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SOMMAIRE
David Bowie borderline
La période berlinoise
Séparation et retrouvailles
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1976. Six mois avant la sortie de son album monument
Low,
David Bowie prend tellement de cocaïne qu'il est persuadé que des esprits maléfiques lui volent son urine. Son partenaire de débauche, Iggy Pop, sort
tout juste d'un hôpital psychiatrique. Leur exil à Berlin ne fera pas que les sauver. Il leur permettra d'inventer un nouveau futur pour le rock.
Le « Thin White Duke »» n'était pas seul. Iggy Pop, qui ne le quittait plus que très rarement depuis quelques semaines, était également dans cette chambre d'hôtel new-yorkaise portant sur
lui un sac avec plus de 200 grammes de marijuana, accompagné d'une groupie et d'un membre de la sécurité pique-assiette...
Aucun de ceux qui étaient présents dans cette pièce n'était conscient qu'il y avait là suffisamment d'herbe pour qu'ils soient tous condamnés à quinze ans de prison, et que quatre officiers de la police des
moeurs étaient en planque à l'extérieur depuis une heure, à attendre le moment le plus opportun pour passer à l'action.
« Quelle sombre ironie...,
déclara plus tard Bowie.
Moi... tomber pour de l'herbe... »
Il ne plaisantait pas. Si les policiers qui les avaient
arrêtés avaient eu la moindre idée de leurs habitudes et de leur addiction pour d'autres stupéfiants de première classe, il est peu probable qu'ils les auraient laissés quitter la ville en échange, seulement, d'une maigre
caution de deux milles dollars chacun.
Bowie avait mis plus de dix ans et presque autant de transformations stylistiques pour atteindre ce phénoménal niveau de popularité. Après avoir laissé tomber les maquillages
« glam rock »
de Ziggy Stardust et d'Alladin Sane, en 1975, il avait finalement cassé la baraque aux Etats-Unis avec la
« plastic soul »
de l'album
Young Americans
et
Fame,
son single numéro 1 aux hit-parades. Mais finalement, être ce David Bowie-là l'avait conduit à deux doigts de la folie.
Esclave des deux cents dollars de cocaïne qu'il consommait quotidiennement, caché en permanence derrière les rideaux de sa retraite de Los Angeles, il subsistait d'une alimentation composée exclusivement de poivrons
rouges et verts lavés préalablement avec du lait. Préoccupé par les enseignements des écrits sataniques d'Aleister Crownley
[écrivain britannique spécialisé dans l'occultisme, mort en 1947, NDLR],
mal nourri
et paranoïaque, il gribouillait des pentagrammes sur ses tapis et mettait son urine au réfrigérateur pour la protéger des esprits maléfiques.
Un tel comportement suggérait une véritable détermination à appuyer sur le bouton de l'autodestruction de tout ce qu'il avait accompli. Et dans cet état, Bowie avait trouvé un allié idéal en la personne d'Iggy Pop.
Alors que Bowie était occupé à conquérir l'Amérique, en 1975, il voyait le fondateur des Stooges échouer à vaincre son addiction à l'héroïne, même après avoir été admis à sa propre demande dans un institut de neuropsychiatrie à
Los Angeles.
Au beau milieu d'une réalité digne de
Vol au-dessus d'un nid de coucou,
avec des patients traités pour schizophrénie ou pour des dégâts psychologiques, liés à un abus de LSD, persuadés de pouvoir
voler. Iggy a rejoint ce lieu pour
« être quelque part où je ne pouvais rien me procurer ».
Il ne pouvait pas compter sur son vieil ami Bowie, producteur en 1973 de
Raw Power,
d'Iggy & The Stooges, pour venir lui rendre visite, parler de sa situation délicate et lui faire la surprise d'amener les diverses substances qu'il essayait d'éviter. Avec le temps, Iggy a accepté
l'invitation de Bowie à venir le rejoindre sur la route, bien que toutes les chances puissent être réunies de nouveau autour d'eux pour accélérer une autre descente aux enfers.
Mais au lieu de cela, ils étaient sur le point de créer quelques-uns des albums de rock les plus visionnaires des trente années qui allaient suivre.
Low
, de David Bowie (un précurseur dans les années 1970 des
expérimentations qu'a fait Radiohead sur
Kid A),
Heroes
(la raison pour laquelle U2 a souhaité travailler avec Brian Eno, ils voulaient enregistrer
Achtung Baby
dans le même
studio) et
The Idiot,
d'Iggy Pop (le dernier disque que Ian Curtis, chanteur et guitariste du groupe Joy Division, aurait écouté avant de se pendre). Mais pour cela, ils avaient besoin de laisser la folie de
l'Amérique derrière eux, pour en trouver une différente, à près de 6 000 kilomètres de là, à Berlin.
Plusieurs raisons expliquent le choix de Bowie d'aller se refugier à Berlin en cet été 1976. L'une d'elles est son intérêt, douteux et souvent sujet à controverse dans la presse, pour l'histoire
militaire de cette ville. Le salut hitlérien qu'il avait lancé à ses fans dans la gare Victoria à Londres quelques mois plus tôt avait été peut-être mal interprété par beaucoup de personnes, mais il n'y avait en revanche aucune
équivoque lorsqu'il déclarait à un journaliste que Hitler était une
« rock star ».
Sa femme d'alors, Angie
[Angela Bowie, NDLR],
dont il était séparé, n'a pas réussi à l'attirer vers le refuge qu'aurait pu constituer une nouvelle demeure située en Suisse près du Lac
Léman. Après cinq années d'un mariage « ouvert... », leur relation s'était rapidement détériorée. Cela n'était pas très surprenant, sachant par exemple que quelques mois plus tôt, il lui avait
téléphoné en hurlant qu'il était retenu en otage par des sorcières qui avaient l'intention de mettre son sperme en lieu sûr, dans le but de concevoir l'Antéchrist (en l'occurrence deux groupies qu'il avait invitées
dans sa chambre d'hôtel).
Ajoutant les insultes aux injures, Bowie allait donc mettre fin à son mariage en allant traîner à Berlin avec un bon à rien, criblé de dettes.
« Bowie était mon dernier rempart,
confirma Iggy Pop, en
ajoutant
« Je pense qu'il me respectait car j'avais décidé moi-même un jour de me faire interner dans un asile de fous. »
De son côté, Bowie n'a jamais fait secret de son admiration
pour Iggy Pop, qui lui avait fourni la
« base génétique
» de Ziggy Stardust ainsi qu'une des ses plus récentes chansons d'alors,
TVC15
(inspirée d'un récit
d'Iggy Pop expliquant comment, sous l'effet de la drogue, il avait vu un jour son téléviseur dévorer sa petite amie...). A ses yeux, Iggy était
« un mélange de James Dean et de Lenny Bruce
[acteur
comique américain, célèbre dans les années 1960 et toxicomane notoire, NDLR].
Lorsqu'il se met à improviser, personne ne lui arrive à la cheville. C'est du jazz verbal mec ! ».
Ceux qui ont travaillé aux côtés des deux hommes comprenaient très bien leur attraction mutuelle. Pour Ricky Gardiner, guitariste sur l'album de Bowie
Low
mais aussi inventeur de l'inoubliable riff de
The Passenger,
d'Iggy Pop. Tous les deux
« s'ingéniaient toujours à essayer de découvrir le secret de l'autre ».
Tony Visconty, producteur de
Low
et de
Heroes,
admettait volontiers qu'Iggy était une source d'inspiration pour Bowie.
« David est comme un perpétuel étudiant. Il observe toujours les choses pour
tenter de comprendre comment elles fonctionnent, Iggy inclus. »
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>>> La période berlinoise
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