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La consécration du manga Amélie Charnay

BANDE DESSINÉE

La consécration du manga

Amélie Charnay , 01men., le 25/01/2007 à 16h10
En vedette au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême 2007, la BD japonaise ne cesse de gagner en audience sur le marché français. Enquête sur les clés d'un succès.
PHOTOS
Le Festival international de la BD d'Angoulême consacre aux mangas, pour la première fois cette année, un espace de 500m² avec des expositions, des débats et des projections.
Glénat manga a fait un carton en publiant Dragon Ball dès 1992. Porté par le succès de l'adaptation télévisée, le manga s'est vendu à ce jour à 20 millions d'exemplaires en France.
Animeland est l'un des trois magazines spécialisés sur le sujet. Une véritable communauté s'est formée autour du manga avec de nombreux sites et blogs sur Internet.
Avec Step up Love Story, Pika Edition s'est lancé dans le guide d'éducation sexuelle. Un moyen de toucher un public plus adulte que le cœur du lectorat manga.

Publiée en France depuis les années 90, la bande dessinée japonaise ou manga connaît un véritable essor depuis 7 ans. On est loin des 227 nouveautés manga de l'an 2000 : l'Association des critiques de bandes dessinées (ABCD) en a comptabilisé 1110 en 2006 dans les pays francophones européens. Et le manga représenterait désormais près de un quart du chiffre d'affaires de la bande dessinée dans l'Hexagone, selon le Syndicat national de l'édition. Au point qu'il existe aujourd'hui 30 maisons d'édition spécialisées.

Ultime consécration, le manga bénéficie d'un espace dédié de 500 m² au festival d'Angoulême qui s'ouvre ce jeudi 25 janvier. « C'est la première fois qu'on accorde autant d'importance au manga. Tout simplement parce que nous devions faire écho de son succès sur le marché », témoigne son coordinateur Julien Bastide. Difficile d'ignorer l'impact économique de séries best-seller s comme Dragon Ball d'Akira Toriyama qui s'est vendu à 20 millions d'exemplaires depuis sa sortie en France en 1992 !


Petit, épais et bon marché

Contrairement au modèle de BD franco-belge cartonné et en couleurs, le manga se présente sous un format souple, petit, épais et noir et blanc. Des caractéristiques qui expliquent son prix de vente modeste : entre 5 et 7 euros l'album en France contre 10 à 20 euros pour une BD franco-belge. Pour Pierre Valls, directeur éditorial de Pika Editions « avec un album pas cher et de la taille d'un livre de poche, vous en avez pour une heure de lecture ! Et la narration est beaucoup plus dynamique : elle fonctionne un peu comme un story-board de film avec un découpage plus fluide et souple que nos BD classiques qui comportent toujours le même nombre de cases. » Des atouts qui ont de quoi séduire un public jeune et pas forcément « bédéphile » à l'origine.

Olivier Fallaix, rédacteur en chef du magazine Animeland le confirme : « Les plus gros consommateurs de mangas en France sont âgés de 15 à 20 ans avec un public plus féminin que pour les autres bandes dessinées. Ces lecteurs ont d'abord connu les mangas par leurs adaptations animées à la télévision dans des émissions comme le Club Dorothée à partir de la fin des années 80. » En grandissant, les téléspectateurs de Dorothée se sont naturellement tournés vers la lecture de mangas qui possédait, en outre, sa dose d'exotisme.


La génération Dorothée

Mais pour Julien Bastide, du festival de la BD d'Angoulême, « le manga a surtout comblé une place laissée vacante par les Franco-Belges : celle de la BD pour adolescents. » Au Japon, il existe de multiples genres de mangas ciblés par lectorat : enfants, adolescents, adultes, hommes, femmes : chacun a le sien ! « On peut même dire qu'il existe un manga pour la ménagère de moins de 50 ans », ajoute en riant Olivier Fallaix. En France, c'est le « shonen » (pour les garçons adolescents) qui a d'abord percé avec des séries comme Dragon Ball. Les jeunes lecteurs se sont appropriés ces mangas parce qu'ils y ont trouvé des thématiques les concernant directement. Du sur mesure alors même que les auteurs japonais pensaient créer des albums spécifiques à leur pays et inexportables à l'étranger.

Aujourd'hui, le manga touche un public beaucoup plus large grâce à la variété des sujets abordés : du sport (Captain Tsubasa = diffusé à la télévision sous le titre Olive et Tom), de la science-fiction ( Appleseed), des albums éducatifs (Manga science), de l'érotisme (Step up Love Story), de l'humour (Shin Chan) . Le manga est loin d'être monolithique.


Bientôt la relève avec les BD chinoise et coréenne ?

Seule ombre à cet essor, un risque de saturation du marché. La situation serait même déjà critique selon Gilles Ratier, secrétaire général de l'ACBD : « Les licences coûtent plus cher, il y a de plus en plus d'éditeurs, de titres publiés et une rotation de plus en plus rapide des volumes. Au final, sur les 19 titres qui se classent dans les meilleures ventes de bandes dessinées en 2006, 17 sont des tomes de Naruto de Masashi Kishimoto (le manga phare du moment qui se vend à 130 000 exemplaires le tome) ! Les mangas connaissent donc un succès très inégal. » Le marché du manga aurait-il déjà trouvé ses limites ?

Ce n'est pas l'avis de Laurent Muller, directeur éditorial de Glénat Manga : « Cette année, le marché du manga n'a progressé que de 8 %. Mais chez Glénat, nous avons tout de même enregistré une croissance de 20 %. Je pense que le marché du manga va continuer à croître mais, moins rapidement et que la vente moyenne d'un manga risque de baisser. Les best-sellers vont continuer à progresser tandis que les autres mangas vont stagner, comme dans le secteur de la BD et de l'édition en générale. » A l'image de Glénat Manga, les éditeurs qui tirent leur épingle du jeu sont les plus anciens sur le marché comme Pika, Kurokawa, Delcourt (Akata, Tonkam...) et Panini Manga. Ils ont réussi à tisser des relations de confiance sur le long terme avec les Japonais et obtiennent en priorité les blockbusters qui passent sous le nez des derniers arrivés.

Une autre tendance se profile : la croissance, encore timide, des manhwas coréens et des manhuas chinois (bandes dessinées). Mais de l'avis général des acteurs du marché, leur qualité n'est pas encore au niveau des mangas pour espérer prendre la relève. Reste que les lecteurs français et occidentaux ont pris goût à la culture japonaise et qu'ils sont désormais prêts à découvrir d'autres types de BD étrangères.

Parlez-vous manga ?

shonen : manga pour les adolescents.

shojo : pour les adolescentes.

seinen : pour les jeunes adultes hommes.

josei : pour les jeunes adultes femmes.

anime : dessins animés japonais dont certains sont adaptés de mangas mais peuvent aussi en inspirer.

mangaka : dessinateur de manga.






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