01Men 1er portail masculin : Informations et articles
01men  >  Sport

Un Tour pour rien ?

Le Tour de France 2006 touche à sa fin. On va enfin pouvoir inscrire un nouveau nom à son palmarès. Mais le spectacle ne fut pas celui auquel on pouvait s'attendre et la Grande Boucle a perdu encore un peu de sa crédibilité.

Alors que le Tour de France 2006 a débuté sans réel enthousiasme, au terme de trois semaines de compétition, les passionnés de vélo sont partagés entre scepticisme et stupéfaction. Jusqu'à la dernière étape des Alpes et le retour incroyable de Landis dans le col de Jouplane, jamais, dans l'histoire du Tour, une édition n'aura été aussi décevante et, pour ainsi dire, anonyme. Habituellement, lorsque cette course mythique s'achève, on songe déjà à l'édition suivante. Mais cette année, les passionnés de vélo n'ont pas attendu les Champs-Elysées pour se projeter vers la Grande Boucle 2007. Et pour cause, les principaux héros de la plus prestigieuse course cycliste du monde étaient absents au départ.
Cette sensation de désenchantement généralisée s'explique par l'exclusion à la dernière minute d'Ivan Basso (CSC), Jan Ulrich (T-Mobile), Franscico Mancebo (AG2R) et Alexandre Vinokourov (Astana), respectivement deuxième, troisième, quatrième et cinquième du Tour 2005, en raison de soupçons de dopage dans l'affaire Fuentes. Après les sept années de domination de Lance Armstrong, on comprend que le public, avide de changement, rêvait d'autre chose... qu'un énième scandale.
Constater que l'histoire du cyclisme se fait rattraper par l'histoire du dopage n'est pas un scoop en soi. D'ailleurs, on savait déjà que le Colombien Santiago Botero (quatrième du général en 2002), l'Espagnol Roberto Heras (cinquième du Tour en 2000) et l'Américain Tyler Hamilton (quatrième du Tour en 2003), étaient tous suspendus et privés de départ pour des raisons similaires. Mais ce nouvel épisode a vraiment été vécu par tous comme un électrochoc sans précédent.
Jean-Marie Leblanc, le directeur du Tour de France, affirme pourtant que la compétition est ' meilleure ', sous-entendu plus saine. C'est la rengaine habituelle, désormais, pour tenter de faire avaler, à l'insu de son plein gré, la ' pilule ' au public. Une vérité qui laisse néanmoins incrédules beaucoup de personnes.

Dans l'ombre d'Armstrong

Trop peu de temps semble s'être écoulé après les révélations massives concernant le septuple vainqueur et retraité Lance Armstrong. Par conséquent, le public, désabusé, ne sait plus quoi penser de ce dernier coup dur pour le cyclisme. Où plutôt, nombreux sont ceux qui fustigent l'épreuve, en parlant d'énorme mascarade et d'injustice. Injustice envers un sport très populaire, mais toujours montré du doigt défavorablement. Injustice encore, parce que le sentiment qui l'emporte dans cette affaire, est qu'il y a deux poids deux mesures : Armstrong, convaincu de dopage, n'a fait l'objet d'aucune sanction (même à titre symbolique), tandis que les coureurs qui se sont vus récemment exclure du Tour n'étaient que présumés coupables, au moment des diverses prises de décision.
Après sept années d'hégémonie et de suspicion ?" en partie fondée ?" envers le recordman de la course, cette nouvelle édition cristallisait plus que jamais d'innombrables attentes. Mais tous les espoirs se sont réduits à une peau de chagrin en forme de liste noire de coureurs considérés par le Tour persona non grata. Dans ces conditions, comment ne pas admettre que la légende de la Grande Boucle a été sérieusement écornée ? Osons le dire, cette édition 2006 aura été un fiasco.
Que l'on en juge par la moyenne vertigineuse des étapes : Floyd Landis s'est hissé cette année en haut des 21 lacets mythiques de l'Alpe-d'Huez, en 38 minutes, soit à peine plus que Marco Pantani (36 min 40 s en 1995), le plus rapide de l'Histoire. Ce chiffre est effarant, pour ne pas dire ' stupéfiant ', car en définitive, lors de cette ascension, Landis et ses deux compagnons d'échappée, Garzelli et Kloden, ont fait jeu égal avec Miguel Indurain (38 min 04 s en 1995) et Richard Virenque (38 min 11 s en 1997), de la période EPO ' à gogo ' ! Conclusion : le cyclisme n'a pas vraiment changé depuis ces quinze dernières années. De quoi faire pâlir ceux qui essaient de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Une mise à plat nécessaire

Il est tragique de constater que les bons équipiers d'hier sont aujourd'hui en haut de l'affiche. Sans coureurs charismatiques, on a assisté à un spectacle pour le moins rocambolesque. Pour la première fois, la tunique jaune est devenu un fardeau dont il vaut mieux se débarrasser, par manque de courage pour le défendre. Floyd Landis, très critiqué pour ce manque de panache, s'est ensuite effondré dans le Col de la Toussuire en perdant d'un seul coup huit minutes sur ses rivaux. Mais le lendemain, à la faveur d'un contre la montre inimaginable, l'ancien équipier d'Armstrong a effectué un retour d'outre tombe imprévisible, digne de Claudio Chiappucci en 1992 à Sestrières. Son geste lui permettant ainsi d'effacer son opprobre et de prendre la plus sérieuse option pour le général !
Sans être nostalgique des épopées qui ont donné au cyclisme ses lettres de noblesse, que penser d'un Tour si ahurissant et dont l'Histoire ne retiendra sans doute aucun duel, en l'absence des anciens leaders ? A bien des égards, cette édition 2006, tout comme il est dit de certaines étapes, s'apparente à une transition. Mais la question reste entière de savoir vers quoi l'on s'achemine.
Ne pas s'interroger sur ce qui vient de se produire pour en tirer des leçons, serait en tout cas la meilleure façon de desservir l'avenir de ce sport. Il suffit d'observer les réactions ambivalentes du public pour s'apercevoir de la complexité du problème et des difficultés à surmonter. D'un côté, la foule aspire à un sport sain, et de l'autre, elle est malheureuse de voir ' ses ' champions mis à l'index. Cette schizophrénie est inédite parce qu'elle a atteint son paroxysme.
Finalement, la seule chance pour ce Tour 2006 de n'avoir pas eu lieu en vain, serait de déboucher sur une large réflexion éthique. Analyser en profondeur la question de l'héroïsme sportif, de la perfection morale et du rapport antagoniste qui les unit s'avère nécessaire pour tous les acteurs du cyclisme. Mais si l'exploit se réalise un jour de ce côté, ce sera alors une magnifique et très méritée revanche pour le vélo.
envoyer
par mail
imprimer
l'article
@01net sur
à lire aussi
SUR LES MÊMES THÈMES
Coupe Davis : ça va être chaud !
Enfin du grand spectacle à Bercy ?
Où va le tennis féminin ?
Federer, presque à l'ordinaire
Benneteau, presque héros
Inacceptable Domenech !
Quand les gardiens brillent
Le sport français en plein renouveau
Les quatre à battre et pourquoi ?
Laurent Blanc au pied du mur
Les plus grosses bagarres dans le sport
L'année du PSG ?
Le résistant Mahut
A quand un Français en jaune sur les Champs-Elysées ?
Les grands retournements de situation dans le football
Coupe Davis : et si on la gagnait ?
100 mètres : un duel attendu
Les sommes folles de la Coupe du monde 2010
Lequel ne voulez-vous plus voir ?
Magic Black Stars