En dépit de la fatigue déjà accumulée et de l'horaire très matinal, on s'est levé sans aucune difficulté pour assister à la projection du Silence de Lorna, le nouveau film des frères Dardenne. C'est le genre de privilège dont on ne se lasse pas. En sortant de la salle, même topo : on a beau se dire que ce nouveau long métrage rappelle furieusement les précédents, on est encore une fois ému, épaté, emballé. Le regard si précieux qu'ont ces deux-là sur leurs semblables, ça non plus on ne s'en lasse pas.
Lorna, c'est une jeune Albanaise qui, avec la complicité du redoutable Fabio, a contracté un mariage blanc avec Claudy, un junkie, pour obtenir la nationalité belge, et doit à présent épouser un maffieux russe prêt à donner beaucoup d'argent. Pour accélérer les choses, Fabio veut tuer Claudy, premier mari devenu inutile... Jusqu'où accepte-t-on d'instrumentaliser autrui –et soi-même ? Jusqu'à quel point l'humain peut-il être une monnaie d'échange ? Comme l'obstinée Rosetta ou le père immature de L'Enfant, Lorna va éprouver les limites de sa cruauté.
Des personnages confrontés à un conflit moral, une société dans laquelle tout se négocie, une attention portée au sort des immigrés... Pas de doute, on est bien chez les Dardenne. Du côté de la mise en scène, on note cependant une évolution, amorcée avec L'Enfant : la caméra est toujours aux aguets, mais pas aussi mobile qu'avant, à l'image de Lorna, jeune femme au regard inquiet qui semble avoir vu très tôt que la situation lui échappait, et ne sait plus comment sauver la mise -elle dont l'un des passe-temps favoris est de jouer aux cartes avec Claudy. Lorna, personnage qui demeurera opaque jusqu'à une fin faussement apaisée, Lorna est interprétée par la remarquable Arta Dobroshi. On saura à la fin de la semaine si son Silence sera (Palme) d'or.
JD
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