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Marilyn aux roses, au lit, à la résille... Marylin nue et sans maquillage. En 1962, la vamp hollywoodienne accepte exceptionnellement de se laisser dévêtir le temps d'une séance de pose commanditée par la revue
Vogue.
Bert Stern tient l'objectif et le rêve de sa vie : photographier « Marilyn à l'état pur » comme il le révèlera en 1982 dans son livre
The Last Sitting.
Le résultat est
bouleversant. Trop pour l'époque. Le magazine craint le scandale et décide de ne pas publier cette première série de photographies.
Un second rendez-vous est organisé. La jeune femme pose cette fois-ci habillée. Mais le dialogue amoureux se poursuit aussi intimement entre le photographe et sa muse. Au total, 2 571 clichés témoignent aujourd'hui de cette
rencontre magique. Une rencontre d'autant plus émouvante qu'elle échappe un instant avec ivresse au destin tragique de l'actrice fétiche. Marilyn Monroe voit les planches contacts avant leur publication dans
Vogue
et marque
d'une croix rouge celles qui ne doivent pas figurer dans le reportage. Elle meurt un jour avant la sortie des images dans le magazine...
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Extraits du livre de Bert Stern The Last Sitting (*)
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« En 1962, je suis assez sûr de moi et de mon métier de photographe pour me mesurer à Marilyn. Je possède mon art de regarder autant qu'elle possède l'art d'être regardée.
Pourquoi attendre davantage ?
Je sais qu'elle n'accepte plus beaucoup de prises de vues
(...)
Ce que je veux, c'est Marilyn à l'état pur. Je ne vois pas ce que les vêtements viendraient faire dans l'histoire. Seulement, déshabiller Marilyn, c'est aussi simple que d'aller en Égypte pour renverser une pyramide dans un verre de Martini.
(...)
Je ne sais absolument pas comment je vais m'y prendre.
On verra plus tard. Pour l'instant, il faut savoir où je vais le faire. Marilyn a posé une condition : la séance aura lieu à Los Angeles.
La solution du studio de prises de vues à Hollywood est exclue. Marilyn ne voudra jamais se déshabiller dans un local loué.
Une chambre d'hôtel, en revanche...
J'y suis ! Le Bel-Air. Le Bel-Air est l'hôtel le plus secret, le plus protégé, le plus ravissant de Los Angeles.
(...)
Je suis prêt. Le champagne est au frais, un disque attend sur la platine et les foulards font une tache flamboyante sur le lit. Tout semble en suspens.
J'attends. Quatorze heures... Quinze heures. Seize. On m'a dit qu'elle était toujours en retard. Je ne m'inquiète pas.
(...)
Le téléphone sonne.
Je sursaute. La voix au bout du fil annonce :
- Mlle Monroe est là.
- Déjà ?
Je n'arrive pas à y croire. Il est dix-neuf heures. Elle n'a que cinq heures de retard.
(...)
- Et si on essayait sans maquillage ?
Elle me dévisage dans la glace.
- Sans maquillage ?
- Oh, peut-être un trait d'eyeliner.
- Et un peu de rouge à lèvres, ajoute-t-elle.
- Très peu, alors. Vous n'avez pas besoin de vous maquiller.
Elle se retourne vers moi avec un petit rire.
- Ah, vous voulez du créatif.
(...)
Elle demande :
- Et ma cicatrice ?
- Je ne savais pas que vous aviez une cicatrice, dis-je. D'où vient-elle ?
C'est bizarre. Je viens de photographier Liz Taylor à Rome et, justement, elle avait une cicatrice au cou.
- On m'a enlevé la vésicule biliaire il y a un peu plus d'un mois. Vous croyez que la cicatrice se verra ?
- Si elle se voit, on pourra toujours l'effacer en retouchant.
Certes, mais je n'ai pas effacé la cicatrice de Liz Taylor. Selon moi, moins on trafique une photographie et plus elle garde sa force.
(...)
La cicatrice est visible à présent. Du côté droit du ventre. Une imperfection qui ne fait que la rendre encore plus vulnérable et qui accentue le velouté de sa peau incroyablement lisse. Elle a la couleur du champagne, la couleur de l'albâtre.
(...)
Totalement séduit par cette alternance de noir et de blanc, de Marilyn dans l'ombre et la lumière, je prends une pellicule en noir et blanc. En regardant dans le viseur, je m'aperçois que le motif produirait un effet plus spectaculaire si le foulard était tendu à la verticale. Il lui descendrait des épaules aux genoux. Mais là, il faudrait qu'elle ait les jambes nues. Marilyn nue de la tête aux pieds.
(...)
Cette énergie du regard est merveilleuse. Quand on désire une femme aussi ardemment, et qu'elle est aussi près, on éprouve une sensation délicieuse du seul fait de ne pas la toucher, de laisser la lumière la caresser. L'appareil photo joue un rôle considérable, parce que l'amour traverse l'objectif. On le laisse pénétrer et clic ! On referme la boîte.
(...)
(*) livre paru en 1982 dont les extraits sont publiés dans le catalogue de l'exposition.
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Bert Stern, chasseur d'icônes
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Né à Brooklyn en 1929, Bert Stern a dix-sept ans lorsqu'il entre au service du courrier de Look. Il quitte cet hebdomadaire au bout de deux ans et demi pour prendre la direction artistique d'une petite revue et se lance dans la photographie.
Appelé sous les drapeaux en 1951, il réussit à partir au Japon avec l'équipe de cinéma de l'armée. Après son service militaire, Bert Stern réalise une campagne pour la vodka Smirnoff, qui innove radicalement en adoptant un style plus proche du reportage que de la publicité agressive.
Le photographe, désormais parmi les plus chers payés, à la tête d'un studio luxueusement équipé, signe coup sur coup les campagnes pour le parfum Arpège, les produits phytosanitaires Cyanamid, les appareils photo Canon, ainsi que pour Volkswagen, Pepsi-Cola, DuPont de Nemours, et bien d'autres encore.
Collaborateur attitré de Vogue, il obtient en 1962 deux longues séances de pose successives avec Marilyn, qu'il sera le dernier à avoir photographiée. Bert Stern essaie toutes sortes de techniques, depuis la sérigraphie jusqu'aux sorties d'imprimantes informatiques (refusées par Vogue). Dans les années 1960, il incarne le photographe mondain à qui tout réussit. En 1971, il décide de fermer son atelier new-yorkais pour se consacrer à la publicité.
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