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par Iain Rogers
MADRID (Reuters) - La folie dépensière du Real Madrid sur le marché des transferts va contribuer à une
inflation malvenue des montants des transactions et des salaires dans le football en pleine période de crise
économique.
A peine revenu à la présidence du Real Madrid, Florentino Perez a donné le coup d'envoi de son offensive sur les
meilleurs joueurs du monde en recrutant le Brésilien Kaka pour environ 68 millions d'euros au Milan AC.
Il vient en outre d'obtenir de Manchester United le droit de négocier avec Cristiano Ronaldo, dont un éventuel
transfert atteindrait alors la somme record de 94 millions d'euros.
Perez a également contacté le Bayern Munich pour lui acheter Franck Ribéry.
L'homme d'affaires espagnol, qui a fait fortune dans l'immobilier, compte financer ce "projet sportif
spectaculaire", tel qu'il le définit, en alourdissant la dette du Real Madrid déjà forte de plus d'un demi-milliard
d'euros.
Pour les observateurs, cette politique aura des conséquences sur tout le football espagnol, voire européen.
Les montants des transferts et les salaires pour les meilleurs joueurs vont connaître une spirale inflationniste qui
va ensuite entraîner tout le marché, prévient Angel Barajas, professeur de finance et de comptabilité à l'Université
de Vigo et spécialiste de l'économie du football.
Durant son premier mandat au début des années 2000, Florentino Perez a été l'architecte de la politique des
"Galactiques", qui a permis l'arrivée au Real Madrid de joueurs tels que Zinedine Zidane.
Il assure que ces stars permettent en réalité des retours sur investissement en générant des revenus
supplémentaires.
INOPPORTUN
"On paie cher les joueurs car ils le rendent avec intérêt", a déclaré mercredi Jorge Valdano, directeur général
du Real Madrid, lors d'une interview télévisée.
Pour Barajas, le moment est mal venu de dépenser des sommes colossales en transferts et en salaires, qui pèsent
sur plusieurs années, alors que la crise économique freine le développement des revenus.
"Il faut garder à l'esprit que le football est proche de la maturité en tant qu'activité économique et cela implique
qu'il est toujours plus difficile de générer des revenus", a dit cet expert.
"(Le Real) vit dans la pression de remporter des trophées et il semble que cela le conduise à adopter cette
politique extrêmement risquée", a-t-il ajouté.
José Maria Gay, professeur à l'Université de Barcelone, a publié en avril une étude montrant que la dette
cumulée des 20 clubs de l'élite du football espagnol s'était creusée de plus de 650 millions d'euros en un an pour
atteindre au moins 3,5 milliards d'euros en juin 2008.
Selon lui, le football espagnol est menacé de s'écrouler financièrement et ses responsables doivent agir pour
éviter que les clubs ne vivent au-dessus de leurs moyens.
José Maria Gay a déclaré mercredi à Reuters qu'il était "inopportun" pour le Real Madrid de dépenser de telles
sommes d'argent dans un contexte de hausse du chômage, de difficulté d'accès au crédit pour les entreprises et de
sentiment généralisé de dégradation économique.
BULLE
La capacité que Florentino Perez prête aux joueurs vedettes de générer de l'argent est exagérée, a-t-il estimé.
La dette du Real Madrid risque d'atteindre 900 millions d'euros et Perez pourrait alors être contraint de s'en
remettre à des sources de revenus exceptionnelles, comme la vente d'une partie du patrimoine immobilier du club
lors de son premier mandat entre 2000 et 2006, a dit Gay.
"Les coûts de fonctionnement du Real pourraient dépasser ses revenus et il risque alors de sombrer dans une
spirale de difficultés financières.
"Le club a une grande capacité à générer des revenus et il est le plus riche mais il faut faire attention car avec
ses recrues, il n'assistera pas à une hausse importante de ses rentrées d'argent dans ce qui constitue ses principales
sources de revenus", a mis en garde ce professeur.
Porte-parole de la Ligue espagnole de football professionnel, Juan Carlos Santamaria Gonzalez souligne en
revanche que, dans tous les secteurs économiques, les entreprises recourent à la dette pour financer leurs activités.
"De ce point de vue, il est important d'évaluer le niveau de la dette par rapport aux possibilités de retours sur
investissement et à la solidité des activités qu'elle soutient", a-t-il dit.
"Il faut songer que l'argent investi par le Real Madrid et d'autres clubs dans des joueurs permet à d'autres
clubs d'effectuer des investissements ou de couvrir d'autres besoins", a poursuivi ce porte-parole. "C'est toujours
positif quand un marché apporte la preuve de son dynamisme."
José Maria Gay pense en revanche que le Real Madrid s'expose à une "bulle footballistique".
"Et nous savons tous ce que deviennent les bulles", a-t-il prévenu.
Version française Bertrand Boucey
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