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Taxés à tort d'oisiveté malveillante, les adeptes de la sieste ne somnolent plus en catimini dans leur voiture ou dans les toilettes de l'entreprise. S'appuyant sur de récents travaux scientifiques, ils affirment,
haut et fort, entre deux sommes, que la sieste est nécessaire au bon développement de l'activité humaine dans un cadre professionnel. En clair, « roupiller » vingt minutes après le déjeuner augmente considérablement
le rendement.
Un constat qui intéresse au plus haut point certains grands patrons français, même si ces derniers accusent un retard conséquent vis-à-vis de l'étranger. En vue de « soutenir moralement » la sieste en
mobilisant les adeptes de cette pause souveraine, l'expert du sommeil Bruno Comby a lancé une cyber-pétition en sein de son institut.
http://www.comby.org/signat/sigsiefr.htm
Dans les années 90, Apple France était l'une des premières entreprises de l'Hexagone à aménager une salle de relaxation. Depuis, d'autres sociétés comme Lelblon-Delienne - spécialisée dans la fabrication de produits en
résine - encouragent la sieste afin d'améliorer la productivité et la qualité du travail minutieux des employés. Quelques chaises longues ont également fait leur apparition dans le mobilier de bureau. Par exemple, au sein de l'agence de
publicité BETC (filiale de Euro RSCG). Les initiatives de ce genre se multiplient : invitation de masseurs pour des séances de relaxation, aménagement de salles de repos, conférences organisées sur le sommeil... Pourtant, les entreprises
restent discrètes à ce sujet
(lire notre encadré)
.
La France a besoin de repos
Dans l'Hexagone, la moyenne nationale est de 7,5 à 8 heures de sommeil explique Isabelle Arnulf, responsable des pathologies du sommeil à l'hôpital Pitié-Salpêtrière.
« Ce temps est héréditaire : il peut
osciller entre moins de 6 heures et plus de 9 heures »
. Si ce rythme naturel n'est pas respecté, la fatigue risque d'entraîner une prise de poids, une baisse de l'immunité et une diminution des capacités d'apprentissage
et de mémoire.
Or, les résultats d'une enquête menée par TNS Healthcare, à l'occasion de la 6e journée nationale du sommeil du 15 mars 2006, révèlent que 28 % des Français souffrent de troubles du sommeil. Parmi ces dix millions de
personnes, 45 % se plaignent de manque d'énergie et de dynamisme au travail et 29 % de problèmes de concentration.
Pour y remédier, le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a présenté le 29 janvier 2007 un programme d'action sur le sommeil. D'or et déjà, un « passeport pour le sommeil » est disponible sur le site
du ministère de la Santé afin d'expliquer toutes les règles du « bien dormir »
http://www.sante.gouv.fr
Et, parmi les mesures à mettre en place, le Ministre déclarait «
Pourquoi pas une sieste au travail ? La question ne doit pas être taboue. C'est pourquoi, je souhaite lancer une expérimentation sur ce
sujet avec des entreprises volontaires (...) ; si elle est concluante, je n'hésiterai pas à promouvoir ce concept »
.
Comme l'indique Isabelle Arnulf, présente lors de la conférence de presse, des entreprises se sont portées volontaires, notamment dans le domaine de la bande dessinée et des transports.
« Mais elles ne
souhaitent pas communiquer. Dans le pays, la sieste continue à faire rire. Pourtant c'est le grand secret de la performance »
. Un silence qui prouve bien que le tabou n'est pas prêt de s'endormir...
Une sieste constitutionnelle ?
Que dire alors de l'article 49 de la Constitution chinoise de 1949 qui revendique le droit pour chaque travailleur à la sieste ? Les Japonais et les Américains connaissent si bien ses vertus (pour augmenter
l'efficacité des employés) qu'ils mettent à disposition des pièces isolées et insonorisées à cet effet.
« Les pays asiatiques sont les champions de la micro sieste. Pendant une réunion au Japon, il n'est pas rare de voir l'un des salariés s'assoupir un instant. Cela est entré dans les moeurs et ce n'est pas mal vu
par le patron. Personne n'y prête attention »,
raconte Bruno Comby en s'appuyant sur sa propre expérience. Aux Etats-Unis, la campagne WUA (Wake up America), amorcée en 1994 puis relancée en 2004, pour lutter et sensibiliser
l'opinion contre les troubles du sommeil a permis d'améliorer considérablement les connaissances dans le domaine.
Pour le personnel des hôpitaux américains, la sieste est devenue réglementaire. Chez nos voisins espagnols et italiens, elle fait partie intégrante de la vie culturelle. Là-bas, il n'est pas question de considérer ce
« creux méridien » comme un luxe inacceptable. Cette dernière définition se retrouve beaucoup dans les pays anglo-saxons et nordiques, car il existe encore des personnes qui ne connaissent pas les délices insoupçonnés de ce
farniente diurne.
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