux et 2003 un millésime historique en Bourgogne ? Reposez-vous alors sur des valeurs sûres et snobs : ne vous laissez jamais aller au point de confier
que vous adorez tel ou tel rosé. Ils sont considérés comme des vins faciles à boire que les connaisseurs méprisent neuf fois sur dix. Evitez aussi les généralités du type
« le vin blanc me fait mal à la
tête »
si vous ne voulez pas passer pour une grand-mère.

N'hésitez pas également à montrer votre enthousiasme pour une bouteille de bordeaux ou de bourgogne. Quant aux côtes-du-rhône, elles auront droit à tout votre respect, mais il sera de bon ton de ne laisser filtrer qu'un intérêt mesuré
pour un vin de la Loire. La touche finale indispensable : une allusion au petit producteur en Languedoc que vous avez découvert cet été en faisant les caves pendant vos vacances...
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