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Séparation et retrouvailles Simon Goddard

LÉGENDE DU ROCK

Séparation et retrouvailles

Simon Goddard , 01men., le 02/04/2007 à 14h05
Pris par la promotion de l'album « Heroes », David Bowie s'éloigne d'Iggy Pop qui sombre de nouveau dans l'héroïne.
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 Iggy Pop récolte les fruits de sa collaboration avec Bowie en renouant avec le succès avec « The Idiot » et « Lust for Life ». Séparé de son ange gardien, il sombre dans l'héroïne et connaît de nouveau la désaffection du public à la fin des années 1970.
Iggy Pop récolte les fruits de sa collaboration avec Bowie en renouant avec le succès avec « The Idiot » et « Lust for Life ». Séparé de son ange gardien, il sombre dans l'héroïne et connaît de nouveau la désaffection du public à la fin des années 1970.

L'album Heroes fut enregistré à Hansa, un studio situé en face du mur de Berlin où Hitler avait l'habitude de faire défiler ses troupes. Le lieu est devenu un élément pivot du titre phare de l'album (Heroes...). Laissé seul dans le studio pour y terminer ses paroles, Bowie a regardé par la fenêtre en direction d'un mirador et a vu, au pied du mur, Visconti enlacer la chanteuse Antonia Maas. Ce qui l'inspira pour écrire « I can remember standing by the wall/And the guns shot above our heads/And we kissed, as though nothing could fall ».

Mélangeant romantisme et politique, Bowie confectionnait là un hymne rock and roll pour le commun des mortels (repris depuis par beaucoup d'artistes, de Nico à Oasis), même si une certaine ironie révèle un côté plus sombre lorsqu'on cherche à lire entre les lignes.

« C'est une belle chanson, selon Brian Eno qui l'a coécrite, mais terriblement mélancolique en même temps. Nous pouvons être des héros, mais nous savons maintenant que quelques choses manquent, certaines choses sont perdues. »

Dans la hâte de donner une suite à The Idiot et à Low, David et Iggy sont malgré eux forcés de se séparer. Lust for Life impliquait une nouvelle tournée pour Iggy Pop mais la promotion de Heroes ne permettait pas à Bowie de le suivre. Au cour d'un passage à Paris, la perte de la sécurité affective que Bowie pouvait lui procurer était mise en évidence au cour d'une interview télévisée spectaculaire où il se montrait particulièrement perturbé. Portant des lunettes, du rouge à lèvres et marmonnant des paroles mélangeant le français, l'allemand et l'anglais, Iggy révélait la tension qui l'habitait et ses vingt kilomètres de marche quotidienne en direct devant les caméras.

Malheureusement, son espoir de voir Lust For Life déferler sur le monde comme un ouragan s'est révélé être une erreur. Il lui faudra attendre presque vingt ans avant que sa chanson titre reçoivent les honneurs en étant reprise, en 1996, dans la bande originale du film Trainspotting. Cette année-là, il quitte alors Berlin pour retourner au Etats-Unis où, privé de la touche magique de Bowie, ses quatre albums se vendent de plus en plus mal. En 1983, les albums d'Iggy ne sont plus distribués, il est retourné vers l'héroïne, et en est réduit à recycler les vieux titres de son catalogue devant de jeunes punk hébétés par l'alcool, au cours de concerts de plus en plus petits et rares.

Saisissant contraste, Heroes renforce la transformation de Bowie, qui passe du statut de victime de la cocaïne et de Los Angeles à celui d'une idole-pop européenne et sobre. A la faveur du succès commercial de Low, il planifie son agenda pour profiter d'une tendance positive qu'il espère voir se prolonger. Il sort Lodger en 1979 (le troisième album de sa trilogie berlinoise, enregistré en Suisse et à New York) et en 1980 Scary Monsters. L'attitude de Bowie vis-à-vis du fascisme connait également un spectaculaire changement d'orientation.

Sept ans après que Bowie et Iggy sont arrivés dans cette ville, leurs routes continuent de s'éloigner. Alors qu'Iggy envisage le suicide dans un taudis de Brooklyn, Bowie négocie un contrat estimé à 20 millions de dollars avec EMI. Il est en passe de devenir, selon ses propres termes, « un artiste accepté, qui commence à attirer les gens qui achètent les albums de Phil Collins »». La boucle s'est finalement bouclée de manière délicieuse.

En 1983, le titre China Girl présent sur l'album de Bowie Let's Dance devient un des plus grands succès de la décennie. Coécrite par Iggy, elle figurait sous une forme moins pop dans son album The Idiot. La version de Bowie allait assurer à Iggy des royalties qui lui changeront la vie. La plupart des gens y voient une chanson destinée à un amour exotique. Ils se trompent. En vérité, ce titre est une métaphore de l'attrait d'Iggy Pop pour sa drogue de prédilection, « China white », (« I'm a mess without my China girl »). Bowie reprenant la chanson mot pour mot sans même censurer les allusions à ses sympathies fascistes d'alors (« Visions of swastikas in my head/Plans for everyone »).

Ils étaient partis à Berlin pour se défaire de leurs addictions et sauver leur équilibre mental. Et finalement, leur escapade aura été payante avec une chanson entachée de références nazies ayant pour sujet l'héroïne et qui aura fait d'Iggy un homme riche. Et de Bowie un homme encore plus riche. Comme ce dernier pourrait dire « Quelle effroyable ironie... ».

Voir Iggy Pop face à Mourousi en 1977

Voir le reportage de la Raï sur David Bowie aux Hensa Studios de Berlin en 1977

Voir David Bowie interprétant « Heroes » en 1977


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