2007, James Gray présentait en Compétition officielle La Nuit nous appartient, soit sept ans après The Yards. Le cinéphile s'attendait à patienter encore sept longues années avant de découvrir le prochain opus de Mr. Gray. Et quelle ne fut pas sa surprise, à notre cinéphile, d'apprendre que le maestro arpenterait cette année encore la Croisette, un nouveau film en bandoulière : Two Lovers.
Pour la première fois, le réalisateur s'écarte de l'univers mafieux qui servait de toiles de fond à ses trois premiers films, Little Odessa, The Yards et La Nuit nous appartient. Avec Two Lovers, il croise au large des côtes de la romance. Le réalisateur précipite le perturbé Leonard (Joaquin Phoenix) dans les bras de l'instable et un peu junkie Michelle (Gwyneth Paltrow), sa jolie voisine de palier. Les parents de Leonard, qui l'hébergent après un passage en HP, le verraient bien avec la douce Sandra, une chic fille propre sur elle qui, ça tombe bien, est amoureuse de leur rejeton. Pour Leonard, seule compte Michelle. Mais la belle vit une histoire torride et passionnée avec un homme marié... La trame pourrait être celle d'une comédie romantique ou d'un drame sentimental. Two Lovers emprunte aux deux genres, passant de l'un à l'autre dans la même scène, quitte à déstabiliser le spectateur. En revanche, sur la forme, Gray se montre beaucoup plus constant. Le film est sublime de bout en bout. La photographie est somptueuse (risquons une comparaison picturale : Hammershoi), la mise en scène est majestueuse. Si le monsieur décroche le prix de la mise en scène, personne ne trouverait à redire. Dieu que tout ceci est beau ! On en oublierait presque le scénario...
Le problème c'est qu'on ne l'oublie pas tout à fait. Parce que, il faut bien le reconnaître, le récit et la construction des personnages pêchent vraiment. La romance manque d'intérêt et d'ampleur. Le spectateur, qui accorde un crédit immense à Gray, se prend plusieurs fois à espérer que les pistes ouvertes par le réalisateur déboucheront sur des chemins riches, des terres fertiles. Il n'en sera rien. Quant aux personnages, si Leonard est un être complexe, paradoxal et attachant, il le doit surtout à son interprète, l'impérial Joaquin Phoenix (un habitué du cinéma de Gray). Les femmes, elles, sont moins gâtées. Rien de saillant chez elles. La mère, censée être aussi discrète qu'essentielle, est ainsi sacrifiée. Pauvre Isabella Rossellini. Gwyneth Paltrow et Vinessa Shaw ne déméritent pas moins. Le cinéphile nostalgique se souvient alors avec émotion de Charlize Theron et Ellen Burstyn (The Yards) ou de Vanessa Redgrave (Little Odessa), des personnages féminines d'une autre trempe.
Vinz
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