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par Claude Chendjou
PARIS (Reuters) - Les valorisations revendiquées par certains réseaux sociaux sur la base du nombre d'abonnés sont jugées peu
crédibles par des analystes, qui redoutent un effet de mode, voire de bulle financière, dont l'internet est coutumier.
Joe Robinson, directeur général du site social Asmallworld (ASW), réservé à une "élite", fait valoir que la valeur unitaire de ses
membres est nettement supérieure à celle du désormais classique Facebook, en raison de leur fort pouvoir d'achat.
"Nous pensons que chacun de nos membres vaut plus de 300 dollars", la valeur estimée d'un membre de Facebook, a-t-il déclaré lors
du sommet Technologie, médias et télécoms (TMT) organisé cette semaine par Reuters à Paris.
En octobre dernier, Microsoft avait pris une part minoritaire dans Facebook pour 240 millions de dollars, valorisant ainsi le site de
socialisation à 15 milliards de dollars, sur la base de ses membres.
ASW fondé en 2004 par le banquier d'investissement suédois Erik Wachtmeister compte environ 260.000 membres parmi lesquels
Paris Hilton, Naomi Campbell, Quentin Tarantino, Gad Elmaleh, le prince Emmanuel-Philibert de Savoie ou encore le co-fondateur de
Microsoft, Paul Allen.
VALORISATION DE 300 MILLIONS DE DOLLARS EN 2011
Avec une valorisation de 300 dollars par membre, ASW vaudrait déjà 78 millions de dollars, alors que le site de socialisation n'a
réalisé en 2007 qu'un chiffre d'affaires de trois millions de dollars.
"Nous voulons conquérir un million d'utilisateurs d'ici trois ans et pensons être rentables et 'cash positive' au premier trimestre 2009", a
cependant assuré Joe Robinson.
A cette échéance, en retenant toujours la fourchette basse, ASW serait alors valorisé 300 millions de dollars, pour une mise de départ
de 500.000 dollars.
Ces multiples laissent toutefois sceptiques des spécialistes du secteur.
"Facebook comme les autres sites communautaires n'ont pas encore montré la pertinence de leur modèle économique", a déclaré par
téléphone à Reuters, Stéphane Dubreuil, directeur du cabinet Sia Conseil, spécialisé dans les télécoms et les médias.
Selon lui, "personne n'est aujourd'hui capable de dire combien rapporte un utilisateur de site social". "Or c'est l'élément de base pour
valoriser correctement chaque membre", ajoute-il.
"Il n'y a aucune garantie que Facebook restera populaire dans les années à venir", a déclaré de son côté à Reuters Pete Nuthall,
analyste au cabinet Forrester Research.
Asmallworld estime que contrairement aux autres réseaux qui jouent sur l'effet de taille pour attirer des foules - et donc les recettes
publicitaires - son site vise uniquement l'"élite", une population à fort pouvoir d'achat estimée à environ deux millions de personnes dans
le monde.
Ces membres richissimes, triés sur le volet et qui ne peuvent faire partie du club que par cooptation, font le bonheur des annonceurs
comme American Express, Richemont, LVMH ou Mercedes du groupe Daimler, qui achètent des espaces publicitaires très ciblés sur
ASW.
"Nous avons réussi à capter ce type de publicité parce que nous avons la communauté qui leur correspond ", a souligné Joe Robinson.
AUDIENCE FRAGILE
Mais les analystes soulignent l'extrême fragilité des sites de socialisation, observant que certains membres ouvrent une page et n'y
vont jamais, tandis que d'autres sont prêts à déserter le navire si la publicité devenait trop intrusive.
"La valorisation d'un site social doit aussi prendre en compte le temps passé sur le site", a indiqué Pete Nuthall.
Stéphane Dubreuil de Sia Conseil observe également qu'il y a deux ans le monde virtuel Second Life était promis à un bel avenir alors
qu'il semble beaucoup moins en vue aujourd'hui.
Le fondateur de Second Life, Philip Rosedale, confronté notamment à une baisse de la fréquentation de son univers virtuel avec
seulement 750.000 visiteurs sur le mois écoulé contre 13 millions d'avatars créés, a cédé en avril dernier les rênes de la société à Mark
Kingdon, afin de relancer le site.
"L'internet est coutumier de ce genre de phénomène", a observé Stéphane Dubreuil, évoquant l'exemple de Skype racheté pour 4,3
milliards de dollars par eBay avant d'être déprécié en octobre 2007 de 1,39 milliard de dollars.
"Les promesses de revenus doivent à un moment être tenues, or sur Skype 95% des clients ne payaient pas, donc ne généraient
aucun revenu", a-t-il dit.
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