Choisir pour l'ouverture du plus grand festival de cinéma un film intitulé Blindness, dans lequel les individus sont mystérieusement privés de l'usage de la vue, voilà une idée pour le moins curieuse. Histoire de rassurer tout le monde, les sélectionneurs ont programmé samedi le film du couple Joana Hadjithomas-Khalil Joreige, Je veux voir, dans la section bien nommée Un Certain Regard... Blague à part, la crainte du festivalier est justement de ne pas avoir la possibilité de " tout voir ". Les projections ont beau se tenir sur un périmètre restreint, la frustration est obligatoire, tant l'offre est pléthorique, entre la Sélection Officielle et les sections parallèles, et ce même si Thierry Frémaux a tenu à composer cette année un programme légèrement resserré : moins de Séances spéciales, pas de Leçons d'acteur ni de compositeur comme lors des éditions précédentes.
Stars en vue
A Cannes, donc, on ne sait pas où donner du regard, surtout que le spectacle est à l'écran, mais aussi sur la Croisette : les uns zieutent les stars, les autres matent les starlettes, d'autres encore, à la recherche d'une invitation à une projo ou à une soirée, épient les allées et venues des accrédités, espérant tomber sur celui ou celle qui leur donnera un précieux sésame. N'oublions pas tous ceux qui sont là non pour voir mais pour être vus – Cannes, festival des m'as-tu-vu... Les vraies stars, celles que chacun espère apercevoir, sont plutôt du genre à vouloir passer incognito. On apprend ainsi que Sean Penn, président du jury qui en a vu d'autres, refuse de poser pour les photographes "Mardi soir, pour le dîner de prise de contact réunissant les jurés à l'hôtel Martinez, [il] a emprunté une porte dérobée pour échapper aux flashes", précise l'AFP. Caprice de star ? A voir...
Troubles oculaires
Mais revenons à notre film d'ouverture : la presse a réservé ce matin un accueil frisquet au thriller de Fernando Meirelles. Au-delà de ses qualités et défauts, le film, qui montre des individus atteints de cécité, mis en quarantaine dans un hôpital, aurait-il éveillé des angoisses oculaires chez les journalistes ? Pensez donc : enfermés une partie de la journée dans des salles de projo, certains (par exemple la rédac' d'AlloCiné...) passent tout le reste du temps ou presque dans des bureaux situés au sous-sol du Palais, face à des murs désespérément blancs, loin de la lumière du jour. La peur de tourner de l'oeil ? On a croisé aujourd'hui un collègue qui semble déjà atteint d'un étrange trouble : ce reporter, peut-être venu de l'Est, en tout cas passablement à l'ouest, demandait à une consoeur : " Alors, une deuxième Palme d'or pour le cinéma roumain cette année ? ". Or, un rapide coup d'oeil sur la sélection permet de constater qu'aucun film roumain n'est en compétition cette année ! Ca promet... Les journalistes ont néanmoins des circonstances atténuantes : ils doivent faire face à des changements forcément perturbants... Par exemple, jusqu'à cette année, pour assister à la projection d'un film de la section Un Certain regard, il fallait monter des marches bleues, ce qui évitait toute confusion avec les films de la compétition, associés aux fameuses marches rouges. C'était si simple... Et patatras, voilà que cette année les marches d'Un Certain Regard sont elles aussi passées au rouge ! Cannes guetté par la routine ? Mon oeil...
JD
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